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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402845

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402845

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCANDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024, la commune d'Avignon demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion de M. A C et tous occupants sans droit ni titre ou personnes de leur chef installés sur le complexe sportif de la Souvine, route de Bel air à Avignon dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 500 euros par véhicule et par jour de retard ;

2°) de l'autoriser, en cas de carence des occupants sans titre, à faire procéder elle-même à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique.

Elle soutient que :

- elle est propriétaire des parcelles cadastrées section CH 105, 554 et 555 sises route de Bel air à Avignon, qui appartiennent à son domaine public dès lors qu'elles sont constituées de plusieurs stades destinés à la pratique d'activités sportives et au déroulement de plusieurs manifestations, et sont par conséquent affectées à l'usage direct du public et spécialement aménagées à cette fin ;

- il y a urgence à statuer en l'absence de contestation sérieuse à sa demande dès lors que les occupants de ces parcelles, gens du voyage et leurs familles représentés par M. C, s'y sont installés de force le 18 juillet 2024 en stationnant leurs véhicules et caravanes alors qu'ils ne disposent d'aucun titre les habilitant à se maintenir dans les lieux, des branchements sauvages de l'installation électrique ont été constatés présentant un risque d'électrocution et de danger pour la sécurité des occupants, ainsi qu'un raccordement à une borne d'incendie pour s'approvisionner en eau, cette occupation compromet fortement le fonctionnement normal du service public empêchant la commune de procéder aux travaux d'entretien des pelouses et à leur remise en état indispensable à la pratique sportive dans le respect de l'intégrité physique des usagers du service public, elle caractérise un trouble à l'ordre public et une atteinte à la salubrité publique du fait de l'absence d'espace approprié pour le déversement des eaux usées et des déchets, cet endroit n'étant pas adapté pour l'accueil d'une population aussi dense de plus de 300 personnes, elle porte atteinte à la tranquillité publique et présente un caractère utile et ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, M. B C et l'ensemble des gens du voyage occupant le terrain sis route de Bel air à Avignon, représentés par Me Candon, concluent, à titre principal, au rejet de la requête et à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit accordé un délai avant toute expulsion jusqu'au 28 juillet 2024 à 12h00.

Ils soutiennent que :

- ils n'ont pas trouvé d'aire d'accueil dans le secteur d'Avignon où l'aire de Bonpas est trop petite par rapport aux exigences de l'article 1er du décret n°2019-171 du 5 mars 2019 sur les aires de grand passage qui impose une surface minimale de 4 hectares et est insalubre et infréquentable du fait d'un terrain dur et rocailleux, sans herbe, avec des installations délabrées et sans entretien, cette aire n'est ni utilisée ni utilisable, cette absence de conformité de l'aire d'accueil interdit à la commune de solliciter du préfet de Vaucluse une mise en demeure de quitter les lieux sur le fondement de l'article 9 de la loi n°2000-614 du 5 juillet 2000, engageant la responsabilité de la commune d'Avignon qui n'est, dès lors, pas fondée à se plaindre du stationnement illicite des gens du voyage sur son territoire ;

- en l'absence d'atteinte à la sécurité, à la salubrité et à la tranquillité publique, il n'y a aucune urgence ni utilisé à ordonner leur expulsion, à défaut un délai doit leur être accordé, ils forment un groupe de croyants propre et organisé avec un service de nettoyage autonome, le stade est inutilisé en été, la nécessité d'un entretien ou d'une remise en état avant le 28 juillet 2024 n'est pas établie, le terrain occupé ainsi que ses abords où stationnement la plupart des véhicules, sont dépourvus de fragilité particulière, en l'absence d'allées et venues leur occupation pendant une dizaine de jours ne va pas endommager le terrain, un arrosage et un repos sur une même période suffiront à le remettre dans l'état initial, ils disposent tous de caravanes équipées de sanibroyeurs lesquels peuvent conserver les déchets pendant une période d'environ une semaine avant que la cuve ne soit vidée dans un lieu adapté du réseau d'assainissement local, il en est de même des eaux usées qui sont conservées dans des cuves à l'intérieur des caravanes et vidées dans des lieux adéquats tels que des bouches d'égout, aires de camping-cars ou toilettes publiques, ils disposent de containers à poubelles de sorte qu'aucun dépôt d'ordures ou pollution n'est constaté, le branchement électrique est assuré par un câble professionnel branché sur un bloc EDF situé en bordure de terrain, raccordé à un boitier général sécurisé possédant un différentiel, des disjoncteurs, des prises de terre et anti-orage, auquel se raccordent les caravanes elles-mêmes munies de boitiers avec disjoncteurs et des câbles de bonne qualité en caoutchouc spécial supportant 126 ampères alors que le flux ne fait que 10 ampères, il n'existe aucun risque pour les occupants, premiers concernés par l'intérêt d'un raccordement électrique sécurisé, qui vivent la majeure partie de l'année dans des conditions analogues, comme cela se fait également sur les aires d'accueil réglementées, ils souhaitent régler leur consommation d'électricité et d'eau, plusieurs bornes à incendie étant présentes sur les lieux, leur raccordement à l'une d'entre elles ne pose pas de difficulté sérieuse d'intervention en cas d'incendie, ces raccordements provisoires constituent des droits que la commune doit leur garantir, le cas échéant en les sécurisant si elle l'estime nécessaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné Mme Vosgien, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 24 juillet 2024 à 10h00 en présence de Mme Paquier, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Vosgien, juge des référés ;

