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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402307

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402307

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402307
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 juin 2024, le syndicat CFDT interco 84, représenté par Me Di Nicola, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le maire d'Avignon a désigné les emplois de policiers municipaux en tant qu'emplois indispensables à assurer la continuité du service public le 19 juin 2024, ensemble les arrêtés nominatifs individuels de réquisition de policier municipal pris sur son fondement concernant Mmes A B, Alicia Montbrun, Sarah Cayrier, Emy Bilak, Evelyne Benchimol, Alicia Malago, Justine Senegas, MM. Bertrand Vivien, Jean-Philippe Constantin, Christophe Molière, Lionel Parissé, Jefferson Depoortere, Stéphane Etore, Cédric Balland, Jonathan Dagbert, Jean-Marie Paumier, Guy Grelaud, Lyes Ichallal et Stéphane Couve.

2°) de mettre à la charge de la commune d'Avignon la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a intérêt pour agir au regard de son objet visant à la défense individuelle et collective des fonctionnaires ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que les arrêtés en litige prennent effet le 19 juin 2024 ;

- vingt-sept des policiers municipaux réquisitionnés pour assurer la continuité du service public le 19 juin 2024, en raison du passage de la flamme olympique à Avignon, ont déposé, le 12 juin dernier, un préavis de grève concernant cette journée ;

- les arrêtés en litige, publiés et notifiés seulement la veille de leur prise d'effet, portent une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à un recours effectif en violation des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'article 16 de la Constitution, puisque les intéressés ne disposent pas d'un délai suffisant pour les contester en justice ;

- ils portent également atteinte au droit de grève garanti par le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;

- l'arrêté du 17 juin 2024 a été signé par une autorité incompétente, le maire ne pouvant déléguer à son directeur général des services son pouvoir de police générale ;

- il présente un caractère disproportionné au regard des effectifs des forces de sécurités qui seront mobilisées pour l'évènement en cause.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2024, la commune d'Avignon, représentée par Me Maillot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du syndicat requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le secrétaire général du syndicat CFDT interco 84 ne justifie pas de sa qualité pour ester au nom de celui-ci ;

- les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné à M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 19 juin 2024, en présence de Mme Kremer, greffière d'audience :

- le rapport de M. Roux, juge des référés ;

- les observations de Me Di Nicola, représentant le syndicat CFDT Interco 84, qui a repris et développé les moyens invoqués dans ses écritures en insistant sur l'habilitation que l'article 12 de ses statuts donne au secrétaire générale pour agir au nom du syndicat en cas d'urgence, sur le droit au recours dont ont été privés les agents concernés par les arrêtés de réquisition, en dépit de ce que le syndicat a pu déposer une requête en référé et le caractère disproportionné des arrêtés attaqués qui n'étaient pas indispensables dès lors qu'un nombre suffisant de quarante-sept policiers municipaux en congés auraient pu être réquisitionnés en lieu et place des agents grévistes ;

-les observations de Me Burger, pour la commune d'Avignon qui a précisé qu'en dépit d'une maladresse rédactionnelle de son mémoire en défense, elle demandait le rejet de la requête et le versement de frais liés à l'instance à titre principal, puis repris et développé les moyens et arguments opposés dans ses écritures en faisant valoir qu'il n'est pas justifié de ce que le secrétaire générale disposerait du mandat prévu à l'article 12 des statuts du syndicat, ni de ce que la personne ayant agi au nom de celui-ci serait bien le secrétaire général de ce syndicat, que le signataire des arrêtés disposait d'une délégation pour prendre ces mesures strictement relatives à l'organisation générale du service,

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat CFDT Interco 84 a déposé, le 12 juin 2024, un préavis de grève pour l'ensemble des policiers municipaux de la commune d'Avignon pour la période allant du mercredi 19 juin 2024 à 00 heures jusqu'au jeudi 20 juin 2024 à 5 heures. Par arrêté du 17 juin 2024, le maire d'Avignon a désigné les emplois de policiers municipaux au titre des emplois indispensables à la continuité du service public le 19 juin 2024, puis a pris quinze arrêtés individuels réquisitionnant des policiers municipaux afin qu'ils assurent leur service le 19 juin 2024. Le syndicat CFDT Interco 84 demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté de désignation et des dix-neuf arrêtés individuels pris sur son fondement le 17 juin 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

En ce qui concerne l'atteinte au droit au recours effectif :

3. Aux termes de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi () ". Aux termes de l'article 13 de cette convention : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ". Le droit a un recours effectif constitue une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

4. Si les arrêtés en litige relatifs à l'organisation du service de la police municipale d'Avignon à l'occasion du passage dans cette commune de la flamme olympique, le 19 juin 2024, n'ont été publiés ou notifiés que la veille, le 18 juin 2024, ce bref délai a néanmoins permis au syndicat CFDT Interco 84 de saisir le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et aux agents de police municipale concernés de se rapprocher de ce dernier afin notamment de lui transmettre les arrêtés individuels critiqués dans la présente instance. Il ne résulte donc pas de l'instruction que les arrêtés attaqués auraient, dans ces conditions, porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit au recours effectif du syndicat requérant et des policiers municipaux qu'ils réquisitionnent.

