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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402066

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402066

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAARPI HORTUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, sous le n° 2402066 et un mémoire enregistré le 13 juin 2024, la société Totem France et la société Orange, représentées par Me Gentilhomme, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Saint-Gilles du 22 janvier 2024 retirant la décision de non-opposition à déclaration préalable n° DP 030 258 23 T 0324 du 6 décembre 2023 et s'opposant à cette déclaration préalable de travaux déposée par la société Totem France, mandatée par la société Orange, portant sur la parcelle cadastrée C 3817 située au lieu-dit Codonel sur le territoire de la commune.

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Gilles, de délivrer à la société Totem France une décision de non-opposition à déclaration préalable de travaux n° DP 030 258 23 T 0324 autorisant la construction d'une antenne relais de 24 mètres de hauteur sur la parcelle cadastrée C 3817 située au lieu-dit Codonel sur le territoire de la commune dans les 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Gilles une somme de 5 500 euros à verser à la société Totem France en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les sociétés requérantes soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que tant au vu de l'intérêt public attaché au déploiement du réseau de téléphonie mobile qu'au vu des intérêts propres des opérateurs, il y a toujours urgence à suspendre des décisions faisant échec à l'implantation d'un site de téléphonie mobile, que la couverture de la commune de Saint-Gilles par le réseau de téléphonie mobile d'Orange est insuffisante ; la société Totem France et la société Orange versent aux débats les cartes de couverture du territoire communal, qui mettent en évidence l'absence de couverture de cette partie du territoire par les installations existantes de la société Orange.

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige, dès lors que :

o la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;

o l'arrêté a été signé par une autorité dont la compétence n'est pas justifiée ;

o il est entaché d'un défaut de motivation ;

o le projet ne porte pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages et lieux avoisinants et ainsi ne méconnaît pas les dispositions de l'article R.111-27 que la commune doit être regardée comme l'ayant invoqué et de l'article A11 du PLU ;

o le motif tiré de l'incompatibilité du projet avec le règlement de la zone A est entaché d'une erreur de droit ;

La requête a été communiquée à la commune de Saint-Gilles qui n'a pas produit de mémoire en défense dans cette instance.

II- Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, sous le n° 2402067, et un mémoire en réplique enregistré le 12 juin 2024 la société Totem France et la société Orange, représentées par Me Gentilhomme, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de Saint-Gilles du 27 février 2024 retirant la décision de non-opposition à DP n° DP 030 258 23 T 0324 du 6 décembre 2023 et s'opposant à la déclaration préalable de travaux n° DP 030 258 23 T 0324 déposée par la société Totem France, mandatée par la société Orange, portant sur la parcelle cadastrée C 3817 située au lieu-dit Codonel sur le territoire de la commune.

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Gilles, de délivrer à la société Totem France une décision de non-opposition à déclaration préalable de travaux n° DP 030 258 23 T 0324 autorisant la construction d'une antenne relais de 24 mètres de hauteur sur la parcelle cadastrée C 3817 située au lieu-dit Codonel sur le territoire de la commune dans un délai de 15 jours à compter de la signification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Gilles une somme de 5 500 euros à verser à la société Totem France en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les sociétés requérantes soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que tant au vu de l'intérêt public attaché au déploiement du réseau de téléphonie mobile qu'au vu des intérêts propres des opérateurs, qu'il y a toujours urgence à suspendre des décisions faisant échec à l'implantation d'un site de téléphonie mobile, que la couverture de la commune de Saint-Gilles par le réseau de téléphonie mobile d'Orange est insuffisante ; la société Totem France et la société Orange versent aux débats les cartes de couverture du territoire communal, qui mettent en évidence l'absence de couverture de cette partie du territoire par les installations existantes de la société Orange.

