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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402150

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402150

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantAARPI HORTUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juin 2024, M. A B, ayant pour avocat la SCP Lemoine Clabeaut, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 2 avril 2024 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Nîmes a décidé une sanction disciplinaire de licenciement sans préavis ni indemnité de licenciement à effet du 8 avril 2024 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Nîmes de procéder à sa réintégration au sein de ses effectifs à compter du 8 avril 2024 et à la reconstitution de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nîmes la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il se retrouve privé de l'emploi qu'il occupait en contrat à durée indéterminée et d'un tiers de ses ressources, cela emporte d'importantes conséquences sur sa situation personnelle ;

- sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision les moyens tirés de ce que :

*le signataire de l'acte attaqué, M. C en sa qualité de directeur général par intérim du CHU de Nîmes, n'était plus compétent puisque M. D a été nommé en cette qualité le 2 avril 2024 ;

*le non-respect du quorum de 3/4 au sein du conseil de discipline aurait dû conduire au report de la séance ;

*le refus de procéder au report de la séance alors même que son conseil n'avait pas disposé d'un temps suffisant pour assurer sa défense, fondé sur le refus de la majorité des membres du conseil, méconnait les droits de la défense ;

*l'avis rendu par le conseil de discipline est irrégulier en ce qu'il aurait dû se prononcer sur une proposition de sanction entre 4 jours et 3 mois puisqu'une des deux parties l'avait validée ; il n'appartenait pas au conseil de discipline de révéler le sens du vote des représentants ; l'avis est erroné en ce qu'il mentionne que les sanctions les plus sévères ont reçu des votes, alors qu'elles n'ont reçu qu'un seul vote ;

*les griefs tirés du refus de se conformer à un ordre de sa hiérarchie et du manquement à la probité ne sont pas établis eu égard à la nature de ses diligences, des échanges entre les CHU de Toulouse et Nîmes et à sa fiche de poste, et à la circonstance que c'est le CHU de Toulouse qui lui a demandé d'accomplir la prestation de formation en litige ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2024, le CHU de Nîmes, ayant pour avocat la SCP Lemoine Clabeaut, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des frais d'instance.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant n'a saisi le juge des référés que le 4 juin 2024 alors que la situation dont il se prévaut est constituée depuis le 8 avril 2024 ; s'il fait valoir des frais de la vie courante à hauteur de 1 364, 30 euros, aucun élément concret de nature à attester des montants dont il fait état ainsi qu'aucun détail de ses ressources actuelles n'est produit afin d'exposer sa situation financière ;

- M. C, signataire de l'acte attaqué, était encore directeur général par intérim du CHU de Nîmes le 2 avril 2024 à la date à laquelle l'acte a été édicté ;

- le quorum était atteint puisque la commission consultative paritaire comporte deux représentants du personnel occupant un emploi de catégorie A et deux représentants de l'administration étaient appelés à siéger de sorte que quatre membres étaient présents lors de la séance du 7 mars 2024 ;

- la demande de report de la séance du conseil de discipline formulée par M. B ne repose sur aucun texte et reposait sur un motif dilatoire et uniquement imputable à l'agent ;

- sur la régularité de l'avis du conseil de discipline, plusieurs sanctions ont été concernées par un partage égal des voix, situation permettant de retenir que l'avis est réputé avoir été donné et en tout état de cause, cela n'a exercé aucune influence sur le sens de la décision ni privé le requérant d'une garantie ;

- les faits retenus à l'encontre du requérant pour lui infliger une sanction disciplinaire, dont la matérialité est établie, sont de nature à constituer une faute de nature à permettre l'infliction d'une telle sanction.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2024 à 14 heures 30 :

- le rapport de Mme Chamot, juge des référés ;

- les observations de Me Lemoine pour M. B, présent, qui reprend oralement ses conclusions et moyens et ajoute le moyen tiré de la disproportion de la sanction du licenciement compte tenu de la nature et du caractère isolé des faits reprochés et de la qualité des états de service de M. B ;

- les observations de Me Bellotti pour le CHU de Nîmes, qui reprend oralement ses conclusions et moyens, en insistant sur l'absence d'urgence et sur l'absence de reconnaissance par M. B du conflit d'intérêts qui lui est reproché.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ingénieur hospitalier recruté par contrat à durée indéterminée conclu le 1er avril 2009 avec le centre hospitalier universitaire de Nîmes, s'est vu notifier, le 5 avril 2024, une décision du 2 avril 2024 portant sanction disciplinaire de licenciement sans préavis ni indemnité de licenciement à compter du 8 avril 2024 en raison de son refus d'assurer une formation Redcap pour le CHU de Toulouse qu'il a finalement assurée à titre onéreux pour le compte de son auto-entreprise. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence. La procédure instaurée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne subordonne la saisine du juge des référés au respect d'aucun délai mais seulement à ce que l'urgence, qui peut apparaître après que la décision contestée a commencé à produire ses effets, soit justifiée à la date de la saisine.

4. Eu égard aux effets de la décision dont la suspension est demandée, qui, notamment, prive M. B de la majeure partie de ses revenus, issus de son contrat d'ingénieur hospitalier à temps plein, l'exécution de cette décision porte un préjudice grave et immédiat à sa situation. La circonstance qu'une décision de licenciement ouvre droit au bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi n'est, dans les circonstances de l'espèce, pas de nature à retirer à cette situation son caractère d'urgence. Il en est de même du délai de près de deux mois mis par M. B à saisir le juge des référés. M. B est dès lors fondé à invoquer l'urgence qui s'attache à sa requête.

5. D'autre part, en l'état de l'instruction, le moyen tiré du caractère disproportionné de la sanction de licenciement est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

6. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont satisfaites. En conséquence, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 2 avril 2024 du directeur général du centre hospitalier universitaire de Nîmes jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. En application des dispositions citées au point précédent, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Il en résulte que la suspension de l'exécution de la décision contestée, eu égard au motif retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au directeur du centre hospitalier de procéder, à titre provisoire, à la réintégration de M. B dans ses effectifs, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " ;

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nîmes la somme de 1 200 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés par M. B. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que le centre hospitalier a présentées sur leur fondement.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision du 2 avril 2024 du directeur général du centre hospitalier universitaire de Nîmes est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier universitaire de Nîmes de réintégrer M. B à titre provisoire dans ses effectifs, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Nîmes versera à M. B la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au centre hospitalier universitaire de Nîmes.

Fait à Nîmes, le 24 juin 2024.

La juge des référés,

C. CHAMOT

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402150

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