vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401943 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | VALETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024, transmise au tribunal administratif de Nîmes par une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Marseille du 14 mai 2024, complétée par un mémoire enregistré le 5 juin 2024, Mme C B, représentée par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 22 janvier 2024 par laquelle le directeur du centre hospitalier de pays d'Apt l'a admise à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er mai 2024 date à laquelle elle cessera de travailler et de percevoir tout traitement, ensemble la décision du 27 février 2024 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui accorder une prolongation d'activité à compter du 1er mai 2024 et de procéder au réexamen de sa situation sans délai à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier du pays de l'Apt la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
* la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision contestée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation financière en ce que :
- elle bénéficie d'une retraite à taux plein d'un montant de 2 958 euros net mensuel avant prélèvement à source alors que son traitement s'élevait à 4 113 euros net mensuel ;
- elle finance les études de son fils à hauteur de 1 000 euros par mois ;
- son mari est placé depuis le 30 mars 2024 en demi-traitement ;
* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence de l'auteur de la décision ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 556-2 à L. 556-5 du code général de la fonction publique dès lors que, d'une part, elle n'a pas sollicité son admission à la retraite et a été induite en erreur par son employeur quant à sa limite d'âge, et que, d'autre part, étant âgée de soixante-trois ans, déclarée apte à exercer son activité professionnelle elle aurait dû être maintenue en activité jusqu'à l'âge de soixante-sept ans ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que la décision de refus de prolongation d'activité n'est pas fondée sur un motif d'intérêt général du service mais sur le motif illégal du recrutement d'une professionnelle titulaire en début de carrière.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 juin 2024, le centre hospitalier du pays d'Apt, représenté par son président en exercice, ayant pour avocat Me Valette, conclut, à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête de Mme B est irrecevable en raison du caractère définitif de la décision du 22 janvier 2024, prise sur sa demande, d'admission à la retraite ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que :
* il n'existe pas d'atteintes suffisamment graves et immédiates sur la situation financière de Mme B en ce que la décision contestée n'a pas de répercussions financières de nature à bouleverser sa situation et ses conditions d'existence ;
* l'intérêt général, l'intérêt du service et l'intérêt des tiers justifient que Mme B ne soit pas rétablie dans ses fonctions puisqu'une manipulatrice en électroradiologie a été recrutée pour pallier son départ à la retraite et que sa réintégration placerait le service en sureffectif ;
- il n'existe pas de moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dès lors que :
* la décision contestée est signée par Mme A, directrice des ressources humaines, laquelle bénéficie d'une délégation permanente à effet de signer tous les documents nécessaires à la gestion courante des personnels non-médicaux et médicaux ;
* les moyens soulevés par Mme B sont inopérants puisque, d'une part, la requérante ayant été admise à la retraite, elle ne peut demander la prolongation de son activité et, d'autre part, elle a atteint la limite d'âge le 20 mars 2023 comme elle l'indique dans sa requête ;
* les moyens soulevés par la requérante sont infondés en ce que le centre hospitalier s'est fondé sur un motif légitime et légal pour refuser la demande de prolongation d'activité de la requérante, à savoir l'absence de projet particulier rendant le maintien en activité de l'agent indispensable.
Vu :
- la requête n° 2401853 enregistrée le 29 avril 2024 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n°2010-751 du 5 juillet 2010 relative à la rénovation du dialogue social et comportant diverses dispositions relatives à la fonction publique ;
- la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public ;
- le décret n° 2017-1260 du 9 août 2017 portant statut particulier des corps médico-techniques de catégorie A de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu, au cours de l'audience publique du 6 juin 2024 à 11 heures :
- le rapport de Mme Chamot, juge des référés ;
- les observations de Me Loustau, pour Mme B, qui reprend oralement ses conclusions et moyens ;
- les observations de Mme D, élève avocate, en présence de Me Valette, représentant le centre hospitalier du pays d'Apt, qui reprend oralement ses écritures et moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 20 mars 1961, exerçait ses fonctions en qualité de manipulatrice d'électroradiologie titulaire en catégorie hiérarchique A placée en catégorie sédentaire au sein du centre hospitalier du pays d'Apt. Par une décision du 22 décembre 2022 constatant qu'elle serait " atteinte par la limite d'âge le 20 mars 2023 ", elle a été autorisée à prolonger son activité d'un an et à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 19 mars 2024. Par une décision du 22 janvier 2024, le directeur du centre hospitalier du pays d'Apt a admis Mme B à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er mai 2024. Estimant avoir été induite en erreur sur sa limite d'âge, Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision le 15 février 2024, rejeté par une décision du 27 février 2024 notifiée le 4 avril 2024. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés saisit sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions des 22 janvier et 27 février 2024.
