mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402396 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | AGUILAR |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 25 juin 2024 sous le n° 2402496 M. A G D, représenté par Me Aguilar, demande au tribunal :
- d'annuler l'arrêté n° BSU-2024-145-001 du 24 mai 2024 par lequel le préfet de la Lozère l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;
- d'ordonner à la préfecture de la Lozère de réexaminer sa situation dans l'attente d'un récépissé dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- la motivation est insuffisante ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la décision est prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est prise en violation de l'article 8 de la convention européenne ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision viole les stipulations de l'article 3-1 de la CIDE ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- aucune demande préalable n'a été fait quant au pays de destination et la décision est contraire à l'article 3 de la CEDH ;
Par un mémoire reçu le 17 juillet 2024 le préfet de la Lozère conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 25 juin 2024 sous le n° 2402497, Mme H, représentée par Me Aguilar, demande au tribunal :
- l'annulation de l'arrêté n° 2024-145-002 du 24 mai 2024, par lequel le préfet de la Lozère l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;
- d'ordonner à la préfecture de la Lozère le réexamen de sa situation et dans l'attente de lui délivrer un récépissé dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
- de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros eu titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- la motivation est insuffisante ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la décision est prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est prise en violation de l'article 8 de la convention européenne ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision viole les stipulations de l'article 3-1 de la CIDE ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- aucune demande préalable n'a été fait quant au pays de destination et la décision est contraire à l'article 3 de la CEDH.
Par un mémoire reçu le 17 juillet 2024 le préfet de la Lozère conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 juillet 2024 :
- le rapport de M. Abauzit,
- les observations de Me Aguilar, pour M. A G D et Mme H.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les recours de M. A G D et de son épouse Mme H présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les présentes requêtes, de prononcer l'admission des requérants à l'aide juridictionnelle provisoire.
3. Par arrêtés du 24 mai 2024, qui sont les actes attaqués, le préfet de la Lozère a obligé M. A G D, ressortissant congolais né le 15 mai 1974 à Brazzaville et Mme H, de même nationalité, née le 20 janvier 1984 à Hinda (Congo) à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
4. Les arrêtés en litige ont été signés par Mme B C, sous-préfète de Mende, secrétaire générale de la préfecture de la Lozère, qui bénéficiait pour ce faire d'une délégation accordée par le préfet de la Lozère par arrêté du 28 décembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 1 du 6 janvier 2023.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, () et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". La demande d'asile des requérants et de leurs trois enfants, présentée le 16 janvier 2023, a été rejetée le 17 novembre 2023 par l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA). La Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté le 10 mai 2024 le recours formé contre la décision de l'OFPRA. Les demandes d'asile ayant été rejetées le préfet de la Lozère était fondé à ordonner l'éloignement des requérants sur le 4° précité.
6. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / (). ". Les actes attaqués mentionnent notamment que les requérants sont déboutés du droit d'asile et examine leur situation au regard d'une atteinte portée à leur droit au respect de sa vie privée et familiale. Les actes énoncent ainsi les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont suffisamment motivés. Les éléments de faits mentionnés dans l'arrêté permettent par ailleurs d'apprécier que la situation des requérants a fait l'objet d'une vérification du droit au séjour. Les moyens tirés d'une motivation insuffisante et d'un examen incomplet de sa situation doivent dès lors être écarté.
7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'obligation de quitter le territoire attaqué n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner les époux vers un pays où ils pourraient subir des traitements visés par l'article 3 de la convention européenne. Le moyen est inopérant et ne peut être qu'écarté.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. En l'espèce, les requérants, entrés en France en 2022 avec leurs trois enfants n'avaient pas vocation à rester sur le territoire français à la suite du rejet de leur demande d'asile, et ils ne justifient en rien d'une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté, de même que, pour le même motif, le moyen tiré de la commission d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la situation personnelle des requérants.
9. Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Les décisions d'éloignement n'ont pas pour effet de séparer les deux enfants de leurs parents, et leur intérêt supérieur est de suivre leurs parents. Le moyen tiré de la violation de la convention ne peut être qu'écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. Les requérants, qui ont présenté une demande d'asile, ont été en mesure de porter tous éléments pertinents à la connaissance de l'administration avant l'intervention de la mesure d'éloignement en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y aurait été fait obstacle ou qu'ils auraient été empêchés de le faire. Par suite, ils ne peuvent pas être regardés comme ayant été privée de leur droit à être entendu, garanti notamment par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L .721-4 du même code " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Les requérants ne justifient par aucun élément la réalité des risques auxquels ils allèguent être exposés en cas de retour au Congo. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les requêtes tendant à l'annulation des arrêtés du 24 mai 2024 ne peuvent être que rejetées, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A G D et de Mme H sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les requêtes n° 2402496 et 2402497 sont jointes.
Article 3 : Les requêtes de M. A G D et de Mme H sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A G D, à Mme H, au préfet de la Lozère et à Me Aguilar.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
F. ABAUZIT
La greffière,
M-E. KREMER
La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402396 et 2402397
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026