mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402361 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | LORION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistré le 22 juin 2024, M. B D, retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, demande au tribunal :
1°) le bénéfice d'un avocat commis d'office et d'un interprète en langue arabe ;
2) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour de deux ans et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge du préfet des Bouches du Rhône une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'incompétence ;
- méconnait le champ d'application de la loi dès lors qu'ayant effectué une demande d'asile en Suisse, il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; seule une décision de transfert prise sur le fondement de l'article L. 572-1 de ce code pouvait être prise et à défaut, il revenait à la France d'examiner sa demande d'asile ;
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée en ce qu'elle emploie une formule stéréotypée quant à l'absence de risques contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'Homme en cas de retour dans son pays et ne mentionne pas la demande d'asile qu'il a réalisée en Suisse ;
- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
La décision portant interdiction de retour :
- est insuffisamment motivée en ce que le préfet n'a pas justifié son choix de ne pas faire application de circonstances humanitaires pour s'abstenir d'édicter cette décision ;
- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La direction départementale de la police aux frontières a produit des pièces, enregistrées le 22 juin 2024.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le codes de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article L. 614-9 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Lorion, représentant M. D, qui reprend ses écritures et qui ajoute que M. D suit un traitement médical et ne détient de titre de séjour dans aucun autre pays, et sera ainsi forcément reconduit en Palestine où il risque, en raison du conflit israélo-palestinien, de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme ;
- le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, se disant de nationalité palestinienne, est né le 13 mars 2005. Le 19 juin 2024, il a été interpellé par les forces de police sur Marseille pour des faits de vol en réunion et violence commise en réunion sans incapacité. Par arrêté du 20 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour de deux ans. M. D demande l'annulation de cet arrêté et à ce qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer sa situation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
2. Par un arrêté n° 13-2024-03-22-00005 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 13-2024-075 du 22 mars 2024, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la préfecture, M. A E, signataire de l'arrêté en litige, bénéficie, en sa qualité d'adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, d'une délégation à l'effet de signer notamment les décisions contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.
3. Il ressort des dispositions des articles L. 610-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'obligation de quitter le territoire français, de celles des articles L. 615-1 et suivants relatives aux cas de l'étranger obligé de quitter le territoire d'un autre État membre de l'Union européenne ou d'un État dans lequel s'applique l'accord de Schengen et de celles des articles L. 621-1 et suivants relatives aux procédures de remise aux États membres de l'Union européenne ou parties à la convention d'application de l'accord de Schengen que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un État membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel État, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet État ou de le réadmettre dans cet État. S'agissant enfin, du cas de l'étranger demandeur d'asile, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Ainsi, lorsqu'en application des stipulations des conventions internationales conclues avec les États membres de l'Union européenne, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles de l'un de ces États, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions des articles L. 571-1 et suivants du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de réadmission prise sur le fondement de l'article L. 572-1 du même code.
4. En l'espèce, si le requérant soutient avoir réalisé une demande d'asile en Suisse, il ne ressort pas du procès-verbal d'audition par les services de police en date du 19 juin 2024, ni des documents produits dans le cadre de la présente instance, qu'il aurait effectué une telle demande, ni même qu'il aurait été autorisé à séjourner en Suisse. En l'absence de tout élément permettant de supposer qu'il aurait engagé des démarches en vue de solliciter une protection internationale, l'autorité administrative n'a commis aucune erreur de procédure en ne consultant pas le fichier Eurodac. Au demeurant, le préfet des Bouches-du-Rhône a réalisé, en date du 22 juin 2024, une recherche auprès du système Eurodac, ainsi qu'il en justifie en pièce 4 de son mémoire en défense, et indique que la décision incriminée serait mise à exécution à destination de la Suisse dans le cas où M. D serait identifié comme demandeur d'asile. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône n'était pas tenu d'engager une procédure de transfert vers la Suisse et le requérant n'est pas fondé à demander le bénéfice des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
5. En premier lieu, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et vise notamment la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la circonstance que la mesure envisagée ne contrevient pas à l'article 3. La décision mentionne également la nationalité de l'intéresse et, celui-ci n'ayant fait valoir aucune menace dans son pays d'origine, le préfet des Bouches-du-Rhône n'était pas tenu d'étayer davantage la motivation de cette décision. Par ailleurs, le requérant n'ayant jamais indiqué avoir effectué de demande d'asile en Suisse, le préfet n'avait pas non plus à mentionner cette demande dans sa décision. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. Il ressort de l'arrêté contesté que le préfet des Bouches-du-Rhône a prévu un éloignement à destination du pays dont M. D a la nationalité, ou à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou à destination d'un autre pays dans lequel il établit être légalement admissible. Si M. D, se disant de nationalité palestinienne, soutient qu'il serait exposé à des risques en cas de retour en Palestine dès lors, notamment, que le ministre de l'Europe et des affaires étrangères recommande sur son site internet de ne pas s'y rendre, ces recommandations s'adressent avant tout aux citoyens français, alors même, au demeurant, qu'il ne justifie ni de la nationalité palestinienne qu'il revendique, ni d'un dépôt d'une demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour :
8. En premier lieu, M. D, qui n'a pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
10. M. D ne justifie pas de circonstances humanitaires qui n'auraient pas été prises en compte dans l'arrêté en litige. Dans ces conditions, cette décision n'est pas entachée d'une insuffisance de motivation et d'une erreur de droit.
11. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté du 20 juin 2024. Par voie de conséquence ses conclusions à fins d'injonction et de condamnation de l'État sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Lorion.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.
Le magistrat désigné,
P. PERETTILa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026