vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401940 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 mai 2024, M. A B, représenté par Me Venezia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter du prononcé du jugement à venir et sous astreinte de 250 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
- cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle contrevient à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du même code et il appartenait au préfet de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour ;
- cette mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation ;
- la décision fixant le pays de destination devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement prise à son encontre.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- et les observations de Me Venezia, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 9 octobre 1974, déclare être entré en France pour la première fois au cours de l'année 2002 et y avoir travaillé en qualité d'ouvrier agricole dans le cadre de contrats saisonniers. L'intéressé, qui s'est en dernier lieu vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " et valable du 18 février 2021 au 17 février 2024, a sollicité, à l'occasion de la demande de renouvellement de son titre de séjour, un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 24 avril 2024, le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. B demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié le
même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Vaucluse a consenti à Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté contesté, une délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, M. B ne saurait utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour en litige, cette décision n'ayant ni pour objet ni pour effet de le renvoyer vers son pays d'origine.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".
5. M. B, qui a été autorisé à séjourner périodiquement en France en qualité de travailleur saisonnier à compter de l'année 2002, indique être entré pour la dernière fois sur le territoire français au cours du mois de mai 2023. L'intéressé, qui est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français, ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, y avoir tissé des liens personnels d'une intensité particulière. Si M. B se prévaut de la présence régulière en France de plusieurs membres de sa famille, il ne produit aucun élément probant de nature à établir la réalité des liens qu'il entretiendrait avec ces derniers. Par ailleurs, le requérant n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, et en dépit des problèmes de santé de M. B à la suite de l'accident de travail dont il a été victime en France le 20 janvier 2023, la décision de refus de titre de séjour en litige ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Il suit de là que le préfet de Vaucluse n'a pas fait une inexacte application des stipulations et dispositions citées au point précédent.
6. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
7. Ni les éléments évoqués ci-dessus relatifs à la situation personnelle de M. B, ni la circonstance que l'intéressé ait déposé, le 26 mars 2024, une demande tendant à la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé ne suffisent à établir l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui est dit au point 5, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Vaucluse aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de M. B au titre de la vie privée et familiale. Eu égard à tout ce qui précède, le moyen, à le supposer invoqué, tiré de ce que cette autorité aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation de l'intéressé ne saurait être accueilli.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1 ° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Le deuxième alinéa de l'article L. 435-1 de ce code dispose que : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
9. M. B, qui a été autorisé à séjourner périodiquement en France afin d'y exercer un emploi saisonnier d'ouvrier agricole, n'établit ni même n'allègue qu'il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté contesté. Par suite, et alors par ailleurs que l'intéressé ne remplissait pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, les conditions de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", le préfet de Vaucluse n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour.
10. En sixième lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. B n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement en litige serait illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
11. En septième lieu, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation de M. B doit être écarté pour les mêmes raisons que celles exposées aux points 5 et 7.
12. En huitième et dernier lieu, M. B n'est pas fondé à soutenir, compte tenu de ce qui précède, que la décision fixant le pays de destination en litige serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le rapporteur,
R. MOURETLe président,
P. PERETTI
La greffière,
I. MASSOT
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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