jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402790 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juillet 2024, Mme C E épouse B, représentée par Me Chabbert Masson, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer une carte de résident dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été pris par une autorité habilitée ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation dès lors que le préfet ne fait aucun état de sa situation professionnelle qui pouvait justifier de la délivrance d'un titre de séjour ;
- cette décision a été prise en méconnaissance des articles L. 423-5 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les violences conjugales qu'elle a subies faisait obstacle à ce que le préfet lui oppose la rupture de la vie commune ;
- elle méconnaît l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie occuper en qualité d'agent de service hospitalier depuis le 20 décembre 2021 un emploi sous tension et que son employeur souhaite l'employer par un contrat à durée indéterminée ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- cette décision méconnaît l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur ce fondement en application de la jurisprudence Diaby.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, le préfet du Gard, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,
- les observations de Me Chabbert Masson, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante marocaine née le 18 décembre 1988, est entrée en France le 20 avril 2019, munie d'un visa long séjour valant titre de séjour à la suite de son mariage le 17 décembre 2018 avec un ressortissant français, l'autorisant à séjourner en France jusqu'au 1er avril 2020. Elle a bénéficié d'un titre de séjour pluriannuel mention " vie privée et familiale " en tant que conjoint de français valable du 29 octobre 2020 au 28 octobre 2022 dont elle a sollicité le renouvellement sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 9 août 2022. Par un arrêté du 21 juin 2024, le préfet du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. L'arrêté en litige a été signé par M. A D, chef du bureau des étrangers de la préfecture du Gard qui bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature accordée par le préfet du Gard par un arrêté du 14 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 30.2024-051 de la préfecture du Gard. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier, lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet du Gard n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante, la seule production de fiches de paye à l'appui de sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français ne pouvant valoir demande d'un titre de séjour en qualité de salarié.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 425-6 du même code : " L'étranger qui bénéficie d'une ordonnance de protection en vertu de l'article 515-9 du code civil, en raison des violences exercées au sein du couple ou par un ancien conjoint, un ancien partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou un ancien concubin se voit délivrer, dans les plus brefs délais, une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Une fois arrivée à expiration elle est renouvelée de plein droit à l'étranger qui continue à bénéficier d'une telle ordonnance de protection. / Lorsque l'étranger a porté plainte contre l'auteur des faits elle est renouvelée de plein droit pendant la durée de la procédure pénale afférente, y compris après l'expiration de l'ordonnance de protection ". Aux termes de l'article L. 423-5 de ce même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales (). " Ces dernières dispositions ont créé un droit particulier au séjour au profit des personnes victimes de violences conjugales ayant conduit à la rupture de la vie commune avec leur conjoint de nationalité française. Dans ce cas, le renouvellement du titre de séjour n'est pas conditionné au maintien de la vie commune. Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, l'existence de violences conjugales ayant conduit à la rupture de la vie commune du demandeur avec son conjoint de nationalité française.
5. Pour établir la réalité des violences conjugales dont elle a été victime, Mme E produit une main courante datée 20 septembre 2021 faisant état d'une dispute avec son conjoint qui lui aurait pris le bras en la secouant et en lui demandant de quitter le domicile conjugal. Elle se prévaut également d'un certificat médical établi le 21 septembre 2021 par un médecin du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze, à la suite de cette dispute, mentionnant la présence de douleurs et d'un hématome sur le bras droit ainsi qu'une dermabrasion sur l'avant-bras droit et gauche sans déformation ni impotence. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la requérante est suivie par une psychologue clinicienne depuis le 18 juillet 2022, dans le cadre du dispositif d'accompagnement des personnes victimes de violences conjugales. Toutefois, si la requérante fait valoir que ces faits ne sont pas isolés et qu'elle s'est disputée plusieurs fois par le passé avec son époux, elle ne précise pas la nature des violences répétées que son mari aurait exercé sur elle. Au surplus, il est constant qu'elle n'a jamais déposé de plainte et aucun élément du dossier ne démontre que l'époux de l'intéressée aurait fait l'objet d'une condamnation ou d'une information judiciaire en raison de violences conjugales. Par ailleurs, l'ordonnance d'orientation et de mesure provisoire en divorce rendue le 21 février 2023 a été rendue sans que de tels griefs aient été constatés ou mêmes invoqués et il y est expressément mentionné que la demande de divorce a été initiée par l'époux, lequel évoque dans son courrier adressé au préfet du Gard le 30 mai 2023, le refus de la requérante de contribuer aux charges de la famille à l'origine de la demande de divorce. Dans ces conditions, les éléments peu circonstanciés produits par la requérante sont insuffisants pour permettre d'estimer qu'elle aurait été victime de violences conjugales à l'origine de la rupture de la vie commune. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Gard aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 425-6 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En dernier lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
7. Mme E ne démontre pas avoir formé une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par la seule production des captures d'écrans versées au dossier démontrant l'échec de ses tentatives de connexion sur le site de l'ANEF, de sorte qu'elle ne peut se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions dès lors que le préfet n'est pas tenu d'examiner la demande de titre de séjour sur un autre fondement que celui invoqué. Par suite, le moyen qui est inopérant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision.
9. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7 alors en outre que les titres de séjour mention " salarié " ne constituent pas des titres de séjour délivrés de plein droit aux personnes qui en remplissent les conditions.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,
Mme Mazars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure
B. SARAC-DELEIGNE
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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