vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402710 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ROSELLO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Rosello, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de renouveler son titre de séjour et lui aurait fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation et de la munir, durant ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour, sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision de refus de renouvellement de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
- cette décision est insuffisamment motivée et le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a commis une " erreur de fait " dès lors qu'il n'a pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle ;
- la décision litigieuse méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Le mémoire de Mme C enregistré le 3 octobre 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une décision portant obligation de quitter le territoire français.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- et les observations de Me Rosello, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante marocaine née en 1975 et déclarant être entrée en France au cours du mois de mars 2012, a bénéficié, à compter du 24 février 2016, d'une carte de séjour en qualité de membre de famille d'un ressortissant de l'Union européenne, laquelle a été régulièrement renouvelée jusqu'au 16 février 2023. Elle a sollicité, le 14 novembre 2022, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 5 juin 2024, le préfet du Gard a rejeté cette demande et a informé l'intéressée qu'elle était tenue de quitter le territoire français en application de l'article L. 411-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme C demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 411-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas de refus de délivrance ou de renouvellement de tout titre de séjour ou autorisation provisoire de séjour, l'étranger est tenu de quitter le territoire ".
3. L'article 2 de l'arrêté contesté, qui se borne à informer Mme C qu'elle est tenue de quitter le territoire français en application de l'article L. 411-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne révèle pas l'existence d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Cette information, qui est la conséquence nécessaire de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour opposée à l'intéressée, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions dirigées contre l'arrêté contesté en tant qu'il comporte une telle information sont irrecevables.
Sur la légalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui déclare être entrée sur le territoire français au cours de l'année 2012, résidait régulièrement en France depuis plus de huit ans à la date de l'arrêté contesté. L'intéressée, dont la fille aînée, née en 1998, a obtenu la nationalité française, occupe un logement situé à Uzès avec son époux de nationalité espagnole et leurs deux autres enfants mineurs, également de nationalité espagnole et nés respectivement en 2007 et en 2012. La requérante justifie, par les pièces qu'elle produit, que ses trois enfants poursuivent avec succès leur scolarité en France et qu'elle a, pour sa part, suivi des cours hebdomadaires de langue française durant sept années depuis 2014. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'époux de la requérante était, à la date de l'arrêté contesté, employé en qualité d'ouvrier agricole. Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu notamment de la durée de présence régulière en France de Mme C, ainsi que des efforts d'insertion de l'intéressée dont l'époux et les trois enfants sont ressortissants de l'Union européenne, la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, en édictant l'arrêté contesté, le préfet du Gard a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués par Mme C, que l'arrêté de refus de renouvellement de titre de séjour en litige doit être annulé.
Sur l'injonction et l'astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet du Gard de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Rosello, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cet avocat d'une somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Gard du 5 juin 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Rosello, avocat de Mme C, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rosello renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C, au préfet du Gard ainsi qu'à Me Rosello.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
Le rapporteur,
R. MOURETLe président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026