vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402101 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mai 2024, complétée par un mémoire enregistré le 17 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Avallone, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n°2024-BSE-118 du 29 avril 2024 par lequel le préfet du Gard a rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire national et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an,
2°) d'enjoindre la délivrance d'un titre de séjour,
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de séjour :
- l'arrêté est entaché d'insuffisance de motivation ;
- la commission du titre de séjour devait être saisie dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;
- la richesse des liens amicaux tissés depuis plus de 20 ans sur le territoire français démontre que la décision en litige méconnaît les dispositions des articles L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant atteinte, de façon disproportionnée, au respect dû à sa vie privée ;
Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées le 17 août 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le tribunal est susceptible de procéder à une substitution de base légale entre l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel le refus de délivrance d'un titre de séjour attaqué est fondé l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas applicables aux ressortissants de nationalité tunisienne souhaitant obtenir un titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique, ainsi que les observations de Me Avallone pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, né le 14 février 1969, est entré en France durant l'année 2000, selon ses déclarations. Il a sollicité le 6 février 2023, son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale auprès des services de la Préfecture du Gard. Le 29 avril 2024, le préfet du Gard a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté attaqué comporte dans ses visas et ses motifs les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen complet de la situation particulière de M. B au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables à chacune des décisions qu'il contient. L'arrêté précise notamment les motifs pour lesquels M. B ne peut pas se prévaloir de l'intensité, la stabilité et l'ancienneté de ses liens personnels et familiaux en France ni même de son intégration, et mentionne que les justificatifs de présence en France étayant sa nouvelle demande, sont similaires à ceux communiqués dans ses deux précédentes demandes sur lesquelles il a déjà été statué. Les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'examen de la situation du requérant ne peuvent, dès lors, être qu'écartés.
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / (). ". Aux termes de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " La commission est saisie par l'autorité administrative : / 1° lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".
4. M. B affirme être entré sur le territoire français pour la première fois en 2000 à l'âge de 31 ans, soit depuis une durée largement supérieure à dix ans. Toutefois, il ressort des pièces du dossier versées dans la présente instance que, ainsi que l'avait déjà relevé la Cour administrative d'appel de Toulouse dans son arrêt du 22 septembre 2022, la continuité de sa présence en France n'est pas établie dès lors que les pièces produites pour les années 2000 à 2005, 2008, 2009 et 2011, ainsi que pour les années 2016 à 2021, sont insuffisamment probantes et diversifiées, et ne permettent pas de regarder son séjour comme habituel. En outre, la présence en France de M. B procède d'une situation durablement irrégulière, dès lors qu'il a fait l'objet, par arrêtés du préfet du Bouches-du-Rhône des 26 juin 2013 et 20 décembre 2016, de refus de séjour assortis d'obligations de quitter le territoire français auxquels il ne s'est pas conformé. La demande dirigée contre ce dernier arrêté a, de surcroit, été rejetée par le tribunal administratif de Marseille, par jugement n°1703457 du 12 octobre 2017, puis par un arrêt n°18MA03103 du 10 décembre 2018 de la Cour administrative d'appel de Marseille, auquel le requérant n'a pas déféré. M. B n'a pas davantage déféré à l'arrêté du 31 mai 2021, par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de destination, alors que la légalité de cet arrêté a été confirmée par le Tribunal administratif de Nîmes puis la Cour administrative d'appel de Toulouse dans son arrêt du 22 septembre 2022.
5. M. B, qui n'établit pas le caractère habituel de son séjour en France sur une période de dix ans, n'est par suite pas fondé à se prévaloir de l'obligation qu'avait le préfet de saisir la commission du titre de séjour en soutenant qu'il justifie résider habituellement en France depuis plus de dix ans et par conséquent de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. M. B fait état de son insertion socio-professionnelle ainsi que de son intégration personnelle et amicale. Toutefois, le requérant est célibataire et âgé de 54 ans. Il ne justifie pas de son insertion professionnelle. Il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside notamment sa fille. Compte tenu de ses conditions de séjour en France, où il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement non exécutées, au vu des seules preuves d'intégration produites à l'appui de sa requête, et alors qu'il ne démontre pas ne plus avoir d'attaches en Tunisie, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 31 ans, le préfet du Gard, en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour, n'a ni méconnu les dispositions des articles L 435-1 et L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet du Gard du 29 avril 2024 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
P. PERETTI
La greffière,
I. MASSOT
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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