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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401915

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401915

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBLAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2024, M. B E dit C, représenté par Me Blazy, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n°2024-30-173/BEA du 16 mai 2024 par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre au préfet d'examiner la demande d'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'un titre de séjour mention "vie privée et familiale" ou à défaut "salarié", et ce dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, au regard des dispositions des articles L. 911-1 à L. 911-3 du Code de justice administrative,

- de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il n'a pas été procédé à un examen réel et sérieux portant sur ses liens privés et familiaux ; il justifie de l'ancienneté et de la stabilité de son séjour en France et y a des liens familiaux très forts ;

- il n'a pas été procédé à un examen réel et sérieux de sa qualité de salarié, en violation de l'article L. 435-4 du CESEDA ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté est pris en violation de l'article 8 de la CEDH ;

Par un mémoire reçu le 13 juin 2024 le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique du 19 juin 2024 :

- le rapport de M. Abauzit.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E dit C, de nationalité tunisienne, né le 28 décembre 1995 à Monastir (Tunisie), est entré en France en 2020, selon ses déclarations, et a conclu dès son arrivée un contrat de travail à durée déterminée afin d'exercer la profession de plombier. Il a été interpellé le 15 mai 2024 à la suite d'un contrôle routier. Par arrêté du 16 mai 2024, qui est l'acte attaqué, le préfet du Gard a obligé M. E dit C à quitter le territoire français sans délai de départ et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an.

2. L'arrêté en litige a été signé par M. A D, chef du bureau des étrangers de la préfecture du Gard. Par un arrêté du 14 mars 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 30.2024-051 de la préfecture du Gard, M. D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet du Gard toutes décisions ayant trait à l'éloignement et en particulier les arrêtés d'obligation de quitter le territoire et d'interdiction de retour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ". L'obligation de quitter le territoire a pu être prise sur ce fondement, M E dit C ne justifiant pas d'une entrée régulière et n'étant pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité.

4. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / (). ". Contrairement à ce que soutient M. E dit C l'arrêté attaqué comporte des mentions précises concernant sa situation personnelle et familiale, notamment en rappelant, s'agissant de l'activité professionnelle, que l'intéressé travaille en situation irrégulière. Les moyens tirés d'une motivation insuffisante et d'un examen incomplet de sa situation doivent dès lors être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. E dit C, qui selon ses déclarations est entré en France en 2020 et y a vécu depuis en situation irrégulière, est célibataire sans charge de famille, et ne justifie pas d'une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'objectif poursuivi de maîtrise de l'immigration irrégulière. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté.

6. La circonstance que le requérant a bénéficié de contrats de travail en qualité de plombier et qu'il a des membres de sa famille en France ne permet pas de regarder la décision d'éloignement comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Aux termes de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. " A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " d'une durée d'un an. () ". Ces dispositions n'instituent pas un droit au séjour opposable à l'administration, qui ferait obstacle au prononcé d'une obligation de quitter le territoire, d'autant que M. E dit C n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur ce fondement. Le moyen tiré d'une méconnaissance de ces dispositions ne peut être qu'écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. E dit C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté du 16 mai 2024. Par voie de conséquence ses conclusions à fins d'injonction et de condamnation de l'État sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B E dit C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E dit C, au préfet du Gard et à Me Blazy.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401915

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