mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402524 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | GHAEM |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 1er juillet 2024 sous le n° 2402524 et un mémoire complémentaire reçu le 23 juillet 2024, M. D C, représenté par Me Ghaem, demande au tribunal :
- l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
- l'annulation de l'arrêté n°ASI/84/2024/54 du 10 juin 2024 par lequel le préfet de Vaucluse rejette sa demande d'admission au séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, lui interdit d'y retourner pour une durée de 1 an et fixe son pays de renvoi ;
- l'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales concernant leur fils A.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée et il n'a pas été procédé à un examen attentif et personnalisé de sa situation :
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu les droits de la défense ;
- il a été porté une atteinte excessive au droit de mener une vie privée et familiale normale.
II. Par une requête enregistrée le 1er juillet 2024 sous le n° 2402525 et un mémoire complémentaire reçu le 23 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Ghaem, demande au tribunal :
- l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
- l'annulation de l'arrêté n°ASI/84/2024/54 du 10 juin 2024 par lequel le préfet de Vaucluse rejette sa demande d'admission au séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, lui interdit d'y retourner pour une durée de 1 an et fixe son pays de renvoi ;
- l'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales concernant leur fils A.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée et il n'a pas été procédé à un examen attentif et personnalisé de sa situation :
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu les droits de la défense ;
- il a été porté une atteinte excessive au droit de mener une vie privée et familiale normale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 juillet 2024 :
- le rapport de M. Abauzit.
- les observations de Me Girondon, substituant Me Ghaem, pour M. et Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les recours de M. D C et son épouse Mme B C présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les présentes requêtes, de prononcer l'admission des requérants à l'aide juridictionnelle provisoire.
3. M. D C, né le 1er mars 1977 à Vushtrri et son épouse Mme B C, née le 16 mars 1980, tous deux de nationalité kosovare, sont entrés en France en 2023 pour demander l'asile, avec leurs trois enfants nés en 2011, 2018 et 2023. Leur demande d'asile présentée le 8 novembre 2023 a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 15 janvier 2024 et le recours contre cette décision a été rejeté le 8 avril 2024 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). A la suite de cette décision, le préfet de Vaucluse, par deux arrêtés du 10 juin, qui sont les actes attaqués, a refusé d'admettre au séjour les intéressés, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Les intéressés, par la présente requête, demandent aussi l'annulation du refus du préfet de Vaucluse de leur délivrer un titre de séjour fondé sur l'état de santé de leur fils A.
4. Les arrêtés en litige ont été signés pour le préfet de Vaucluse par Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture, qui disposait, en vertu d'un arrêté préfectoral du 4 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer tout arrêté relevant des attributions de l'État dans le département de Vaucluse, y compris les mesures de restriction de libertés destinées à mettre en œuvre l'éloignement d'un étranger en situation irrégulière sur le territoire à l'exception des arrêtés et décisions de désaffectation des lieux cultuels et des arrêtés de conflit. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes manque en fait et doit, par suite, être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / (). ". Chacun des arrêtés contestés comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde le préfet de Vaucluse, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de chacun des requérants, déboutés du droit d'asile, et de leur demande de titre de séjour en raison de l'état de santé de leur fils A au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables. Le moyen tiré d'un défaut de motivation des actes ne peut dès lors être qu'écarté.
6. La mesure d'éloignement concernant les deux requérants a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ".
7. M. et Mme C, qui se bornent à soutenir que les actes attaqués ont été pris sans qu'ils aient été mis en mesure de formuler des observations avant leur intervention, ne précisent pas en quoi ils auraient été empêchés de porter utilement à la connaissance de l'administration les informations pertinentes tenant à leur situation personnelle avant l'adoption des mesures d'éloignement attaquées. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'acte attaqué aurait été pris en méconnaissance de leur droit d'être entendus doit être écartés.
8. Aux termes de l'article L. 425-9 du même code " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.() " et aux termes de l'article L. 425-10 du même code " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle./ Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites./ Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". S'il n'est pas contesté par l'administration que l'état de santé de l'enfant A nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est d'avis que l'enfant peut bénéficier dans son pays d'un traitement approprié, et que l'état de santé de l'enfant peut lui permettre de voyager sans risques vers son pays d'origine. Les requérants ne produisent aucun élément permettant d'apprécier l'absence d'un traitement approprié dont l'enfant peut effectivement bénéficier au Kosovo. Dès lors aucune pièce du dossier ne permet de regarder comme réunies les conditions prévues aux articles précités pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour, qui feraient obstacle à l'obligation de quitter le territoire.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". En leur qualité de demandeurs d'asile déboutés les requérants n'avaient pas vocation à rester sur le territoire français, et ils ne justifient en rien ne pas pouvoir poursuivre leur vie privée et familiale hors de France avec leurs enfants. En l'absence d'atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées, au regard de l'objet des mesures d'éloignement, ne peut être qu'écarté. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que les décisions d'éloignement seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle des intéressés, quel que soit leur désir d'intégration et celui de leurs enfants dans la société française.
10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éloignement des requérants porterait atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants et en particulier de leur enfant A. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 précité ne peut être qu'écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 10 juin 2024 du préfet de Vaucluse.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2402524 et 2402525 sont jointes.
Article 2 : M. D C et Mme B C sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 3 : Les requêtes de M. D C et de Mme B C sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme B C, au préfet de Vaucluse et à Me Ghaem.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
F. ABAUZIT
La greffière,
M-E. KREMER
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402524 et 2402525
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026