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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402117

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402117

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantEZZAÏTAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 1er et 4 juin 2024, M. A E demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 1er juin 2024 en tant qu'il fixe le Nigéria comme pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il justifie d'un titre de séjour italien en cours de validité ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juin 2024 le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lellig pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Lellig ;

-et les observations de Me Ezzaïtab, représentant M. E, et de M. E lui-même, assisté de Mme B, interprète en langue anglaise, qui maintient ses conclusions et moyens qu'il précise ;

-le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant nigérian né en 1993, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 1er juin 2024 en tant qu'il fixe le Nigéria comme pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté contesté est signé par Mme C D, cheffe du bureau de l'éloignement du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature accordée par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 22 avril 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

3. La décision litigieuse rappelle la nationalité de M. E, vise les textes applicables et mentionne que la décision ne contrevient pas à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque dès lors en fait et doit être écarté.

4. Si le requérant soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si M. E, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 28 février 2019 et par la Cour nationale du droit d'asile et 18 août 2021, soutient encourir des risques pour sa vie en cas de retour au Nigéria, il n'étaye cette allégation d'aucune précision ni d'aucune pièce permettant d'en établir le bien-fondé. La circonstance qu'il aurait subi une agression de la part de compatriotes dans le cadre de sa rétention n'est pas non plus de nature à justifier des craintes alléguées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

7. Enfin, la décision contestée fait suite à une interdiction définitive du territoire français prononcée par le tribunal correctionnel de Lyon le 21 mai 2021. Le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé, en conséquence, que M. E sera reconduit à destination du pays dont il a la nationalité, à savoir le Nigéria, ou dans tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. Dans ces conditions, la circonstance que M. E dispose d'un titre de séjour italien en cours de validité est sans incidence sur la légalité de la décision contestée qui prévoit expressément la possibilité d'un éloignement à destination de ce pays, sous réserve pour le requérant de justifier de la régularité de son séjour en Italie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les autres conclusions :

9. Les conclusions aux fins d'annulation étant rejetées, celles présentées à fin d'injonction comme celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Wafae Ezzaïtab.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La magistrate désignée,

W. LELLIG

La greffière,

M.-E. KREMERLa République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402117

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