lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402430 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, M. E A, représenté par Me Chabbert-Masson, demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521 1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de " membre de famille d'un citoyen de l'Union Européenne " ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence, s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour, est présumée remplie, d'autant plus que la décision du 5 juin 2024 par laquelle le préfet du Gard a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité de " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne " l'empêche de percevoir sa pension d'invalidité et porte ainsi une atteinte grave et immédiate à sa situation ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- le préfet du Gard a commis une erreur de droit en examinant sa demande au regard des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les conditions notamment de ressources suffisantes ne lui sont pas opposables, dès lors que, résidant régulièrement en France depuis plus de cinq ans, il bénéficie d'un droit au séjour permanent, prévu par les dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en tant que membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ;
- la décision litigieuse méconnaît en tout état de cause les articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'avec son épouse, ils disposent de revenus suffisants leur permettant de ne pas être une charge pour le système social français ;
- il réside en France avec son épouse et leurs quatre enfants, tous de nationalité italienne, depuis 11 ans, de sorte que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête de M. A.
Il soutient que :
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soulevé par M. A est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2402447 tendant à l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 12 juillet 2024 à 10 heures, tenue en présence de Mme Paquier, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Chabbert Masson, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. M. A, ressortissant marocain et époux de Mme B D, de nationalité italienne, est entré en France en 2013. Il a bénéficié de plusieurs titres de séjour en qualité de " membre de famille d'un citoyen de l'Union Européenne " dont le dernier expirait le 27 mars 2023. M. A en a demandé le renouvellement le 23 janvier 2023, tout en sollicitant également le bénéfice d'une carte de résident. M. A demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
3. Pour demander la suspension de l'exécution de l'arrêté préfectoral qu'il conteste, M. A soutient qu'il a été signé par une autorité incompétente, est entaché d'erreur de droit, méconnaît l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a acquis un droit au séjour permanent, méconnaît les articles L. 233-1 et L. 233-2 du même code, est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation du caractère suffisant des revenus de sa famille et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aucun de ces moyens n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, M. A n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet du Gard du 5 juin 2024 portant refus de séjour. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte.
4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit à ce titre mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A et au préfet du Gard.
Fait à Nîmes, le 15 juillet 2024.
Le président, juge des référés,
C. C
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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