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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402940

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402940

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402940
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCANDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024, la commune de Nîmes, représentée par Me Merland de l'AARPI Hortus Avocats, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion de M. le Pasteur D et tous occupants sans droit ni titre ou personnes de leur chef installés sur les parcelles cadastrées section KD n°38 et 305 de la commune de Nîmes, qui constituent le complexe sportif de La Bastide, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par personne et par jour de retard ;

2°) de condamner les occupants sans titre à lui verser une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est propriétaire des parcelles cadastrées section KD n°38 et 305 qui appartiennent à son domaine public, parcelles classées en zone naturelle à vocation sportive et constituées de plusieurs stades destinés à la pratique d'activités sportives et au déroulement de manifestations, et sont de surcroît classées en zone de danger aléas très fort par le plan de prévention des risques d'inondation de la commune ainsi qu'en zone à risque incendies ;

- il y a urgence à statuer en l'absence de contestation sérieuse à sa demande dès lors que :

* il existe un risque avéré d'inondations en cas d'épisodes orageux ;

* les occupants de ces parcelles, gens du voyage et leurs familles représentés par M. le Pasteur D, s'y sont installés de force le 20 juillet 2024 en stationnant leurs véhicules et caravanes alors qu'ils ne disposent d'aucun titre les habilitant à se maintenir dans les lieux, des branchements sauvages de l'installation électrique et en eau ont été constatés, présentant un risque d'électrocution et de danger pour la sécurité des occupants ;

* cette occupation compromet fortement le fonctionnement normal du service public alors que la commune sera contrainte d'entreprendre des travaux de remise en état coûteux, et qui empêcheront l'utilisation du complexe sportif pendant plusieurs semaines en dépit de la reprise des compétitions en septembre 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, M. C B et M. E A et l'ensemble des gens du voyage occupant le terrain de " La Bastide " à Nîmes, représentés par Me Candon, concluent à ce qu'il leur soit accordé un délai avant toute expulsion jusqu'au 5 août 2024 à 12h00.

Ils soutiennent que :

- ils n'ont pas trouvé d'aire d'accueil de grand passage dans le secteur de Nîmes, ni dans l'entier département du Gard, ce qui interdit à la commune de solliciter du préfet du Gard d'une mise en demeure de quitter les lieux sur le fondement de l'article 9 de la loi n°2000-614 du 5 juillet 2000, engageant la responsabilité de la commune de Nîmes qui n'est, dès lors, pas fondée à se plaindre du stationnement illicite des gens du voyage sur son territoire ;

- en l'absence d'atteinte à la sécurité, à la salubrité et à la tranquillité publique, il n'y a aucune urgence ni utilité à ordonner leur expulsion avant la date de leur départ le 5 août 2024 :

* bien que situé en zone inondable, le zonage n'interdit ni le camping ni le caravaning ou les aires d'accueil des gens du voyages et alors même qu'un camping communal se trouve à proximité de cette zone ;

* les précautions en cas de nécessité d'évacuation ont été prises ;

* il n'y a pas d'obstacles au bon écoulement des eaux, alors même qu'un épisode orageux à cette période est très peu probable ;

* le branchement électrique est assuré par un câble professionnel branché sur un bloc EDF situé en bordure de terrain, raccordé à un boitier général sécurisé possédant un différentiel, des disjoncteurs, des prises de terre et anti-orage, auquel se raccordent les caravanes elles-mêmes munies de boitiers avec disjoncteurs et des câbles de bonne qualité en caoutchouc spécial supportant 126 ampères alors que le flux ne fait que 10 ampères, il n'existe aucun risque pour les occupants, premiers concernés par l'intérêt d'un raccordement électrique sécurisé, qui vivent la majeure partie de l'année dans des conditions analogues selon les mêmes modalités dans les aires de grands passage ;

* ces raccordements provisoires constituent des droits que la commune doit leur garantir, le cas échéant en les sécurisant si elle l'estime nécessaire, et au paiement desquels ils ne souhaitent pas se soustraire ;

* ils forment un groupe de croyants propre et organisé avec un service de nettoyage autonome ;

* ils se sont volontairement installés sur des terrains d'entraînement et non de compétition, qui sont dépourvus de fragilité particulière, et sont en tout état de cause préservés en l'absence d'allées et venues ; leur occupation pendant une quinzaine de jours ne va pas endommager le terrain, un arrosage et un repos sur une même période suffiront à le remettre dans l'état initial, et alors même que le complexe sur lequel ils sont installés comprend une dizaine de terrains de football et de rugby de sorte que leur présence ne fait nullement obstacle aux entraînements et aux futures compétitions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné Mme Galtier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 30 juillet 2024 à 14h00, ont été entendus :

- le rapport de Mme Galtier, juge des référés ;

- les observations de Me Merland, pour la commune de Nîmes, qui reprend ses conclusions et moyens et insiste sur le danger et l'insécurité du site au regard des branchements sauvages, alors même que le site est classé en zone inondable ;

- les observations des représentants des occupants des parcelles en cause, qui réitèrent leurs demandes et précisent que leurs véhicules sont pour la plupart stationnés aux abords des stades qui ne sont pas actuellement utilisés pour des activités sportives ou manifestations, leur raccordement électrique est conforme aux normes de sécurité comme en a déjà attesté un fournisseur d'énergie. Ils font valoir en outre que leur présence dans le Gard est liée à l'annulation d'un grand rassemblement des gens du voyage compte tenu des Jeux Olympiques de Paris, et qu'ils n'ont pu anticiper l'absence d'aire de grand passage dans le département du Gard. Ils indiquent qu'ils quitteront les lieux le lundi 5 août 2024 et que jusque cette date, leur présence est paisible et ne trouble ni la sécurité publique, ni l'usage des équipements sportifs.

