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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401982

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401982

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2024, Mme B C épouse A, représentée par Me Laurent Neyrat, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est entachée de plusieurs erreurs manifestes d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles L. 423-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle contrevient à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- cette mesure d'éloignement n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- et les observations de Me Laurent Neyrat, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine née en 1969 et déclarant être entrée en France au cours de l'année 2004, a sollicité le 2 septembre 2021, à la suite de son mariage avec M. A le 27 mars 2021 à Nîmes, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Par un arrêté du 12 mars 2024, le préfet du Gard a expressément refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme C épouse A demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". L'article L. 412-1 du même code dispose que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire () est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme A en qualité de conjointe d'un ressortissant français, le préfet du Gard a relevé que l'intéressée ne justifiait pas remplir la condition d'entrée régulière prévue par l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'une présence continue sur le territoire français depuis sa date d'entrée déclarée le 20 décembre 2004. Si le préfet a, par ailleurs, estimé que Mme A ne remplissait pas les conditions fixées par les dispositions de l'article L. 423-1 du même code, il n'a opposé aucun motif précis se rattachant à ces dernières dispositions, et notamment pas celui tenant à l'absence de visa de long séjour. Par suite, et alors que la présomption de communauté de vie entre les époux A depuis leur mariage n'a pas été remise en cause, Mme A est fondée à soutenir que le préfet du Gard ne pouvait légalement refuser, pour les seuls motifs énoncés dans l'arrêté contesté, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués par Mme A, que la décision de refus de titre de séjour en litige doit être annulée. Par voie de conséquence, les autres décisions contenues dans l'arrêté du préfet du Gard du 12 mars 2024 doivent également être annulées.

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Gard de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A dans le délai d'un mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Gard du 12 mars 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard de procéder au réexamen de la demande de Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A, au préfet du Gard et à Me Laurent Neyrat.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

P. PERETTI

La greffière,

I. MASSOT

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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