jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Cagnon, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " parent d'enfant français " dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ainsi, qu'un récépissé de demande de titre de séjour dans les vingt-quatre heures, sous la même astreinte, subsidiairement de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous la même astreinte et, infiniment subsidiairement, de procéder à un réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de dix jours suivant cette notification et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle se trouve placée dans une situation sociale et financière précaire, ne pouvant pas exercer de profession ni percevoir d'aides sociales ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux parents d'enfant français ainsi que la convention de New-York.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas propres à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté critiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 17 juin 2024 à 14 heures en présence de Mme Noguero, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de M. Roux, juge des référés ;
- les observations de Me Cagnon, qui a repris et développé les moyens de sa requête, en insistant sur la présomption d'urgence en cas de demande renouvellement de titre de séjour, et invoqué la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante comorienne née le 6 juillet 1984, est entrée en France le 9 février 2017. Elle a obtenu la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable un an, le 7 septembre 2018, qui a été renouvelé le 8 mars 2020 pour une durée de deux ans et expirait donc le 8 mars 2022. Elle en a demandé, le 28 décembre 2021, le renouvellement de ce titre de séjour par la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans en sa qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle s'est alors vue remettre successivement six récépissés jusqu'à ce que le préfet du Gard, par arrêté du 3 avril 2024, refuse de renouveler son titre séjour et l'oblige à quitter le territoire français.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
5. Dès lors que la présente requête en référé est dirigée contre un arrêté refusant à Mme A le renouvellement de son titre de séjour et que la requérante par ailleurs justifie être exposé, du fait de l'exécution de cet arrêté, aux conséquences de l'irrégularité de sa situation administrative en France telles que l'impossibilité de continuer de percevoir des aides sociales ou d'y poursuivre l'exercice de son une activité professionnelle et d'assumer les charges financières de son foyer, la condition d'urgence doit être regardée comme étant respectée.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux :
6. En l'état de l'instruction, les moyens fondés sur la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demande la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet du Gard du 3 avril 2024.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 521-1, L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative que le juge des référés peut, y compris de sa propre initiative, lorsque la décision contestée est une décision administrative de rejet, assortir la mesure de suspension qu'il ordonne de l'indication des obligations provisoires qui en découleront pour l'administration et qui pourront consister à réexaminer la demande dans un délai déterminé ou, le cas échéant, prendre toute mesure conservatoire utile compte tenu de l'objet du litige, du moyen retenu et de l'urgence. Toutefois ces mesures doivent être celles qui sont impliquées nécessairement par la décision de suspension.
9. En l'espèce, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet du Gard de délivrer à Mme A un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de procéder au réexamen de sa demande de renouvellement dans un délai d'un mois à compter de cette même notification. Il n'y a pas lieu d'assortir ces mesures d'exécution des astreintes sollicitées ni de faire droit aux conclusions tendant à la délivrance d'un titre de séjour.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : Mme A est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet du Gard a opposé à Mme A une décision de refus de séjour opposé et lui a fait obligation de quitter le territoire français est provisoirement suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Gard de délivrer à Mme A un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de procéder à un réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de cette même notification.
Article 4 : L'Etat versera à Me Cagnon, avocat de Mme A, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au préfet du Gard.
Fait à Nîmes, le 20 juin 2024.
Le juge des référés,
G. ROUX
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Nîmes, le 20 juin 2024,
Le greffier,
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