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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402414

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402414

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mai et 10 juillet 2024, M. A E, représenté par Me Cohen, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative de :

1°) désigner un expert chargé de déterminer et évaluer les préjudices qu'il a subis suite à sa prise en charge par le centre hospitalier de Nîmes après son accident de travail ;

2°) déclarer la mesure d'expertise opposable à l'ONIAM ;

3°) prendre acte qu'il a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le 5 février 2016, il est victime d'un accident de travail suite à un effort lombaire inhabituel, ce qui lui déclenche une douleur dorsale basse latéralisée à droite permanente ; il est diagnostiqué en avril 2016 d'une scoliose sévère ainsi que d'un spondylolisthésis responsable d'une sténose foaminale bilatérale ;

- en mai 2019, il se rend aux urgences du centre hospitalier de Perpignan suite à une forte douleur lombaire ; il est alors diagnostiqué d'une scoliose de type double majeur équilibrée avec une concavité thoracique droite estimée à 35° et une concavité lombaire à 38° au niveau des angles de Cobb ;

- en juin 2019, il souffrait d'une scoliose lombaire droite mesurée à 50°, malgré le port d'un corset pendant plus de deux mois, les crises restaient douloureuses et sa scoliose empirait ;

- la prise en charge médicale par un programme pluridisciplinaire intensif étant insuffisant, il lui est proposé en février 2020 de considérer une intervention chirurgicale ; il est ainsi opéré le 24 septembre 2020 avec la pose d'une cage définitive fixée par 4 vis et le 5 janvier 2021 en présence du docteur D pour une chirurgie d'arthrodèse de T10 jusqu'au bassin ;

- il réalise alors dans les mois qui suivent de nombreuses séances de rééducation intensive, les consultations post-opératoires sont positives, néanmoins les douleurs persistent ;

- il est alors admis au centre hospitalier de Nîmes du 23 janvier au 1er février 2022 pour se faire opérer le 24 janvier d'une ostéotomie réalisée par le docteur D et G, il est contraint à marcher à l'aide d'une canne ;

- de mai à août 2022, une lombalgie aigue lui est diagnostiquée, il continuera pendant quelques mois les séances de kinésithérapie avec balnéothérapie mais les douleurs persistent avec une paralysie de la jambe, des difficultés à la mobilisation et une incapacité à se pencher ou se baisser ;

- en février 2023, suite à un craquement important en bas du dos, les douleurs deviennent insupportables ; le 24 août 2023 les docteurs D et G lui suggèrent deux nouvelles possibilités chirurgicales ; il reste par la suite dans l'attente, en novembre 2023 il tente de joindre le service qui devait le contacter mais en vain ;

- il ressort le 12 mars 2024 de nouvelles radiographies que la tige implantée a bougé, deux jours plus tard il consulte le docteur G au CHU de Nîmes qui convient à une nouvelle intervention chirurgicale au 6 mai 2024 avec un séjour dans un centre de rééducation ; le compte-rendu opératoire fait état de la nécessité de continuer les suivis et les soins ;

- depuis le mois de février 2023, il fait l'objet d'un lourd traitement quotidien sous antalgique de type acupan, tramadol, LP1000n tramadol 50 rapide, paracétamol 1000, anti-skétan et kétoprofène.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM de la Haute-Garonne), agissant pour le compte de la CPAM des Pyrénées-Orientales, indique qu'elle entend intervenir dans la présente instance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes, représenté par Me Berger demande au juge des référés de :

1°) mettre hors de cause le professeur I et le docteur G ;

2°) déclarer la mesure d'expertise opposable à l'ONIAM ;

3°) statuer ce que de droit sur la mesure d'expertise sollicitée mais lui donner acte de ses protestations et réserves, sa responsabilité étant expressément contestée ;

4°) désigner un expert spécialisé en orthopédie et compléter sa mission ;

5°) dire que les frais d'expertise étant sollicitée par le demandeur, il lui appartient de supporter les frais et honoraires de l'expert.

Il soutient que :

- les deux médecins sont intervenus dans le cadre du secteur public, ainsi leur responsabilité personnelle ne pourrait être engagée, leur employeur donc le CHU de Nîmes, est seul susceptible de voir sa responsabilité recherchée du fait des actes commis par les praticiens hospitaliers dans le cadre de leurs fonctions ; ainsi les docteurs I et G doivent être mis hors de cause ;

- puisque le requérant subit un bris de tige survenu en février 2023 suite à son opération, ce qui peut constituer un aléa thérapeutique, il est utile que la mesure d'expertise soit également ordonnée au contradictoire de l'ONIAM en application de l'article L. 1142-1 II du CSP ;

- pour conserver le caractère utile à l'expertise, la mission de l'expert devra avoir pour objet essentiel de rechercher si un quelconque manquement aux règles de l'art peut lui être reproché, et dans cette éventualité, de déterminer les préjudices strictement imputables à ce manquement en les distinguant des conséquences normalement prévisibles de la pathologie initiale, à l'exclusion de tout état antérieur ou de toute cause étrangère ;

- l'expert spécialisé en orthopédie devra en cas de retard de diagnostic, préciser si celui-ci était difficile à établir et s'il constitue une perte de chance réelle et sérieuse pour le patient d'éviter de potentielles séquelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, l'ONIAM, représenté par Me Welsch, fait savoir au Tribunal qu'il ne s'oppose pas, sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause au regard des dispositions des articles L.1142-1 et suivants du code de la santé publique, à l'expertise sollicitée qui sera confiée à tel expert qu'il plaira mais précise néanmoins que la mission de l'expert devra être complétée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article L.511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la mise hors de cause des docteurs I et G :

1. Les docteurs I et G exerçaient au moment des faits dans le cadre du secteur public. Par suite, seule la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Nîmes est susceptible d'être engagée, et il y a donc lieu de mettre hors de cause ces praticiens hospitaliers. Toutefois, l'expertise étant une simple mesure ordonnée avant tout procès, les docteurs I et G pourront participer aux opérations d'expertise et fournir à l'expert, le cas échéant, des informations utiles à l'accomplissement de sa mission.