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige, dès lors que :

o la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;

o l'arrêté a été signé par une autorité dont la compétence n'est pas justifiée ;

o le motif tiré de l'incompatibilité du projet avec le règlement de la zone A est entaché d'une erreur de droit ;

- la demande de substitution de motifs ne peut être accueillie en l'absence d'atteinte aux paysages et du fait de l'inopérance de l'article 10 du règlement du PLU aux antennes de téléphonie mobile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, la commune de Saint-Gilles, représentée par Me Merland, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des sociétés Totem France et Orange au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à défaut de produire un mandat la société Totem n'a pas qualité pour agir ; la société Orange n'étant pas le pétitionnaire, elle n'a pas d'intérêt à agir ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ; les cartes produites par la requérante sont en contradiction avec les cartes de l'ARCEP ;

- la demande de suspension de l'arrêté doit être rejetée dès lors que le recours au fond dirigé contre une décision confirmation est irrecevable ; la procédure contradictoire suivie à l'égard de la deuxième décision qui ne saurait constituer un changement des circonstances de droit, ne fait pas obstacle à ce qu'elle soit qualifiée de décision confirmative ; qu'un tel vice de procédure entachant la première décision ne saurait la faire regarder comme étant inexistante ; ainsi la requête présentée le 17 avril 2024 est tardive et donc irrecevable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme et de l'article A 10 du PLU ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 22 mars 2024 sous le numéro 2401249 par laquelle les sociétés Totem France et Orange demandent l'annulation de la décision du 22 janvier 2024 attaquée ;

- la requête enregistrée le 17 avril 2024 sous le numéro 2401540 par laquelle les sociétés Totem France et Orange demandent l'annulation de la décision du 27 février 2024 attaquée ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Boyer, vice-présidente pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Kremer, greffière d'audience, Mme Boyer a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Guranna substituant Me Gentilhomme, représentant les sociétés Totem France et Orange qui reprend les conclusions et moyens de la requête et rappelle les différentes décisions concernant le projet et le contentieux qui en est résulté du fait de l'intervention de deux décisions successives des 22 janvier et 27 février 2024 retirant la même décision de non opposition à déclaration préalable accordée à la société le 6 décembre 2023, que contrairement à ce qui est avancé en défense, la décision du 27 février 2024 ne peut être regardée comme étant confirmative de la décision du 22 janvier 2024 dès lors que faisant l'objet d'un recours actuellement pendant devant le tribunal elle n'est pas définitive et qu'ayant fait l'objet d'une procédure contradictoire préalable à la différence de la première décision et étant fondée sur des motifs nouveaux alors que le code de l'urbanisme impose de lister l'ensemble des motifs, elle a fait l'objet d'une instruction nouvelle ; que contrairement à ce qui est également soutenu en défense, les requérantes ont intérêt à agir dès lors que la société Totem France est la pétitionnaire et qu'Orange a l'obligation de couverture, totem étant la filiale d'Orange ; que s'agissant de l'urgence, après avoir fait un bref rappel des faits, il est indiqué que l'obligation de couverture qui pèse sur la société Orange et la circonstance que le territoire n'est pas encore couvert telle que cela ressort des cartes produites démontrent que la condition d'urgence est satisfaite ; que s'agissant du doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, l'article relatif à la hauteur des constructions n'est pas opposable au projet, le calcul posé par le lexique et l'article du règlement du plan local d'urbanisme posant un calcul impossible à réaliser pour un pylône ; que le motif tiré de l'atteinte paysagère est également erroné dès lors que l'article A11 n'est pas applicable aux ouvrage d'intérêt public, qu'en outre une atteinte paysagère n'est pas caractérisée au regard de l'intérêt de la zone qui est une zone agricole dont l'intérêt économique est reconnu mais non son intérêt paysager ; que l'article A2 du règlement du PLU permet les installations de réseau et qu'aucun élément situé à proximité immédiates du projet et listé par la commune dispose d'une protection particulière, qu'il s'agit d'un paysage agricole traditionnel, que l'implantation du projet se fera à proximité d'arbres permettant de masquer la zone technique et une partie du pylône dont la constitution en treillis permet une emprise visuelle très réduite, que si la commune pour la décision du 22 janvier 2024, demande dans sa requête au fond la prise en compte d'intérêts tiers, la nécessité d'une harmonie avec le voisinage n'est pas exigée.

