mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402470 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DEBUREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juin 2024, Mme D, représentée par Me Debureau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à la frontière à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- il a été signé par une autorité incompétente ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et du citoyen ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité du refus de séjour entraine, par voie d'exception, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pumo.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F D, née le 25 février 1945, de nationalité biélorusse, déclare être entrée en France le 8 novembre 2023, munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour de 90 jours. Le 14 février 2024, Mme D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale. " Par un arrêté en date du 30 avril 2024, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Gard a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.
En ce qui concerne le refus de séjour :
2. L'arrêté attaqué a été signé pour le préfet du Gard par M. C B, sous-préfet et secrétaire général adjoint de la préfecture du Gard, qui disposait, aux termes d'un arrêté du 6 novembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer le refus de titre de séjour en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de son signataire manque donc en fait et doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "
4. La décision contestée retient que Mme D ne justifie pas d'un motif exceptionnel ou de considérations humanitaires pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour, après avoir pris en compte, notamment, l'ancienneté de sa présence en France. Si la requérante se prévaut de troubles cognitifs, elle ne produit aucun élément de nature à permettre au tribunal d'en prendre la mesure. L'attestation établie le 4 juin 2024 par le service civil du parquet près le tribunal judiciaire d'Alès confirme effectivement qu'un dossier au nom de Mme D a été déposé le 20 février 2024 et qu'une procédure est en cours en vue du prononcé d'une mesure de protection par le juge des tutelles. Toutefois, à la date de la décision attaquée, aucune mesure de placement n'a été prononcée, de sorte qu'aucun élément ne permet d'établir le manque d'autonomie et la nécessité de la présence de Mme A dont se prévaut la requérante. Dans ces conditions, le préfet du Gard n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que Mme D ne justifiait ni d'un motif exceptionnel, ni de considérations humanitaires, pour refuser de l'admettre au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 précité. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
6. Mme D déclare être entrée en France le 8 novembre 2023, soit moins d'un an avant l'adoption de la décision contestée, en vue d'y rejoindre sa fille, Mme E A, qui l'héberge avec son conjoint. Veuve depuis le 18 mars 2016, Mme D ne verse aux débats aucun élément permettant d'apprécier son insertion dans la société française et ne prétend pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, la Biélorussie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de soixante-dix-huit ans. Dans ces conditions, la seule présence en France de sa fille n'est pas suffisante pour établir qu'elle y aurait déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. Eu égard à ce qui précède, Mme D n'est pas fondée à contester la légalité du refus de séjour.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Eu égard à ce qui précède, Mme D n'est pas fondée à contester la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être écartés ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à Me Debureau et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Lahmar, conseillère,
M. Pumo, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
J. PUMO
La présidente,
C. BOYER
La greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026