Sur la recevabilité :
2. Il résulte de l'instruction que la décision du 22 janvier 2024 admettant Mme B à faire valoir ses droits à la retraite lui a été notifiée, avec la mention des voies et délais de recours, le 24 janvier 2024. Mme B a alors formé, par lettre du 15 février 2024, une demande tendant à continuer son activité au motif qu'elle n'atteignait pas la limite d'âge de 67 ans. Cette lettre doit, dans les termes où elle est rédigée, être regardée comme un recours grâcieux contre la décision du 22 janvier 2024. La décision du 27 février 2024 rejetant ce recours gracieux ayant été notifiée à Mme B le 4 avril 2024, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté du recours en annulation, enregistré le 29 avril 2024, ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Il résulte de l'instruction que la décision en litige, qui prononce la mise à la retraite de Mme B au 1er mai 2024 date à laquelle elle cessera de travailler et de percevoir tout traitement, lui ouvrira droit à la perception d'une pension d'un montant correspondant à environ 70 % de son traitement antérieur. Toutefois, compte tenu, d'une part, des charges fixes et incompressibles dont la requérante justifie, de la composition de son foyer et du demi-traitement de son époux, et, d'autre part, des informations erronées transmises à Mme B par son employeur quant à sa limite d'âge, cette décision porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et financière pour que la condition tenant à l'urgence soit considérée comme satisfaite. La circonstance que le centre hospitalier a, d'ores et déjà, procédé au recrutement d'une manipulatrice d'électroradiologie titulaire, formée aux techniques de l'IRM dont l'établissement sera doté en 2026, n'est pas par elle-même de nature à retirer à la présente demande son caractère d'urgence, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de l'état prévisionnel des recettes et dépenses 2023, qu'une situation de sureffectif du service d'électroradiologie préjudicierait gravement à la situation financière de l'établissement ou à une considération tirée de l'intérêt général ou de l'intérêt des tiers.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité :
5. Aux termes de l'article 37 de la loi n° 2010-751 du 5 juillet 2010 relative à la rénovation du dialogue social et comportant diverses dispositions relatives à la fonction publique : " " I. ' La limite d'âge des fonctionnaires régis par les statuts particuliers des corps et cadres d'emplois d'infirmiers et de personnels paramédicaux appartenant à la catégorie A, ainsi que du corps des cadres de santé, créés à compter de la date de publication de la présente loi, est fixée à l'âge mentionné au 1° de l'article L. 556-1 du code général de la fonction publique ". Aux termes de l'article L. 556-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire ne peut être maintenu en fonctions au-delà de l'âge limite de l'activité dans l'emploi qu'il occupe, sous réserve des exceptions prévues par les dispositions en vigueur. Cette limite d'âge est fixée à : 1° Soixante-sept ans pour celui occupant un emploi ne relevant pas de la catégorie active, au sens du deuxième alinéa du 1° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite ; ".
6. Le moyen tiré de ce que Mme B ne pouvait légalement être admise à faire valoir ses droits à la retraite au 1er mai 2024, date à laquelle elle cessera de travailler et de percevoir tout traitement, alors qu'elle a, par son recours gracieux, retiré sa demande initiale et qu'elle n'a pas atteint la limite d'âge de son grade est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité des décisions litigieuses.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 22 janvier 2024 par laquelle le directeur du centre hospitalier de pays d'Apt l'a admise à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er mai 2024, ensemble la décision du 27 février 2024 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".
9. La présente ordonnance, suspendant l'exécution de la décision du 22 janvier 2024 par laquelle le directeur du centre hospitalier de pays d'Apt a admis Mme B à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er mai 2024, implique nécessairement que cet établissement réintègre à titre provisoire l'intéressée dans son poste de manipulatrice d'électroradiologie, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette mesure.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier d'Apt demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
11. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier d'Apt une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution des décisions des 2 janvier et 27 février 2024 du directeur du centre hospitalier d'Apt est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.
Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier d'Apt de réintégrer à titre provisoire Mme B dans son poste de manipulatrice d'électroradiologie jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.
Article 3 : Le centre hospitalier d'Apt versera 1 000 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au centre hospitalier d'Apt.
Fait à Nîmes, le 7 juin 2024.
La juge des référés,
C. CHAMOT
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026