En ce qui concerne l'atteinte au droit de grève :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 114-1 du code général de la fonction publique : " Les agents publics exercent le droit de grève dans le cadre des lois qui le réglementent. ". Le droit de grève présente le caractère d'une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

6. En indiquant dans le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958, que le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent, l'Assemblée Constituante a entendu inviter le législateur à opérer la conciliation nécessaire entre la défense des intérêts professionnels dont la grève constitue l'une des modalités et la sauvegarde de l'intérêt général, auquel elle peut être de nature à porter atteinte. La reconnaissance du droit de grève ne saurait avoir pour conséquence d'exclure les limitations qui doivent être apportées à ce droit, comme à tout autre, en vue d'en éviter un usage abusif, ou bien contraire aux nécessités de l'ordre public ou aux besoins essentiels de la Nation ou du pays.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () ; / 3° Le maintien du bon ordre dans les endroits où il se fait de grands rassemblements d'hommes, tels que les () cérémonies publiques () et autres lieux publics () " ; Aux termes de l'article L. 511-1 du code de sécurité intérieur auquel renvoi l'article L. 2212-5 du code général des collectivités territoriales : " Sans préjudice de la compétence générale de la police nationale et de la gendarmerie nationale, les agents de police municipale exécutent, dans la limite de leurs attributions et sous son autorité, les tâches relevant de la compétence du maire que celui-ci leur confie en matière de prévention et de surveillance du bon ordre, de la tranquillité, de la sécurité et de la salubrité publique. () " ;

8. Si le maire peut légalement, en vertu des pouvoirs de police générale qu'il tire de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales requérir les agents en grève d'un service public municipal dans le but d'assurer le maintien d'un effectif suffisant pour garantir l'ordre public et la sécurité des personnes et des biens, il ne peut toutefois prendre que les mesures imposées par l'urgence et proportionnées aux nécessités de l'ordre public.

8. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du courrier adressé au maire d'Avignon par le préfet de Vaucluse le 11 juin 2024, que le passage de la flamme olympique sur le territoire de la commune d'Avignon, le 19 juin 2024, constitue un évènement d'envergure pour lequel un grand nombre de manifestations culturelles sont organisées et notamment un important concert dans la soirée, devant conduire à un regroupement attendu de près de 10 000 personnes dans un contexte sécuritaire particulièrement sensible, ayant justifié le plus haut niveau d'alerte du plan Vigipirate et exigeant, outre les près de 500 policiers engagés pour sécuriser le parcours, la mobilisation d'au moins 55 agents de police municipale sur le terrain, tel qu'expressément demandé par le préfet. Il ressort des écritures de la commune, non contestées sur ce point, et de la note de service produite, en date du 6 mai 2024, relative à la sécurisation de la commune, que le dispositif des forces de la police municipale pour la journée du 19 juin 2024 repose sur la mobilisation des agents par demi-journée. Il n'est, par ailleurs, nullement établi que le maire aurait disposé des effectifs suffisant pour respecter le dispositif de sécurisation initialement prévu sans les réquisitions individuelles contestées. Dans ces conditions, au regard du caractère proportionné de ces mesures, de l'impératif d'intérêt général de sécurité publique attaché à l'évènement du 19 juin 2024 et à la courte durée de la mobilisation des agents de police municipale, il n'apparait pas que les arrêtés en litige, fondés sur la nécessité d'assurer la continuité du service public et réquisitionnant dix-neuf des vingt-sept agents qui se sont déclarés grévistes, porteraient une atteinte au droit de grève d'un niveau de gravité tel qu'il justifierait leur suspension sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la régularité de la délégation accordée par le maire au directeur général des services signataire des arrêtés contestés, ni sur sa recevabilité, la requête du syndicat CFDT Interco 84 doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête du syndicat CFDT interco 84 est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la commune d'Avignon est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat CFDT interco 84 et à la commune d'Avignon.

Copie en sera adressée pour information au préfet de Vaucluse.

Fait à Nîmes le 19 juin 2024.

La juge des référés,

G. ROUX

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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