mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402350 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juin et 30 juillet 2024, Mme A C B, représentée par Me Bifeck, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- il est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- elle remplissait les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le préfet était tenu de faire droit à sa demande ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été régulièrement communiquée au préfet de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lahmar.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar,
- et les observations de Me Bifeck pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante vietnamienne, est entrée en France le 12 mars 2021 sous couvert d'un visa long séjour. Le 27 septembre 2023, elle a sollicité auprès du préfet de Vaucluse la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Mme B demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. "
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été initialement recrutée au sein de la SAS Wok B en tant qu'employée polyvalente par le biais d'un contrat saisonnier valable du 24 août au 30 septembre 2021. Le 21 juin 2022, elle a conclu avec cette même entreprise un contrat de travail à durée indéterminée pour un poste de cuisinière à temps partiel, ensuite porté à temps complet par avenant du 1er juin 2023. Le 3 juillet 2023, une autorisation de travail a été délivrée au profit de la requérante à son employeur au regard de ses fonctions telles que résultant de l'avenant conclu le 1er juin 2023. Pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent, le préfet de Vaucluse s'est, d'une part, fondé sur la circonstance que les bulletins de paie produits par la requérante pour les mois de juillet et août 2023 portaient la mention " employée polyvalente ", et a ainsi considéré que la requérante n'exerçait pas l'emploi de cuisinière indiqué dans son contrat de travail et pour lequel une autorisation de travail avait été délivrée à son profit. La requérante fait toutefois valoir qu'il s'agit d'une simple erreur de plume commise par son employeur compte tenu de ce qu'elle avait effectivement exercé antérieurement, comme indiqué plus haut, les fonctions d'employée polyvalente au sein de la même entreprise. Ces allégations sont corroborées par les nouveaux exemplaires de bulletins de paie établis à la demande de la SAS Wok B pour les mois de juillet et août 2023, qui visent désormais l'emploi de cuisinière, et qui sont accompagnées d'une attestation de la société d'expertise comptable ayant procédé à cette rectification. Elles sont également confirmées par les mentions reportées sur les bulletins de paie postérieurs à août 2023, visant eux aussi l'emploi de cuisinière, ainsi que par les différentes attestations produites à l'instance émanant de l'employeur de Mme B ainsi que de plusieurs de ses collègues. Il résulte de l'ensemble de ces pièces que Mme B occupe effectivement les fonctions de cuisinière depuis le mois de juin 2022 et qu'en retenant la qualité d'employée polyvalente pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de Vaucluse a procédé à une inexacte qualification des fonctions exercées pour l'application des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. D'autre part, le préfet de Vaucluse a considéré qu'en l'absence de qualification professionnelle de Mme B, l'emploi de cuisinière pour lequel elle bénéficie d'un contrat de travail ne saurait être regardé comme correspondant à celui désigné comme relevant de la liste des métiers en tension dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Cependant, dès lors qu'une autorisation de travail a été délivrée à l'employeur de Mme B pour ces fonctions, cette circonstance n'est pas susceptible de faire obstacle à la délivrance du titre de séjour prévu à l'article L. 421-1 précité. Il s'ensuit que Mme B est fondée à soutenir que le refus de titre de séjour litigieux méconnaît ces dispositions.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Vaucluse du 7 mai 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard aux motifs du présent jugement et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la situation de Mme B se serait modifiée, en droit ou en fait, depuis l'intervention de l'arrêté attaqué, l'exécution de ce jugement implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour " salarié " à l'intéressé. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet de Vaucluse de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du 7 mai 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Lahmar, conseillère,
Mme Hoenen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
L. LAHMAR
La présidente,
C. BOYERLa greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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