mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402363 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | TAGUELMINT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 21 juin 2024, le président du tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal administratif de Nîmes le dossier de la requête de M. A B.
Par une requête enregistrée le 21 juin 2024, M. A B, représenté par Me Taguelmint, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2024, portant mesure individuelle de contrôle administrative et de surveillance, par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer, sur le fondement des articles L. 228-1 à L. 228-7 du code de la sécurité intérieure, lui a interdit, pour une durée de trois mois, de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Nîmes (Gard) en fixant les modalités d'exécution de cette mesure et lui a également interdit de se trouver en relation directement ou indirectement, pour une durée de six mois, avec 21 personnes nommément désignées par cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une inexactitude matérielle des faits ; l'accusation de dissimulation n'est basée sur aucun élément objectif, et aucune preuve matérielle d'acte de dissimulation n'est apportée par le ministère de l'Intérieur ;
- l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée à sa liberté de conscience en témoignant d'une erreur manifeste d'appréciation de sa personnalité, en violation de l'article 9 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;
- il ne fait l'objet d'aucune procédure en cours pour des faits de violences envers sa compagne et il dément fermement les faits de violences conjugales qui lui sont reprochés. En conséquence et motivant ainsi son arrêté ministériel, le ministère de l'intérieur et des outre- mer est à l'origine d'une erreur manifeste d'appréciation qui caractérise une atteinte manifestement disproportionnée aux droits protégés par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales, notamment à sa présomption d'innocence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête de M. B.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales et son protocole additionnel n° 4 ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- la décision n° 2017-691 QPC du 16 février 2018 du Conseil constitutionnel ;
- la décision n° 2017-695 QPC du 29 mars 2018 du Conseil constitutionnel ;
- la décision n° 2021-822 DC du 30 juillet 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. En application des articles L. 228-2 et L. 228-5 du code de la sécurité intérieure, le ministre de l'intérieur a prolongé les mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance prononcées par un arrêté du 1er décembre 2023 à l'encontre de M. B, né le 23 mars 1988, de nationalité française, par un arrêté du 19 mai 2024, d'une part, en lui interdisant de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Nîmes sauf autorisation préalable, en l'obligeant à se présenter aux services de police du commissariat de Nîmes situé 245, avenue Pierre Gamel, tous les jours à 8 heures 30 et à déclarer son lieu d'habitation ou tout changement le concernant, pour une durée de trois mois, et, d'autre part, en lui interdisant également de se trouver en relation, directement ou indirectement, avec 21 personnes nommément désignées, pour une durée de six mois. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2.Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure : " Le ministre de l'intérieur peut () faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer son lieu d'habitation et tout changement de lieu d'habitation. / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois. Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / Toute décision de renouvellement des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article est notifiée à la personne concernée au plus tard cinq jours avant son entrée en vigueur. La personne concernée peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il délègue l'annulation de la décision dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. Il est statué sur la légalité de la décision au plus tard dans un délai de soixante-douze heures à compter de la saisine du tribunal. Dans ce cas, la mesure ne peut entrer en vigueur avant que le juge ait statué sur la demande. ". Enfin, aux termes de l'article L. 228-5 de ce code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à toute personne mentionnée à l'article L. 228-1, y compris lorsqu'il est fait application des articles L. 228-2 à L. 228-4, de ne pas se trouver en relation directe ou indirecte avec certaines personnes, nommément désignées, dont il existe des raisons sérieuses de penser que leur comportement constitue une menace pour la sécurité publique. Cette obligation tient compte de la vie familiale de la personne concernée. / L'obligation mentionnée au premier alinéa du présent article est prononcée pour une durée maximale de six mois () ".
3. En vertu de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure cité au point ci-dessus, la mesure d'assignation à résidence prévue à l'article L. 228-2 du même code ne peut être prononcée qu'aux fins de prévenir la commission d'un acte de terrorisme et est subordonnée à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est d'abord signalé comme délinquant multirécidiviste porté à la violence. De 2008 à 2021, il a fait l'objet de multiples condamnations pour différentes infractions de droit commun à caractère violent, principalement des faits de vols aggravés et de violences avec arme. Puis, tout au long de son parcours carcéral, entre le 6 décembre 2011 et le 2 décembre 2023, il a fréquenté de nombreux détenus condamnés pour des faits de terrorisme islamiste ou adhérant aux thèses de l'islam radical. L'enquête a ainsi fait apparaître, ainsi que cela ressort notamment de la note de renseignement, précise et circonstanciée, qui a été versée au contradictoire, sa radicalisation religieuse et son adhésion à l'idéologie pro-djihadiste, l'intéressé s'étant fait remarquer en détention par son idéologie radicale, son prosélytisme, son comportement violent et menaçant à l'égard du personnel de surveillance, ainsi que pour les relations habituelles qu'il a entretenues avec de nombreux individus pro-djihadistes, incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soutenant et adhérant à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes. En retenant de tels faits, le ministre de l'intérieur n'a ni entaché sa décision d'une inexactitude matérielle des faits, ni inexactement qualifié les faits ainsi reprochés au requérant au regard des dispositions précitées de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure, et a pu, au regard de la nature et de la multiplicité de ces faits, estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, qu'ils révélaient un comportement constituant une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et que M. B était entré en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme et soutenait, diffusait ou adhérait à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.
5. Ainsi qu'il a été dit au point 2, l'article L. 228-2 prévoit que le périmètre géographique de l'assignation à résidence, qui doit permettre à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle, ne peut être inférieur au territoire de la commune et que l'obligation de présentation périodique aux services de police ou aux unités de gendarmerie ne peut excéder une présentation par jour. En vertu de ce même article, la durée de la mesure d'assignation est strictement encadrée. Elle ne peut être initialement prononcée ou renouvelée que pour une durée maximale de trois mois. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à la production par le ministre de l'intérieur d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée de ces obligations ne peut excéder douze mois. Enfin, la mesure d'assignation à résidence peut notamment faire l'objet d'un recours en référé sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative.
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des précisions apportées en défense, que M. B, depuis sa remise en liberté et la dernière mesure d'assignation qui lui a été notifiée, a adopté un comportement fuyant, n'a pris aucune ligne téléphonique à son nom et a modifié son apparence physique. Ces circonstances, ajoutées à la proximité des jeux olympiques, et alors même que les violences conjugales évoquées par l'administration ne seraient pas établies, suffisent à constituer les éléments nouveaux ou complémentaires requis par les dispositions précitées des articles L.228-2 et L.228-5 du code de la sécurité intérieure. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 19 mai 2024 de renouvellement au-delà de six mois des mesures prises par l'arrêté du 1er décembre 2023, serait entaché d'illégalité pour ne pas être justifié notamment par les éléments nouveaux ou complémentaires requis par les dispositions précitées du code de la sécurité intérieure. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation au motif d'une absence de preuve des violences conjugales qui lui sont imputées doit être écarté.
7. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. ".
8. Lorsqu'il prend une décision sur le fondement des dispositions des articles L. 228-1 et suivants du code de la sécurité intérieure, le ministre de l'intérieur ne présente ni le caractère d'une juridiction, ni celui d'un tribunal au sens des stipulations du 1er paragraphe de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision et litige et doit dès lors être écarté.
9. En outre, les dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure n'ont ni pour objet ni pour effet de porter atteinte à la liberté de penser, de conscience et de religion telle que protégée par l'article 9 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 mai 2024 doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à M. B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le rapporteur,
P. PARISIEN Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2402363
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026