- les observations de Me Mer pour la commune de Saint-Gilles qui rappelle le caractère baroque de la procédure et se constitue dans l'instance n°2402066 et présente des observations pour les deux instances ; il rappelle qu'initialement l'autorisation avait été accordée mais alertée par des riverains, la commune a décidé de la retirer, que même si la procédure de retrait n'a pas été respectée dans la première décision, elle l'a été dans la seconde ; que s'agissant de l'urgence, elle n'est pas caractérisée car même si la jurisprudence ne lui est pas favorable, il n' y a pas de présomption et la preuve de l'intérêt public doit être apportée au niveau local ; or, la preuve minimale n'est pas rapportée, la carte produite par les sociétés n'est pas datée ni légendée et difficilement compréhensible car non sourcées, l'obligation de transmission des projets à l'ARSEP justifie que soient prise en compte les cartes établies par cette instance et produites par la commune ; que le vice de procédure en l'absence du respect de la procédure contradictoire avant l'édiction d'une décision de retrait d'une décision administrative ne peut être opposé dans les deux affaires, si la commune reconnaît que la décision du 22 janvier est entachée d'un tel vice, la procédure a été respectée pour la seconde décision qui a été prise en l'absence d'observation de la société pétitionnaire dans le délai imparti ; que l'atteinte au caractère des lieux avoisinants qui constitue un motif de la décision de janvier et fait l'objet d'une demande de substitution de motifs pour la décision de février est caractérisé dès lors que la zone d'implantation du projet est visée dans le PADD comme étant un élément remarquable du paysage, que l'intérêt de la zone et la volonté de la protéger y est caractérisé, que le PLU autorise l'ouvrage mais qu' un examen de son implantation est nécessaire, que le projet d'une hauteur de 24 m est implanté dans un paysage agricole où la visibilité est très importante et qu'aucun effort n'est fait pour masquer ou améliorer les abords de l'ouvrage ; qu'ainsi il méconnaît l'article R.111-27.

Me Guranna reprend la parole pour reconnaître que la carte n'est pas sourcée mais que la sincérité de la carte produite par la commune est douteuse dès lors que les projections sont bien simulées car concerne également les projets à mettre en place ; que les cartes montrent l'amélioration que l'on attend des projets à réaliser ; que s'agissant de l'urgence, elle réagit sur le retrait proposé de la première décision, lequel n'est pas indiqué dans la deuxième décision, et soutient que l'urgence à suspendre les deux décisions existe bien dès lors que la 1ère décision non expressément retirée pourrait conduire la commune à s'en prévaloir pour arrêter les travaux ; dire que la deuxième décision est confirmative présente le risque d'ériger une construction sans autorisation en cas de travaux.

Me Mer ne souhaite pas répliquer.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux requêtes distinctes la société Totem France et la société Orange demandent au juge des référés la suspension de l'exécution des arrêtés du maire de la commune de Saint-Gilles des 22 janvier 2024 et 27 février 2024 retirant la décision de non-opposition à DP n° DP 030 258 23 T 0324 du 6 décembre 2023 et s'opposant à la déclaration préalable de travaux déposée sous le même numéro par la société Totem France, mandatée par la société Orange, portant sur la parcelle cadastrée C 3817 située au lieu-dit Codonel sur le territoire de la commune.

Sur la jonction :

2.Les requêtes présentées sous les n° 2402066 et 2402067 portent sur le même projet de construction et présentent à juger des questions semblables, elles ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense dans l'instance enregistrée sous le n° 2402066 :

4.Il ressort des pièces produites et notamment de l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Gilles ne s'est pas opposé à la déclaration préalable et faisant l'objet de la décision de retrait dont la suspension est demandée dans la présente instance que la société Totem est pétitionnaire du projet. Par suite et à supposer même qu'elle n'ait pas été mandatée par la société Orange, la société Totem a intérêt à agir tant pour demander l'annulation de la décision du 22 janvier 2024 retirant l'autorisation qui lui avait été accordée que pour demander la suspension de son exécution. La circonstance que la société Orange n'aurait pas intérêt à agir faute de mandat qui la lierait à la société Totem, à la supposer vérifiée, est sans incidence sur la recevabilité de la présente requête. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être rejetée.

