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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402113

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402113

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantEZZAÏTAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2024, M. A C demande au tribunal :

1) d'annuler les décisions en date du 30 mai 2024 par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il réside en France depuis l'âge de 11 ans ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ; elle est dépourvue de base légale ;

- la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée ; elle est dépourvue de base légale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lellig pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Lellig ;

-et les observations de Me Ezzaïtab, représentant M. C, et de M. C lui-même, qui maintient ses conclusions et moyens qu'il précise ; il soutient notamment être en France depuis l'âge de 11 ans, que sa mère est décédée et que son père et sa tante vivent à Marseille ; il soutient en outre que compte tenu de son état de santé, et notamment du suivi nécessité par le port d'une prothèse oculaire, la décision contestée contrevient aux dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il justifie par ailleurs de ce fait, et eu égard à la durée de son séjour en France, de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire, dont la durée de 5 ans est en tout état de cause disproportionnée ;

-le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 2002, déclare être entré en France à l'âge de 11 ans. Par les décisions qu'il conteste, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté contesté est signé par Mme B D, cheffe du bureau de l'éloignement du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature accordée par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 22 avril 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. C soutient être entré en France à l'âge de 11 ans, et s'y maintenir irrégulièrement depuis. Il est célibataire, sans charge de famille, et n'apporte pas le moindre commencement de preuve de nature à justifier de l'intensité des liens tissés sur le territoire national ni de la durée effective de son séjour en France. N'ayant jamais sollicité la régularisation de sa situation, il a par ailleurs déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 17 novembre 2020 et a été condamné le 25 novembre 2022 par le tribunal correctionnel de Marseille à trois ans d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par trois circonstances, dont la récidive. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement contestée porterait atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

5. La décision litigieuse rappelle la nationalité de M. C, vise les textes applicables et mentionne que la décision ne contrevient pas à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque dès lors en fait et doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. M. C soutient que son état de santé, lié notamment à la nécessité d'un suivi ophtalmologique régulier, serait incompatible avec un retour dans son pays d'origine. Il ne verse toutefois au dossier aucun commencement de preuve de nature à justifier que le suivi ophtalmologique disponible en Algérie serait de nature à entraîner une méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 2 à 4 que M. C n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

10. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français mentionne de manière suffisamment précise l'ensemble des circonstances de fait, propres à la situation du requérant, et de droit qui en constituent le fondement. La circonstance que ne soient pas indiquées les raisons pour lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas considéré que des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle au prononcé de l'interdiction de retour n'est pas de nature à caractériser un défaut de motivation.

11. Pour fixer à cinq ans la durée de l'interdiction de retour faite à M. E C, le préfet des Bouches-du-Rhône a tenu compte de ce que l'intéressé ne justifie pas de la durée de sa résidence habituelle sur le territoire français, ni de la nature de ses liens avec la France, qu'il ne justifie pas davantage de l'ancienneté et de la réalité de sa relation de concubinage, qu'il est sans enfant et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. La décision se fonde également sur le fait que M. C n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre le 17 novembre 2020 et qu'il constitue une menace pour l'ordre public en raison de sa condamnation le 25 novembre 2022 par le tribunal correctionnel de Marseille à trois ans d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par trois circonstances, dont la récidive. Aucune des circonstances invoquées par M. C, et notamment la pathologie oculaire dont il souffre, ne constitue une circonstance humanitaire justifiant que le préfet n'édicte aucune mesure d'interdiction de retour à son encontre. Par ailleurs, eu égard à la gravité des infractions commises par M. C sur la période récente, ainsi que sur l'absence de toute attache particulière sur le territoire français sur lequel l'intéressé se maintient irrégulièrement, le préfet des Bouches-du-Rhône, en fixant à cinq ans la durée de l'interdiction de retour prononcée, n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation ni porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

12. Enfin, il résulte de ce qui a été exposé aux points 2 à 4 que M. C n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste.

Sur les autres conclusions :

14. Les conclusions aux fins d'annulation étant rejetées, celles présentées à fin d'injonction comme celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Wafae Ezzaïtab.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La magistrate désignée,

W. LELLIG

La greffière,

M.-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2402113

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