jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2402868 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 7 mai 2024 sous le n° 221809, Mme B C épouse A, représentée par Me Chabbert Masson, demande au tribunal :
- d'annuler la décision implicite de rejet de délivrance d'un titre de séjour prise par le préfet du Gard ;
- d'ordonner au préfet d'avoir à délivrer un titre de séjour à Mme A dans le mois suivant la notification à la Préfecture du jugement à venir sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article L 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- de condamner l'Etat à porter et payer à Mme A la somme de 1.500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision implicite demeure dépourvue de motivation malgré sa demande de communication de ces motifs ;
- la commission du titre de séjour devait être saisie compte tenu de sa présence en France depuis plus de 10 ans ;
- le refus qui lui a été opposé porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu' elle justifie de la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France ; son époux et leurs enfants vivent en France, avec elle ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024 sous le n° 222868, Mme B C épouse A, représentée par Me Chabbert Masson, demande au tribunal :
- d'annuler l'arrêté du préfet du Gard du 12 juillet 2024 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire ;
- d'ordonner au préfet du Gard d'avoir à délivrer un titre de séjour à Mme A dans le mois suivant la notification à la préfecture du jugement à venir sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article L 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- de condamner l'Etat à porter et payer à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'arrêté est entaché d'incompétence ;
Sur la décision portant refus de séjour :
- la commission du titre de séjour devait être saisie compte tenu de sa présence en France depuis plus de 10 ans ;
- le refus qui lui a été opposé porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle justifie de la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France ; son époux et leurs enfants vivent en France, avec elle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle se fonde sur une décision elle-même illégale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique, ainsi que les observations de Me Chabbert-Masson pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse A, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1980 à Tedili Fetouaka (Maroc) conteste, d'une part, la décision implicite de rejet opposée à sa demande de titre de séjour présentée le 1er juin 2022, et, d'autre part, l'arrêté du 12 juillet 2024, par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer ce titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours.
Sur la jonction :
2. Les requêtes, enregistrées sous les nos 2401809 et 2402868, concernent la situation de Mme C épouse A au regard de ses conditions de séjour en France. Il y a lieu de joindre ces requêtes, qui présentent à juger des questions similaires, pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première. En l'espèce, les conclusions de Mme C épouse A doivent être regardées comme uniquement dirigées contre l'arrêté du 12 juillet 2024.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des très nombreuses pièces médicales produites par la requérante, complétées par des attestations de scolarité de ses enfants, nés à Montpellier en 2015 et scolarisés à partir de l'année 2018, ainsi que par divers documents locatifs, que Mme C justifie s'être maintenue irrégulièrement en France depuis le dernier trimestre de l'année 2014. Il résulte de l'instruction qu'elle est très investie dans l'éducation de ses enfants, ce dont témoignent deux directrices d'école. La requérante dispose en outre d'une promesse d'embauche. Enfin, Mme C établit sa volonté d'intégration sociale par la production d'attestations rendant compte de sa participation à des cours d'apprentissage de la langue française. Dans ces conditions, compte tenu de l'ancienneté de sa présence sur le territoire national et du fait que ses enfants, âgés à présent de 9 ans, sont scolarisés depuis l'âge de trois ans à Quissac (Gard), l'arrêté en litige, qui lui refuse la délivrance d'un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations précitées.
6. Par conséquent, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête il y a donc lieu de prononcer l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2024 pris par le préfet du Gard à l'encontre de Mme C.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet du Gard de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", d'une durée de validité d'un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Gard du 12 juillet 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour à Mme C et obligation de quitter le territoire français est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", d'une durée de validité d'un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2401809
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