- les observations du représentant de la commune qui reprend ses conclusions et moyens et précise que depuis le mois d'avril 2024 de nombreux passages ont eu lieu sur le site empêchant des manifestations et la réalisation de travaux de remise en état des pelouses des stades, les services techniques ont constaté l'existence de branchements électriques non conforme aux règles de sécurité avec des risques d'électrocution ;

- les observations des représentants des occupants des parcelles en cause, qui réitèrent leurs demandes et précisent que l'aire de accueil de Bonpas n'est pas impraticable mais difficile à occuper compte tenu de la présence de personnes indésirables et de l'état du terrain consistant en un champ labouré, leurs véhicules sont pour la plupart stationnés aux abords des stades qui ne sont pas actuellement utilisés pour des activités sportives ou manifestations, leur raccordement électrique est conforme aux normes de sécurité comme en a déjà attesté un fournisseur d'énergie, de même que leur branchement d'eau, ils ne sont pas à l'origine des dégâts commis avant leur arrivée alors qu'il s'agit du quatrième groupe de passage sur ce terrain depuis le mois d'avril 2024, ils s'engagent à verser une participation pour la collecte de leurs ordures ménagères dont le tarif a été convenu avec la commune pour un forfait global de cinq cent euros et à écourter leur séjour en quittant les lieux au plus tard le 28 juillet 2024 à 14h00.

Après une suspension d'audience, le représentant de la commune confirme le maintien de ses demandes en cas de non-respect par les occupants de leur engagement à quitter les lieux au plus tard le 28 juillet 2024 à 14h00.

La clôture de l'instruction a été prononcée le 24 juillet 2024 à 14h30.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

2. D'une part, il résulte de l'instruction que les personnes dont la commune d'Avignon demande l'expulsion ne justifient d'aucun droit ni titre les habilitant à occuper depuis le 18 juillet 2024 le terrain composé des parcelles cadastrées section CH 105, 554 et 555 supportant le complexe sportif de la Souvine, sis route de Bel air à Avignon, dépendant du domaine public communal. Si les défendeurs font valoir que l'aire d'accueil de Bonpas dans le secteur d'Avignon disposerait d'une capacité insuffisante pour les accueillir et serait inadaptée, insalubre et infréquentable, ces circonstances à les supposées établies, ne leur confèrent pas un droit à se maintenir sur le site qu'ils occupent. Par suite, la demande d'expulsion présentée par la commune ne se heurte à aucune contestation sérieuse et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

3. D'autre part, l'évacuation des terrains en cause revêt un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que leur occupation, en l'absence d'installations permettant un approvisionnement sécurisé en eau et en électricité, présente un risque grave pour la sécurité, la salubrité et la tranquillité publiques. Il résulte également de l'instruction que les occupants ont procédé à des branchements sauvages sur un compteur électrique ainsi qu'à des raccordements d'eau sur une borne incendie. En dépit de ce qui est soutenu en défense, les photographies versées au dossier montrent que ces branchements ne sont pas conformes aux normes minimales de sécurité, les câbles électriques courant à même le sol où se trouvent également à certains endroits des tuyaux d'eau, ce qui représente un risque non négligeable de court-circuit ou d'électrocution. En outre, cette occupation fait obstacle aux travaux de remise en état des terrains de football programmés en vue de leur réouverture à la rentrée scolaire en septembre prochain pour leur utilisation normale par les usagers du complexe sportif alors que la commune, qui a dû faire face à plusieurs occupations illicites de ce site depuis le mois d'avril, n'a pas été en mesure de les réaliser plus tôt et va entraîner un surcoût en l'absence d'entretien des pelouses pendant cette même période.

4. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'installation des gens du voyage sur les parcelles en cause ne génère depuis le début de l'occupation, soit une semaine à ce jour, aucun trouble sanitaire ou pollution, leurs ordures étant jetées dans des containers et les caravanes étant équipées de sanibroyeurs et de cuves permettant le stockage des eaux usées pendant une période d'environ une semaine, comme en attestent les photographies versées en défense, dont le contenu est ensuite déversé dans un lieu adapté du réseau d'assainissement local, le tout supervisé par un système de nettoyage autonome constitué au sein du groupe destiné à remédier à tout incident. Enfin, il n'est pas contesté que jusqu'au départ de ces occupants désormais envisagé le 28 juillet 2024 à 14h00, cette occupation ne génèrera aucun trouble aux usagers du complexe sportif qui est actuellement fermé, ce dont a convenu la commune lors de l'audience.

7. Il y a lieu, par suite d'enjoindre à M. A C et à tous occupants, d'évacuer les parcelles qu'ils occupent sans droit ni titre constituant le complexe sportif de la Souvine et ses abords, situé route de Bel air à Avignon. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, il y a lieu d'enjoindre cette évacuation dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard et par véhicule. A défaut du respect de ce délai par les occupants sans droit ni titre, il pourra être procédé à l'évacuation du domaine public d'office par la commune d'Avignon, le cas échéant par la force publique.

O R D O N N E

Article 1er : Il est enjoint aux occupants sans droit ni titre installés sur les parcelles cadastrées section CH 105, 554 et 555 sises route de Bel air à Avignon et comprenant le complexe de la Souvine et ses abords, de quitter les lieux et d'en retirer leurs caravanes, véhicules et autres biens leur appartenant dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. A défaut du respect de ce délai, il pourra être procédé à l'évacuation du domaine public d'office par la commune d'Avignon, le cas échéant par la force publique.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la maire de la commune d'Avignon et à M. A C et tous occupants sans droit ni titre des parcelles susvisées.

Copie en sera adressée pour information au préfet de Vaucluse.

Fait à Nîmes, le 24 juillet 2024.

La juge des référés,

S. VOSGIEN

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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