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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402244

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402244

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024 la société TDF, représentée par Me Bon-Julien, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de Sauveterre du 19 décembre 2023 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux dirigé contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Sauveterre de prendre un arrêté provisoire de non-opposition à la déclaration préalable enregistrée sous le numéro DP 30 312 23 R0054 pour l'installation d'une station de radiotéléphonie sur un terrain situé lieudit " Haute Valergue " à Sauveterre dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sauveterre une somme de 1 500 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que tant au vu de l'intérêt public attaché au déploiement du réseau de téléphonie mobile par Free qu'au vu des intérêts propres des opérateurs, il y a urgence à suspendre des décisions faisant échec à l'implantation d'un site de téléphonie mobile, que le site en cause fait partie de la stratégie de déploiement de la 5G par Free et doit lui permettre de participer à la réalisation de ses obligations à l'échelle nationale et au cahier des charges auquel l'opérateur est soumis depuis 2020, que le respect des engagements contractuels de mise à disposition de sites souscrits par TDF est constitutif d'un intérêt personnel, direct et immédiat de cette dernière, distinct de celui de Free Mobile et le refus qui lui est opposé préjudicie gravement à son activité d'implantation des installation des opérateurs, que le projet permettra la couverture d'un territoire et d'une population à ce jour non correctement couverts par les réseaux 3G et 4G de Free Mobile et de déployer la technologie 5G, dans le respect des obligations de Free ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige, dès lors que :

o L'incomplétude du dossier ne pouvait lui être opposée à défaut d'avoir demandé la production des éléments dont l'absence lui est reprochée et de ce qu'aucune des quatre pièces, à savoir, la simulation de l'exposition aux champs électromagnétiques, l'étude d'impact, l'étude faune-flore et l'avis de la ligue pour la protection des oiseaux n'est requise en application des articles R. 431-35 et R. 431-36 du code de l'urbanisme ;

o le projet ne méconnaît pas le principe de précaution dès lors que le contrôle de l'absence de risque sanitaire ne relève pas de la compétence du maire, le projet se trouve à plus de 450 m d'une école, à plus de 270 m d'une zone d'activités sportives et culturelles et à environ 75 m d'un lotissement en cours de construction , qu'aucune distance minimale n'est imposée entre le projet et les habitations et que la commune ne présente aucun élément circonstancié permettant de justifier la décision sur le fondement du principe de précaution ;

o l'application de l'article R.111-26 ne permet pas au maire de refuser une autorisation d'urbanisme mais seulement de l'accorder en l'assortissant de prescriptions permettant d'assurer la protection de l'environnement ;

o le projet ne porte pas atteinte à l'environnement, il permettra d'assurer la couverture d'un territoire non couvert par le réseau Free, il est autorisé en zone A1 du règlement du PLU ; aucune trame verte identifiée par le PADD n'est présente sur le terrain d'assiette du projet et le projet se trouve également en dehors des trames bleues et des continuités écologiques à préserver également identifiées ; il se situe également en dehors de toute zone ZNIEFF ou site Natura 2000 ;

o aucune disposition légale ou règlementaire n'impose au pétitionnaire de se concerter avec la collectivité avant le dépôt de sa demande d'autorisation d'urbanisme ; le choix du lieu d'implantation d'une antenne relais est libre pour le pétitionnaire en vertu du principe de liberté du commerce et de l'industrie et de la liberté d'installation ;

o le motif tiré de l'atteinte à l'environnement du projet est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article A11 du PLU et de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme eu égard aux caractéristiques des lieux avoisinants, à son impact visuel qui du fait des matériaux et des couleurs utilisés sera minime et encore réduit par son implantation à proximité d'une voie ferrée et sur un terrain arboré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, la commune de Sauveterre, représentée par son maire en exercice, doit être regardé comme concluant au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- à la suite d'une concertation les parties se sont mises d'accord sur une nouvelle implantation du projet sur une parcelle appartenant à la commune dont la vente à la société TDF a été autorisée par délibération du conseil municipal du 15 janvier 2024 ;

- un nouveau dépôt de déclaration préalable à laquelle il ne sera pas fait opposition doit intervenir d'ici le 30 juin prochain ;

- qu'elle doit être exonérée des frais d'instance demandés par la société TDF.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 juin 2024 sous le numéro 2402304 par laquelle la société TDF demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Boyer, vice-présidente pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 26 juin 2024 à 10h00 en présence de Mme Paquier, greffière d'audience, Mme Boyer a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Le Rouge de Guerdavid, représentant la société TDF qui reprend les conclusions et moyens de sa requête et précise s'agissant de l'urgence qu'elle bénéficie d'une jurisprudence est constante et en remplit les quatre conditions pour que l'urgence soit reconnue, l'intérêt public attachée à la couverture du territoire, les intérêts de free mobile tenue par ses engagements, les intérêts propres de TDF, du fait de l'externalisation des infrastructures et de l' apport du projet à une population non couverte par les systèmes 4 G et 5 G, les échéances de Free non encore atteintes à ce jour et la couverture très dégradée sur le territoire en cause ; s'il est vrai qu'une autre implantation est envisagée et est en cours de finalisation, cette circonstance n'enlève en rien le caractère urgent car la société TDF qui a déposé son dossier doit atteindre l'expiration d'un délai d'un mois pour déposer sa demande dont elle ne peut être certaine de l'aboutissement malgré les engagements de la commune, qu'en outre l'antenne disposera d'une situation équivalente avec un risque de contentieux rendant plus incertaine encore son aboutissement ; s'agissant des moyens propres à faire naître un doute sérieux, l'incomplétude du dossier ne pouvait lui être opposée, les documents en en cause ne relevant pas des informations requises, qu'en ce qui concerne les effets des ondes, il est renvoyé aux écritures, qu'en ce qui concerne la protection environnementale de la faune et de la flore, il est renvoyé aux écritures, étant précisé que le terrain d'assiette est hors protections et que l' emprise au sol du projet est limitée, que TDF a une liberté de choix de l'emplacement alors même qu'un 2ème projet est envisagé et qu'il n'y a pas d'obligation de mutualiser les antennes ; qu'en ce qui concerne l'insertion visuelle, les lieux avoisinants n'ont pas de caractère particulier, le projet s'insère dans un espace arboré et le pylône gris treillis aura un impact visuel minime ; elle précise également que l'aboutissement du second projet est encore trop incertain et qu'aucune mutualisation n'y est prévue.