Sur la demande d'expertise :

2.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () " ; Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher ;

3.Les mesures d'expertise demandées par M. E entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative ; Il a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance ;

Sur la mise en cause de l'ONIAM :

4. Aux termes de l'article R.532-3 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, à la demande de l'une des parties formée dans le délai de deux mois qui suit la première réunion d'expertise, ou à la demande de l'expert formée à tout moment, étendre l'expertise à des personnes autres que les parties initialement désignées par l'ordonnance, ou mettre hors de cause une ou plusieurs des parties ainsi désignées ()".

5.Il résulte de l'instruction que la présence aux opérations d'expertise de l'ONIAM demandée par le centre hospitalier universitaire de Nîmes et par le requérant présente un caractère utile. Par suite, rien ne s'oppose à ce que la mission d'expertise lui soit étendue.

Sur les frais d'expertise :

6. En application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartient, non au juge des référés, mais au seul président de la juridiction administrative, lorsqu'il fixe les frais et honoraires de l'expertise, de désigner celle des parties qui devra s'en acquitter. En vertu de l'article R. 761-1 de ce code, la mise à la charge définitive des dépens, au nombre desquels figurent les honoraires et frais d'expertise, relève de la compétence du juge du fond qui, sous réserve de dispositions spéciales et sauf circonstances particulières de l'affaire, doit mettre ces dépenses à la charge de la partie perdante. Par suite, les conclusions tendant à ce que le juge des référés statue sur les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Les docteurs I et G sont mis hors de cause.

Article 2 : M. le Dr H C, exerçant 124 avenue Georges Clemenceau à Beziers (34500) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) prendre connaissance de l'entier dossier médical et administratif de M. E et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de ses prises en charge et interventions chirurgicales par le CHU de Nîmes, et plus généralement tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission et préciser en quoi les diverses interventions que celui-ci a subies ont eu une incidence sur son état antérieur et décrire les conséquences ;

2°) procéder à l'examen médical de M. E, recueillir ses doléances, en l'interrogeant sur les conditions d'apparition, sur l'importance des douleurs et de la gêne fonctionnelle ; décrire son état de santé au moment de sa première admission au CHU de Nîmes et son évolution ; décrire son état de santé actuel ; dire si l'état de santé de M. E est consolidé aux plans physique et psychiatrique et, en l'absence de consolidation, la date à laquelle il conviendra de le revoir ;

3°) dire si la prise en charge médicale de M. E, les diagnostics établis, le suivi et les traitements, interventions et soins prodigués ainsi que leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science au moment où ils ont été pratiqués, s'ils étaient adaptés à l'état de santé de M. E et aux symptômes qu'il présentait, et s'ils ont été exécutés conformément aux règles de l'art ;

4°) dans l'hypothèse où des manquements des services du CHU de Nîmes mis en cause seraient relevés, indiquer précisément les séquelles en relation directe et exclusive avec chacun de ces manquements, déterminer, dans le cas où ces manquements ne seraient la cause directe des préjudices subis mais auraient fait perdre à M. E des chances de les éviter, l'importance de cette perte de chance, en pourcentage, ainsi que tout autre élément de nature à permettre au tribunal de se prononcer sur les préjudices subis du fait desdits manquements ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soin, ou des fautes dans l'organisation du service ont été commises lors des prises en charge de M. E par le CHU de Nîmes, notamment si une erreur, une négligence ou un manquement dans la prise en charge ou le diagnostic et/ou si ce dernier a été tardif ; en cas de causes multiples, précisez la part de chacune ;

6°) décrire, le cas échéant, la nature et l'étendue des préjudices patrimoniaux et non patrimoniaux, permanents et temporaires de M. E et les évaluer, en distinguant la part imputable aux manquements relevés de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie notamment :

- les déficits fonctionnels temporaires et permanents, les souffrances physiques, psychiques ou morales endurées, les préjudices esthétiques temporaires et permanents, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel, antérieurement et postérieurement à la date de consolidation ;

- déterminer les pertes de revenus, et l'incidence professionnelle ;

- indiquer les dépenses de santé actuelles et futures rendues nécessaires par l'état de M. E ; dans le cas où certaines hospitalisations ne seraient pas tout entier imputables au dommage litigieux, préciser dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ; préciser les autres frais liés à la situation de M. E dont la nécessité résulterait du dommage ;

- indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à M. E pour accomplir les actes de la vie quotidienne en distinguant les périodes antérieures et postérieures à la consolidation ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ;

7°) dire, le cas échéant, si l'état de M. E est susceptible de modification et aggravation ou en amélioration et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel il devra y être procédé.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. E, du centre hospitalier universitaire de Nîmes, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires avant le 31 mars 2025, dont un exemplaire sous format numérique. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E, au docteur B I, au docteur F G, au centre hospitalier universitaire de Nîmes, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne et à M. le Dr H C, expert.

Fait à Nîmes, le 30 septembre 2024

Le juge des référés,

P. PERETTI

La République mande et ordonne au préfet du Gard ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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