Par une production reçue en cours d'audience à 14h16, M. D a produit des pièces complémentaires qui ont été communiquées à la commune de Nîmes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

2. D'une part, il résulte de l'instruction que les personnes dont la commune de Nîmes demande l'expulsion ne justifient d'aucun droit ni titre les habilitant à occuper depuis le 20 juillet 2024 le terrain composé des parcelles cadastrées section KD n°38 et 305 supportant le complexe sportif de " La Bastide ", sis chemin des minimes à Nîmes, et dépendant du domaine public communal. Si les défendeurs font valoir que le département du Gard n'est pourvu d'aucune aire de grand passage, en méconnaissance de l'article 1er de la loi du loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, cette circonstance, à la supposée établie, ne leur confère pas un droit à se maintenir sur le site qu'ils occupent, et alors même que les intéressés ont reconnu à l'audience n'avoir formulé aucune demande d'installation auprès de la commune de Nîmes ou du préfet du Gard avant cette installation illicite. Par suite, la demande d'expulsion présentée par la commune ne se heurte à aucune contestation sérieuse et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

3. D'autre part, l'évacuation des terrains en cause revêt un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que leur occupation, en l'absence d'installations permettant un approvisionnement sécurisé en eau et en électricité, présente un risque grave pour la sécurité, la salubrité et la tranquillité publiques. Il résulte également de l'instruction que les occupants ont procédé à des branchements sauvages sur un compteur électrique ainsi qu'à des raccordements d'eau sur une borne incendie. En dépit de ce qui est soutenu en défense, il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies versées au dossier, que le terrain illégalement occupé ne dispose pas d'installations sanitaires, et que les branchements réalisés sur les réseaux d'eau et d'électricité sont illégaux et présentent un caractère dangereux. Par ailleurs, et surtout, il ressort des pièces du dossier que les parcelles occupées sont classées en zone TF-NU du plan de prévention des risques d'inondation de la commune de Nîmes, qui correspondent à des parcelles en zone non urbanisée inondable par un aléa très fort sur lesquelles il convient de ne pas implanter de nouveaux enjeux (population, activités) dans ces zones de danger dont la préservation permet de maintenir les capacités d'écoulement ou de stockage des crues, en n'augmentant pas la vulnérabilité des biens et des personne. A ce titre, sont notamment interdites dans cette zone la création de nouvelles aires d'accueil des gens du voyage.

4. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la demande de la commune de Nîmes et d'enjoindre à l'ensemble des occupants des parcelles cadastrées section KD n°38 et 305 supportant le complexe sportif de " La Bastide ", sis chemin des minimes à Nîmes, de quitter sans délai le terrain occupé en évacuant les lieux de tous objets mobiliers leur appartenant ou étant sous leur garde, objets mobiliers que la commune requérante pourra éventuellement évacuer d'office aux frais et risques des intéressés.

5. Dans les circonstances de l'espèce, et alors même que les intéressés se sont engagés à l'audience à quitter les lieux le 5 août 2024, et que l'installation en cause depuis une dizaine de jours ne génère pas de trouble de sanitaire, ni ne semble affecter particulièrement les usagers du complexe sportif, le risque d'inondation par un aléas très fort des parcelles en cause nécessite d'assortir l'injonction ainsi définie, dès la notification de l'ordonnance à intervenir, d'une astreinte financière de 100 euros par jour de retard et par occupant à défaut de son exécution par les intéressés.

6. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : Il est enjoint à l'ensemble des occupants sans droit ni titre des parcelles cadastrées section KD n°38 et 305 supportant le complexe sportif de " La Bastide ", sis chemin des minimes à Nîmes, de quitter sans délai le terrain occupé en évacuant les lieux de tous objets mobiliers leur appartenant ou étant sous leur garde, objets mobiliers que la commune requérante pourra éventuellement évacuer d'office aux frais et risques des intéressés.

Article 2 : A défaut d'exécution par les intéressés, l'injonction décidée à l'article premier de la présente ordonnance est assortie d'une astreinte financière de 100 euros par jour de retard et par occupant.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Nîmes, et à M. D et tous occupants sans droit ni titre des parcelles susvisées, au besoin par affichage sur place.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Gard.

Fait à Nîmes, le 31 juillet 2024.

La juge des référés,

F. GALTIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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