- les observations de M. A, maire de la commune de Sauveterre, représentant la commune de Sauveterre qui maintient la teneur de ses écritures et fait part de son incompréhension d'avoir été attrait devant le Tribunal alors qu'une concertation pour le choix d'une autre implantation a abouti, que la commune a un réel besoin de couverture et qu'il est d'accord sur un second projet, qu'il reproche le manque de concertation qui a entouré la première demande, que le dossier d'information du second projet issu de la concertation réalisée avec la préfecture du Gard, l'opérateur et la société TDF a été déposé et seule une erreur de la société TDF n'a pas permis à ce jour le dépôt de la demande d'autorisation du nouveau projet, qu'il s'engage à ce qu'un avis favorable lui soit donné, qu'un troisième dossier est arrivé concernant la commune limitrophe et permettrait la mutualisation des infrastructures ; qu'il ne comprend pas l'acharnement de la société TDF dès lors que l'aboutissement du deuxième projet pourrait permettre la mise en service d'une nouvelle antenne en octobre prochain, que le premier projet se situe près de nichoirs, à proximité des écoles et d'un lotissement en construction à moins de 100 m, qu'il souhaite que le second projet lui soit préféré, les risques de recours sont plus important avec le premier projet au vu du mécontentement des habitants des lotissements, qu'il demande que la société TDF renonce au premier projet, qu'une attente serait sage au vu du dialogue en cours, que la commune ne doit pas être condamnée à payer des frais d'instance.

Considérant ce qui suit :

1.La société TDF a déposé le 23 octobre 2023 une déclaration préalable de travaux pour l'installation d'un site d'infrastructure de téléphonie mobile consistant en la pose d'un pylône treillis de couleur gris de 30 mètres de hauteur et d'une zone technique surélevée et clôturée qu'elle doit réaliser pour le compte de la société Free. Son dossier a été complété le 4 décembre 2023. Par un arrêté du 19 décembre 2023, le maire de la commune de Sauveterre s'est opposé à ce projet. Par la présente requête, la société TDF demande la suspension de l'exécution de cet arrêté et de la décision implicite du 16 avril 2024 rejetant le recours gracieux présenté à son encontre.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En l'espèce, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et aux intérêts propres de la société requérante et de la société Free pour laquelle elle réalise le projet en litige et à la circonstance qu'il n'est pas contesté que le territoire de la commune de Sauveterre éprouve des difficultés de couverture en 3G et 4G et n'est que partiellement couvert par le réseau de téléphonie mobile en 5G de la société Free, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme étant remplie alors même qu'un projet de remplacement serait souhaité par la commune de Sauveterre et en cours de négociation.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que l'incomplétude du dossier ne pouvait être opposée à la société TDF et concerne des documents qui n'avaient pas à figurer dans le dossier de demande, de ce que le dépôt de la demande n'avait pas à faire l'objet d'une concertation préalable, de ce que le projet ne méconnaît pas le principe de précaution, de ce qu'il ne porte pas atteinte à l'environnement au regard du PADD comme au regard des caractéristiques de la zone A du PLU et de ce qu'il est entaché d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article A11 du PLU et de l'article R.111-27 tels qu'analysés dans les visas sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

6. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible de créer un doute sérieux sur la légalité du refus opposé.

7. Il résulte de ce qui précède que la société TDF est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de Sauveterre du 19 décembre 2023 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux dirigé contre cet arrêté, jusqu'à ce qu'il soit statué sur son recours au fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisi de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

9. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté litigieux interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé et aucun des motifs invoqués par la commune n'est susceptible de justifier le refus qui a été opposé à la société TDF. Par suite, la suspension de l'exécution de la décision en litige implique nécessairement que le maire de Sauveterre délivre à la société TDF une décision provisoire de non-opposition à la déclaration préalable de travaux qu'elle a déposée, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Sauveterre la somme que la société TDF demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution de la décision du maire du maire de Sauveterre du 19 décembre 2023 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux dirigé contre cet arrêté est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Sauveterre de délivrer à la société TDF une décision provisoire de non-opposition à la déclaration préalable de travaux qu'elle a déposée, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Les conclusions présentées par la société TDF en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société TDF et à la commune de Sauveterre.

Copie sera adressée au préfet du Gard.

Fait à Nîmes, le 26 juin 2024.

La juge des référés,

C. BOYER

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402244

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