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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402102

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402102

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402102
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHUGENIN-VIRCHAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2024, M. C, représenté par Me Huguenin-Virchaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a informé de son inscription au fichier SIS ;

2°) d'enjoindre au préfet :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour en qualité de travailleur salarié,

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne le retrait de son titre de séjour :

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation professionnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la détermination du délai de départ volontaire :

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il existe un risque de soustraction à la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est disproportionnée en raison de sa situation personnelle et professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2024, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pumo.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 10 juillet 1985, de nationalité marocaine, est entré en France le 21 juin 2023, muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour, délivré le 14 juin 2024. Il disposait d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier, valable du 15 septembre 2023 au 14 septembre 2026. Par un arrêté en date du 28 mai 2024, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de Vaucluse a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté en litige :

2. L'arrêté en litige a été signé par M. D B, sous-préfet directeur de cabinet, qui bénéficiait en cas d'empêchement de Mme Sabine Roussely, secrétaire générale, d'une délégation de signature accordée par un arrêté préfectoral du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial N° 84-2024-036 du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

Sur la décision portant retrait de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". Aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. () Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 432-7 du même code : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut être retirée () à tout étranger qui méconnaît les dispositions de l'article L. 5221-5 du même code ou qui exerce une activité professionnelle non salariée sans en avoir l'autorisation. ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. (). "

4. M. C disposait d'une autorisation de travail portant sur un emploi d'ouvrier agricole et pour une durée limitée à quatre mois. Il a été employé sur cette base comme ouvrier agricole au sein de la SARL Biette entre juin et août 2023. Lors d'un contrôle mené le 28 mai 2024 par les agents de la police aux frontières et les services de l'URSSAF dans le cadre d'une enquête contre le travail illégal, M. C a été interpellé en train de travailler illégalement dans le domaine du BTP au Pontet. D'après le procès-verbal d'audition dressé le même jour par la police aux frontières, l'intéressé a expliqué qu'il exerçait un emploi de façadier depuis trois mois au jour du contrôle. Ses déclarations sont confirmées par un contrat de travail à durée indéterminée de chantier le liant à la société Bât Iso 84, avec prise d'effet le 11 mars 2024. Il produit également des bulletins de salaire correspondant à un emploi d'aide-maçon exercé une semaine par mois au cours des mois de septembre, octobre, novembre et décembre 2023. Il ressort ainsi des pièces du dossier que M. C s'est livré, à l'issue de son dernier emploi au sein de la SARL Biette, à l'exercice d'une activité professionnelle salariée dans le domaine du BTP sans autorisation de travail, en méconnaissance de l'article L. 5221-5 du code du travail et du cadre fixé par son titre de séjour. Dans ces conditions et contrairement à ce que prétend M. C, le préfet de Vaucluse n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en procédant au retrait de sa carte de séjour pluriannuelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. C est entré en France le 21 juin 2023, soit moins d'un an avant l'adoption de la décision contestée, afin d'y exercer pendant quelques mois une activité de travailleur saisonnier. S'il soutient qu'un retour dans son pays d'origine aurait pour conséquence de fragiliser une situation familiale déjà précaire, il ressort au contraire de ses propres déclarations que son épouse et ses trois enfants résident au Maroc, de sorte qu'un tel retour permettrait de reconstituer la cellule familiale. Dans ce contexte, la circonstance que l'intéressé exerce en France une activité salariée par le biais d'un contrat à durée indéterminée n'est pas suffisante pour établir qu'il y aurait déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de Vaucluse n'a pas porté d'atteinte excessive à son droit au respect de la vie privée et familiale.

Sur la détermination du délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "

8. Il ressort du procès-verbal d'audition dressé par la police aux frontières que le requérant s'est maintenu illégalement sur le territoire au terme de son contrat de travail saisonnier avec la SARL Biette. Dans ces conditions, et nonobstant la circonstance qu'il soit hébergé par le secours catholique de Chateaurenard, le préfet de Vaucluse n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant qu'il existe un risque que M. C se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement contestée. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

9. Eu égard à ce qui a été exposé aux points 4 et 6 et contrairement à ce qui est allégué par le requérant, le préfet de Vaucluse n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle et professionnelle de M. C. Par suite, le moyen manque en fait.

Sur l'inscription dans le fichier SIS :

10. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Il suit de là que les conclusions du requérant tendant à l'annulation de cette mesure, qui ne sont au demeurant assorties d'aucun moyen, doivent en tout état de cause être rejetées.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Huguenin-Virchaux et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Lahmar, conseillère,

M. Pumo, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le rapporteur,

J. PUMO La présidente,

C. BOYER

Le greffier,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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