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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402180

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402180

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTEISSONNIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juin 2024, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée de cinq ans et fixe son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, avec une astreinte de 150 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L.614-16 du CESEDA et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du CESEDA ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée faute d'examiner les quatre critères énoncés pour fixer la durée de la mesure ;

- elle est entachée d'une erreur de base légale dès lors que le préfet fonde cette décision sur les dispositions de l'ancien article L. 612-6 qui fixait la durée maximale de l'interdiction à trois ans et qui est obsolète ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête de M. C.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bala pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bala, qui informe les parties que le jugement est susceptible de substituer, comme base légale de l'interdiction de retour sur le territoire français l'article L. 612-6 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au présent litige, qui fixe la durée maximale de ladite interdiction à cinq ans ;

- et les observations de Me Teissonnière, avocate de M. C, assisté par M. D, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et précise seulement qu'il a une carte italienne sans ajouter de nouveau moyen. Le requérant, auquel la parole a été donné indique qu'il travaille à Venise et montre une photo difficilement lisible depuis son téléphone portable qui serait une carte d'identité italienne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 30 octobre 1978, demande l'annulation de l'arrêté en date du 6 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. A E, préfet des Alpes-de-Haute-Provence, nommé en cette qualité à compter du 23 août 2022 par décret du 20 juillet 2022 régulièrement publié au Journal Officiel du 21 juillet 2002. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / (). "

4. L'arrêté du 6 juin 2024 contesté comporte dans ses visas et ses motifs les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen complet de la situation particulière de M. C au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. Il mentionne notamment, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire, que M. C a fait l'objet de quatre mesures auxquelles il n'a jamais déféré, soit une obligation de quitter le territoire français sans délai émise par la préfecture des Bouches-du-Rhône le 19 avril 2019 avec interdiction de retour de deux ans, une obligation de quitter le territoire français sans délai émise par la préfecture du Nord le 21 septembre 2021 avec interdiction de retour de un an, une obligation de quitter le territoire français sans délai émise par la préfecture des Bouches-du-Rhône le 11 mai 2022 et une obligation de quitter le territoire français sans délai émise par la préfecture des Bouches-du-Rhône le 4 janvier 2023 sans interdiction de retour. Il fait aussi mention de l'absence d'entrée régulière sur le territoire français, du risque de soustraction à la mesure d'éloignement en l'absence de garantie de représentation et du comportement du requérant qui constitue une menace à l'ordre public. Les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'examen de la situation du requérant ne peuvent être qu'écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. C soutient résider avec sa mère, titulaire d'un titre de séjour français, il n'apporte aucune autre précision ni aucun justificatif de sa situation personnelle et familiale. Il ressort au contraire de l'examen du PV n°00865/2024/001057 du 6 juin 2024 à 12h45 qu'il a déclaré lors de son audition être sans domicile fixe et n'avoir aucune famille en France. Au demeurant, il se prévaut d'un séjour très récent sur le territoire national et ne démontre pas avoir fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

8. En premier lieu, il ressort de la lecture de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations détaillées de fait et de droit qui en constituent le fondement et atteste ainsi de la prise en considération par le préfet des Alpes de Haute-Provence des quatre critères énoncés par les dispositions précitées. Par ailleurs, M. C ne justifie pas de circonstances humanitaires qui n'auraient pas été prises en compte dans l'arrêté en litige. Dans ces conditions, cette décision n'est pas entachée d'une insuffisance de motivation.

9. En second lieu, il ressort de l'examen de la décision litigieuse que le préfet a retranscrit les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant un délai maximum de trois ans, c'est-à-dire la version applicable du 1er mai 2021 au 28 janvier 2024.

10. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

11. En l'espèce, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à la date de la décision litigieuse, permettant une durée maximale d'interdiction de cinq ans, qui peuvent être substituées à cette ancienne version qui présente au demeurant le caractère d'une erreur de plume.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet des Alpes-de-Haute-Provence et à Me Teissonnière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La magistrate désignée,

K. BALALa greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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