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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402389

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402389

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDEBUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2024, M. C A, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, représenté par Me Debureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ardèche l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence, dès lors qu'il n'est pas justifié de la délégation consentie à son auteur ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une attente disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans :

- elle est insuffisamment motivée, dès lors que la préfète n'a pas motivé son choix de ne pas retenir les circonstances humanitaires ;

- elle est illégale, dès lorsqu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle porte une attente disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2023, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Elle expose que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baccati, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- et les observations de Me Debureau, avocate de M. A, qui persiste dans ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 11 juillet 1993, de nationalité sénégalaise, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 22 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ardèche l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B E, directeur de cabinet de la préfecture de l'Ardèche. M. E a reçu délégation à cet effet par un arrêté n° 07-2023-08-21-00002 de la préfète de l'Ardèche du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".

4. Contrairement à ce qui est soutenu par M. A, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Ardèche a pris en compte ses déclarations, selon lesquelles il serait le père d'un jeune enfant, ce qu'il n'établit d'ailleurs pas. M. A ne justifie pas davantage qu'il contribuerait à effectivement à l'éducation de cet enfant, et aucune des autres circonstances invoquées n'est de nature à établir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, la préfète de l'Ardèche aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. A, entré en France en 2019, s'est maintenu en France sans être détenteur d'un titre de séjour en cours de validité. Il justifie pas de la paternité dont il se prévaut, ni davantage de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, ni encore de la situation de concubinage avec la mère de celui-ci, Mme D, alors qu'il a fait l'objet le 21 juin 2024 d'une garde à vue, et qu'il est poursuivi, pour des faits de violence suivie d'incapacité commis à l'encontre de cette personne. Sans ressources, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents, quatre frères et quatre sœurs. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, présenté au soutien de la contestation de la décision portant interdiction de retour, doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

9. Pour prendre à l'encontre de M. A la décision contestée d'interdiction de retour pour une durée de deux ans, la préfète de l'Ardèche a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle faisait application. Puis elle s'est fondée sur les circonstances propres à la situation de l'intéressé, en décrivant les conditions de son entrée et de son séjour en France, sa situation familiale, en particulière la paternité alléguée, l'absence de liens tissés en France, et les liens maintenus dans son pays d'origine. M. A n'établit pas, ni même ne soutient, avoir vainement fait état de circonstances humanitaires devant l'autorité administrative. Il en résulte que la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans est suffisamment motivée. Le moyen correspondant donc être écarté.

10. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 6.

11. Il résulte de ce qui a été expose aux points 2 à 10 qui précèdent que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ardèche l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans

Sur les conclusions accessoires :

12. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

13. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat sur leur fondement.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de l'Ardèche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le magistrat désigné,

J. BACCATILa greffière

A. NOGUERO

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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