En ce qui concerne l'urgence :

5. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. En l'espèce, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, aux intérêts propres des sociétés requérantes et à la circonstance que le territoire de la commune de Saint-Gilles n'est que partiellement couverte par le réseau de téléphonie mobile de la société Orange ainsi que le révèlent les documents produits dans les deux instances, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme étant remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. Par les arrêtés dont la suspension est demandée, le maire de Saint-Gilles a retiré la non-opposition à déclaration préalable dont bénéficiait la société Totem depuis le 6 décembre 2023 et s'est opposé à la déclaration préalable aux motifs dans la décision du 22 janvier 2024 que le projet dénaturalisait du fait de sa hauteur et de sa proximité le paysage pour les habitations voisines et dans la décision du 27 février 2024 du fait de l'incompatibilité du projet avec la zone A dont le règlement n'autorise que les constructions nécessaires à l'exploitation agricole.

8.En premier lieu, la décision du 22 janvier 2024 fait l'objet d'un recours au fond actuellement pendant devant le tribunal de céans par une requête enregistrée le 22 mars 2024 sous le n° 2401249 qui a ainsi été présentée dans les délais de recours contentieux. Par suite la décision du 22 janvier 2024 n'étant pas définitive, la décision du 27 février 2024 ne peut être regardée comme constituant à son égard une décision purement confirmative.

9. En second lieu, aux termes de l'article A2 du PLU : " Sont admises : () Les installations et ouvrages nécessaires au fonctionnement et à l'exploitation des réseaux et des voies de circulation de toute nature. ".

10. En l'état de l'instruction, s'agissant de l'arrêté du 22 janvier 2024, le moyen tiré de ce que cet arrêté a été pris au termes d'un procédure irrégulière en l'absence de mise en œuvre de la procédure contradictoire et le moyen tiré de ce que le motif fondé sur la dénaturation du paysage pour les habitations voisines est entaché d'erreur de droit, sont en l'état de l'instruction de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision susvisée ; que s'agissant de l'arrêté du 27 février 2024, le moyen tiré de ce que le motif tiré de l'incompatibilité du projet avec le règlement de la zone A est entaché d'une erreur de droit est en l'état de l'instruction de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de cet arrêté.

11. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible de créer un doute sérieux sur la légalité des arrêtés contestés.

12. Si la commune de Saint-Gilles fait valoir en défense dans les deux instances qu'elle aurait pu légalement fonder ses décisions sur les dispositions de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme, il ne ressort pas des pièces des dossiers que le projet en cause méconnaîtrait ces dispositions eu égard à son lieu d'implantation et à ses caractéristiques propres. Si la commune fait également valoir en défense que ses décisions auraient pu être légalement fondées sur la méconnaissance de l'article A10 du PLU relatif à la hauteur des bâtiments, ces dispositions ne sont pas applicables au projet en litige. Dans ces conditions, les demandes de substitution de motifs présentées par la commune ne sont pas de nature à lever le doute sérieux pesant sur la légalité des décisions en litige.

13. Il résulte de ce qui précède que les sociétés Totem France et Orange sont fondées à demander la suspension de l'exécution des arrêtés du maire de Saint-Gilles des 22 janvier 2024 et 27 février 2024 retirant l'arrêté du 6 décembre 2023 de non opposition dont elles étaient bénéficiaires n° DP 030 258 23 T 0324 autorisant la construction d'une antenne relais de 24 mètres de hauteur sur la parcelle cadastrée C 3817 située au lieu-dit Codonel sur le territoire de la commune, jusqu'à ce qu'il soit statué sur les recours au fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisi de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

15. En l'espèce, la suspension de l'exécution des arrêtés en litige ayant pour effet de faire revivre les effets de la décision du 6 décembre 2023, elle n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Saint-Gilles sur leur fondement soit mise à la charge des sociétés requérantes. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de la commune de Saint-Gilles au titre des frais exposés par la société Totem France qui présente des conclusions en ce sens sur leur fondement.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution des arrêtés du maire de Saint-Gilles des 22 janvier 2024 et 27 février 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur les requêtes au fond.

Article 2 : La commune de Saint-Gilles versera la somme de 1 500 euros à la société Totem France en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Totem France, à la société Orange et à la commune de Saint-Gilles.

Copie sera adressée au préfet du Gard.

Fait à Nîmes, le 17 juin 2024.

La juge des référés,

C. BOYER

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402066

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