vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402471 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Rosello, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 24 mai 2024 par lesquelles le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et de la munir, durant ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour, sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions litigieuses ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation et a commis une " erreur de fait " en s'abstenant de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle dans l'arrêté contesté ;
- les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- et les observations de Me Rosello, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante bosnienne née en 1989, déclare être entrée en France au cours du mois de juin 2021. Sa demande d'asile a, à l'instar de celle de son compagnon et de celles présentées pour le compte de leurs enfants mineurs, été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 septembre 2021. A la suite de la confirmation de ce rejet par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 15 décembre 2021, la préfète du Gard a, par un arrêté du 13 janvier 2022, notamment obligé l'intéressée à quitter le territoire français. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du président du tribunal administratif de Nîmes du 25 mars 2022. Mme B a déposé, le 31 janvier 2024, une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Elle demande l'annulation des décisions du 24 mai 2024 par lesquelles le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.
2. En premier lieu, l'arrêté contenant les décisions litigieuses a été signé, pour le préfet du Gard, par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture, lequel disposait, en vertu d'un arrêté du 6 mai 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Gard du même jour, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté, qui fait notamment état de la présence en France du compagnon de Mme B et de leurs enfants mineurs, n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée. Il comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de titre de séjour en litige. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la mesure d'éloignement prise à l'encontre de Mme B, sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour en litige, laquelle est suffisamment motivée ainsi qu'il vient d'être dit.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Gard n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B. Par ailleurs, et alors que l'arrêté contesté n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée ainsi qu'il a été dit, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une " erreur de fait " ne peut qu'être écarté.
5. En quatrième lieu, Mme B ne saurait utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour en litige, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet de la renvoyer vers son pays d'origine. Par ailleurs, la requérante, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée dans les conditions rappelées au point 1, n'assortit pas, en tout état de cause, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement en litige méconnaîtrait ces mêmes stipulations de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
6. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Mme B, qui déclare être entrée en France au cours du mois de juin 2021 - soit un peu moins de trois avant l'édiction de l'arrêté contesté -, n'y justifie d'aucune attache familiale, hormis son compagnon, ressortissant bosnien en situation irrégulière, et leurs neuf enfants mineurs nés au cours des années 2009 à 2022, dont les huit premiers sont nés en Italie, selon ses déclarations. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, ni qu'elle se trouverait dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale en dehors du territoire français, et notamment en Italie où elle a vécu et où résident plusieurs membres de sa famille selon ses déclarations, ni que ses enfants mineurs, et en particulier ceux poursuivant leur scolarité en France, ne pourraient être scolarisés dans un autre pays. Dans ces circonstances, au regard des conditions du séjour en France de Mme B, laquelle bénéficie d'un hébergement d'urgence, et en dépit des efforts d'insertion dont elle se prévaut, les décisions litigieuses n'ont pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Il suit de là que le moyen tiré de ce que les décisions litigieuses méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen, à le supposer invoqué, tiré de ce que le préfet du Gard aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation de l'intéressée ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
Le rapporteur,
R. MOURETLe président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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