mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | FOUGHAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juin 2024, M. E D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet du Gard lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de sa destination et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de sa décision, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la décision d'interdiction de retour n'est pas suffisamment motivée comme l'exige l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 juin 2024 :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Foughar, avocate commise d'office, représentant M. D, assisté M. C, interprète en langue arabe, qui a précisé que la demande de frais irrépétibles n'était pas fondée sur l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et a repris les moyens invoqués dans ses écritures en précisant que l'intéressé disposait d'attaches familiales en France, notamment une tante et des neveux et nièces, ainsi que de M. D qui a précisé qu'il n'avait pas régularisé sa situation car il cherchait d'abord à obtenir un contrat de travail, que plusieurs membres de sa famille résident en France, notamment à Paris, Beaucaire, Tarascon et Nîmes et qu'il avait travaillé sur les marchés dans l'attente d'une offre d'emploi.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant marocain né le 22 février 1997, a été interpellé le 13 juin 2024 par les services de la sureté urbaine de Beaucaire - Tarascon et placé en garde à vue. Au regard de sa situation administrative en France, le préfet du Gard a pris à son encontre, le 14 juin 2024, un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français, fixant sa destination et portant interdiction de retour pendant un an. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté en ces trois décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté en litige a été signé par M. A F, chef du bureau des étrangers de la préfecture du Gard qui disposait, pour ce faire, d'une délégation de signature accordé par un arrêté du préfet du Gard en date du 21 août 2023, publié le 22 août au recueil des actes administratifs spécial n° 30.2023-098 de la préfecture du Gard, à l'effet de signer au nom du préfet du Gard toutes décisions ayant trait à l'éloignement et en particulier les arrêtés d'obligation de quitter le territoire et d'interdiction de retour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. La décision obligeant le requérant à quitter le territoire français énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait qui la fondent, et notamment les éléments propres à la situation personnelle de M. D sur le territoire français. Le moyen tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée manque en fait et doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré pour la dernière fois en France le 16 mai 2022, sous couvert d'un visa court séjour valable jusqu'au 16 août 2022 et s'y est maintenu depuis de manière irrégulière sans n'effectuer aucune démarche visant à régulariser sa situation. Il vit ainsi en France depuis environ deux ans, après avoir vécu durant vingt-cinq années au Maroc, son pays d'origine, où il a conservé ses attaches privées et familiales et où vivent encore, selon ses propres déclarations, ses parents et sa sœur et n'a produit aucune pièce de nature à justifier qu'il disposerait d'attaches familiales sur le sol français comme il l'affirme. Au regard de ces élément l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposé ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et n'apparait pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. D.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
6. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité ou par voie de conséquence de la décision d'éloignement ne peut être qu'écarté, cette décision n'étant pas illégale.
7. Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Il résulte de l'arrêté en litige que la décision d'interdire à M. D un retour en France pour une durée d'un an énonce les considérations de droit et de fait qui l'a fondent, notamment la durée et les conditions du séjour en France de l'intéressé, son maintien en situation irrégulière après l'expiration de son visa de court séjour ainsi que les attaches familiales dont il dispose dans son pays d'origine. Le moyen tiré de ce qu'elle ne serait pas suffisamment motivée manque en fait et doit être écarté.
8. Pour les motifs énoncés au point 5 du présent jugement, la décision d'interdiction de retour contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale de M. D.
En ce qui concerne le pays de destination :
9. M. D n'a invoqué aucun moyen au soutien des conclusions à fin d'annulation qu'il a dirigées contre la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D ne sont pas fondées et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. D n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions qu'il a présentées aux fins d'injonction et d'astreintes doivent être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le magistrat désigné,
G. BLa greffière,
M-E. KREMER
La République mande et ordonne au préfet du Gard, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2302280
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026