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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402879

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402879

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, M. B D, représenté par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il dispose de ressources suffisantes et qu'il justifie de son statut d'étudiant ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à la durée de sa présence et de sa scolarité en France ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 12 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et méconnaît les dispositions des articles L. 421 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2024, le préfet du Gard, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme Sarac-Deleigne au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant kazakhe, né le 10 septembre 2002, est entré en France, selon ses déclarations, le 22 août 2019, à l'âge de 17 ans, accompagné de sa mère et de sa sœur, sous couvert d'un visa de court séjour C valable du 21 août 2018 au 7 septembre 2019. Le 13 mars 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement de L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou à défaut portant la mention " vie et privée familiale " sur fondement de l'article L. 435-1 du même code. Par un arrêté du 3 mai 2024, le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. A C, chef du bureau des étrangers de la préfecture du Gard qui bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature accordée par le préfet du Gard par un arrêté du 14 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 30.2024-051 de la préfecture du Gard. Cette délégation est en outre suffisamment précise. Le requérant ne peut, en tout état de cause, utilement invoquer la prétendue irrégularité de la nomination du signataire de cette décision, un fonctionnaire irrégulièrement nommé aux fonctions qu'il occupe devant être regardé comme légalement investi de ces fonctions tant que sa nomination n'a pas été annulée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.(). ". D'autre part, aux termes de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le demandeur d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " doit produire au préfet un " justificatif de moyens d'existence suffisants (sauf pour les titulaires du visa de court séjour " étudiant concours "). Si l'étranger est " boursier du gouvernement français ou bénéficiaire de programmes européens ", il doit fournir : " un justificatif de cette situation " et s'il est boursier dans son pays d'origine : " l'attestation de bourse de l'organisme payeur du pays d'origine précisant le montant et la durée de la bourse ". Si l'étrange travaille, il doit transmettre ses trois dernières fiches de paie. S'il est pris en charge par un tiers, il doit produire le " justificatif d'identité du tiers ; les attestations bancaires de la programmation de virements réguliers ou une attestation sur l'honneur de versement des sommes permettant d'atteindre le montant requis (615 euros mensuels). Enfin, si l'étranger dispose de ressources suffisantes, il transmet : " l'attestation bancaire de solde créditeur suffisant ".

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. D sur le fondement de l'article L. 422-1 précité, le préfet du Gard s'est fondé sur l'insuffisance de ses ressources.

5. Pour justifier qu'il dispose de moyens d'existence suffisants, M. D fait valoir qu'il est pris en charge par sa mère dont les revenus mensuels de 800 euros par mois en tant que professeure de cours particuliers d'anglais permettraient de subvenir à ses besoins et produit à cette effet une attestation sur l'honneur de sa mère établie le 16 juillet 2024. Il produit également un acte notarié du 3 mai 2024 établissant qu'il a acquis un appartement pour un montant de 50 000 euros à l'aide d'un prêt consenti par son oncle résidant au Kazakhstan. Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature établir, en l'absence de tout justificatif de versement actuel ou passé au bénéfice du requérant, qu'il dispose effectivement pour subvenir à ses besoins pendant la durée de son séjour en France d'au moins 615 euros par mois. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Gard en refusant de lui délivrer le titre de séjour demandé aurait méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence soit prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé et de la morale ou à la protection des droits et des libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France, accompagné de sa mère et de sœur en 2019, et muni d'un visa de court séjour valable du 21 août 2018 au 7 septembre 2019 alors qu'il était âgé de dix-sept ans. Il ressort également des pièces du dossier que M. D a été scolarisé au sein du lycée Maine de Biran à Bergerac de 2019 à 2021 puis au sein du lycée professionnel Raimu à Nîmes de 2022 à 2024, qu'il a obtenu son baccalauréat professionnel en 2024 et qu'il s'est inscrit au titre de l'année 2024/2025 en BTS technique au sein du lycée Théodore Deck à Guebwiller. Si le requérant a ainsi fait preuve d'efforts d'insertion, il ressort des pièces qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après l'expiration de son visa de court séjour et qu'il n'a pas cherché à régulariser sa situation avant le 7 avril 2022. Il ne conteste pas les mentions de la décision en litige selon lesquelles son père réside en Allemagne et que sa mère fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire édictée le 22 août 2019. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, célibataire et sans charge de famille, serait dépourvu de liens privés et familiaux dans son pays d'origine ni qu'il ne pourrait y poursuivre ses études. Dans ces conditions, le préfet du Gard n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

9. Au regard des éléments mentionnés au point 7, M. D ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu ces dispositions doit, par suite, être écarté

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

11. Il résulte de ces dispositions que l'obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas où elle fait notamment suite à un refus de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, la décision de refus de titre de séjour étant elle-même en l'espèce suffisamment motivée, le moyen tiré du défaut ou de l'insuffisance de motivation de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposé au point 7.

13. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 421 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est dépourvu de toute précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Laurent-Neyrat et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,

Mme Mazars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure

B. SARAC-DELEIGNE

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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