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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402516

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402516

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2024, M. E, représenté par Me Betrom, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de désigner un expert chargé de déterminer et évaluer les préjudices subis lors de ses interventions chirurgicales dentaires au le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes.

Il soutient que :

- présentant deux édentements unitaires aux niveaux 12 et 15 de la bouche (une incisive et la deuxième prémolaire en haut à droite), il a été adressé au docteur C un courrier en octobre 2022 afin que celui-ci lui pose deux implants ;

- le 25 novembre 2022, une première intervention chirurgicale est réalisée sous anesthésie générale puis une deuxième le 16 mai 2023 ;

- il n'avait pas été informé par le docteur C qu'un prélèvement d'une partie de l'os de sa mâchoire intérieure gauche serait réalisée dans le cadre de la greffe osseuse ; en effet dans le devis de réalisation de la greffe osseuse datée du 30 mars 2023, il est question " d'un matériau osseux naturel pour greffe, contient de l'os bovin " ;

- depuis ces interventions chirurgicales, il présente plusieurs gênes et séquelles ;

- lors d'une consultation avec autre chirurgien-dentiste suite à la gêne occasionnée, il a appris qu'une troisième intervention serait nécessaire sur le site de la greffe réalisée par le docteur C ;

- la mesure d'expertise lui permettra de déterminer si des fautes ont été commises lors de la réalisation de ces interventions, de l'information préalable à son égard et d'établir l'étendue des préjudices dont il est victime.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 et 23 juillet 2024, le centre hospitalier universitaire de Nîmes, représenté par Me Berger, demande au juge des référés de :

1°) mettre hors de cause le docteur C, tenant les circonstances de son intervention ;

2°) statuer ce que de droit sur la mesure d'expertise sollicitée ;

3°) lui donner acte de ses protestations et réserves, sa responsabilité étant expressément contestée ;

4°) désigner un expert chirurgien-dentiste spécialisé en chirurgie orale et compléter sa mission ;

5°) dire que les frais d'expertise seront aux frais avancés de la demanderesse.

Il soutient que :

- le docteur C étant intervenu dans le cadre du secteur public hospitalier pour le CHU de Nîmes, M. E n'est pas fondé à rechercher sa responsabilité personnelle, ni à lui rendre l'expertise opposable ;

- il ne s'oppose pas à la désignation d'un médecin expert mais que ce dernier devra être chirurgien-dentiste, spécialisé en chirurgie orale et que sa mission devra être complétée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la mise hors de cause du docteur C :

1.Le docteur D C exerçait au moment des faits dans le cadre du secteur public. Par suite, seule la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Nîmes est susceptible d'être engagée, et il y a donc lieu de mettre hors de cause ce praticien hospitalier. Toutefois, l'expertise étant une seule mesure ordonnée avant tout procès, le docteur C pourra participer aux opérations d'expertise et fournir à l'expert, le cas échéant, des informations utiles à l'accomplissement de sa mission.

Sur la demande d'expertise :

2.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

3.Les mesures d'expertise demandées par M. E entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative ; Il a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur les dépens :

4.Il sera statué, après dépôt du rapport d'expertise, sur la fixation et la charge des frais et honoraires d'expertise par le président du tribunal dans les conditions prévues à l'article R. 621-13 du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions du CHU de Nîmes tendant à ce que le juge des référés statue sur les dépens doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. le docteur D C est mis hors de cause.

Article 2 : M. le Dr B F, exerçant 13 b Parc d'activité Bel Air à Les Taillades (84300), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) prendre connaissance de l'entier dossier médical et administratif de M. E et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le CHU de Nîmes, et plus généralement tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission et préciser en quoi les diverses interventions que celui-ci a subies ont eu une incidence sur son état antérieur et décrire les conséquences ;

2°) procéder à l'examen médical de M. E, recueillir ses doléances, en l'interrogeant sur les conditions d'apparition, sur l'importance des douleurs et de la gêne fonctionnelle ; décrire son état de santé au moment de sa première admission au CHU de Nîmes et son évolution ; décrire son état de santé actuel ; dire si l'état de santé de M. E est consolidé aux plans physique et psychiatrique et, en l'absence de consolidation, la date à laquelle il conviendra de le revoir ;

3°) dire si la prise en charge médicale de M. E, les diagnostics établis, le suivi et les traitements, interventions et soins prodigués ainsi que leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science au moment où ils ont été pratiqués, s'ils étaient adaptés à l'état de santé de M. E, et aux symptômes qu'il présentait, et s'ils ont été exécutés conformément aux règles de l'art ;

4°) dans l'hypothèse où des manquements des services du CHU de Nîmes mis en cause seraient relevés, indiquer précisément les séquelles en relation directe et exclusive avec chacun de ces manquements, déterminer, dans le cas où ces manquements ne seraient pas la cause directe des préjudices subis mais auraient fait perdre à M. E des chances de les éviter, l'importance de cette perte de chance, en pourcentage, ainsi que tout autre élément de nature à permettre au tribunal de se prononcer sur les préjudices subis du fait desdits manquements ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins, ou des fautes dans l'organisation du service ont été commises lors des prises en charge de M. E par le CHU de Nîmes, notamment si une erreur, une négligence ou un manquement dans la prise en charge ou le diagnostic et / ou si ce dernier a été tardif ; en cas de causes multiples, précisez la part de chacune ;

6°) décrire, le cas échéant, la nature et l'étendue des préjudices patrimoniaux et non patrimoniaux, permanents et temporaires de M. E et les évaluer, en distinguant la part imputable aux manquements relevés de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie notamment :

- les déficits fonctionnels temporaires et permanents, les souffrances physiques, psychiques ou morales endurées, les préjudices esthétiques temporaires et permanents, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel, antérieurement et postérieurement à la date de consolidation ;

- déterminer les pertes de revenus, et l'incidence professionnelle ;

- indiquer les dépenses de santé actuelles et futures rendues nécessaires par l'état de M. E ; dans le cas où certaines hospitalisations ne seraient pas tout entier imputables au dommage litigieux, préciser dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ; préciser les autres frais liés à la situation de M. E dont la nécessité résulterait du dommage ;

- indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à M. E pour accomplir les actes de la vie quotidienne en distinguant les périodes antérieures et postérieures à la consolidation ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ;

7°) dire, le cas échéant, si l'état de M. E est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration, et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel il devra y être procédé.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. E, du centre hospitalier universitaire de Nîmes et du pôle inter-caisses.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires avant le 31 mars 2025, dont un exemplaire sous format numérique. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E, au centre hospitalier universitaire de Nîmes, à M. le docteur D C, au pôle inter-caisses et à M. le Dr B F, expert.

Fait à Nîmes, le 30 septembre 2024.

Le juge des référés,

P. PERETTI

La République mande et ordonne au préfet du Gard ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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