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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402992

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402992

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402992
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHAMCHOUCH

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Galtier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. M. B, qui intitule sa requête " référé-liberté " et qui se prévaut d'une atteinte grave et manifestement illégale à des libertés fondamentales, doit être regardé comme sollicitant du juge des référés l'usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, nonobstant le doute sérieux allégué de la décision déférée au visa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative cité dans sa requête et dans ses conclusions.

4. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

5. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. À cet égard, la seule circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée, n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence au sens de ces dispositions. Il appartient au juge des référés d'apprécier objectivement, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration.

6. M. B, actuellement incarcéré à la maison d'arrêt de Nîmes, conteste la décision du 30 mai 2024 par laquelle la direction interrégionale des services pénitentiaires de Toulouse a ordonné son affectation au centre de détention de Béziers, et demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner son transfert immédiat vers le centre de détention de Muret ou celui de Toulouse-Seysses. Il fait valoir que sa demande de transfert vers ces centres de détention est justifiée compte de tenu de la nécessité pour lui de maintenir des liens avec sa compagne et son filleul, qui résident à Toulouse et n'ont pas les moyens financiers et logistiques de se déplacer régulièrement dans une autre ville. Il fait valoir que le refus ainsi opposé à ses demandes de transfert vers ces centres de détention met en péril sa santé mentale et émotionnelle et porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de sa vie privée et familiale, alors même que la visite fréquente de sa famille est essentielle pour son équilibre et sa réhabilitation.

7. Le régime de la détention en établissement pour peines, qui constitue normalement le mode de détention des condamnés, se caractérise, par rapport aux maisons d'arrêt, par des modalités d'incarcération différentes et, notamment, par l'organisation d'activités orientées vers la réinsertion ultérieure des personnes concernées et la préparation de leur élargissement. Ainsi, eu égard à sa nature et à l'importance de ses effets sur la situation des détenus, une décision de changement d'affectation d'une maison centrale, établissement pour peines, à une maison d'arrêt constitue un acte administratif susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir et non une mesure d'ordre intérieur. Toutefois, il en va autrement des décisions d'affectation consécutives à une condamnation, des décisions de changement d'affectation d'une maison d'arrêt à un établissement pour peines ainsi que des décisions de changement d'affectation entre établissements de même nature, sous réserve que ne soient pas en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus.

8. Il ressort de la décision attaquée que le transfert litigieux constitue un changement d'affectation d'une maison d'arrêt à un établissement pour peine suite à la condamnation de l'intéressé. Or M. B, qui se borne à alléguer, sans verser aucune pièce justificative au soutien de sa contestation, d'une part, que son transfert au centre de détention de Béziers l'éloigne davantage du lieu de résidence de son épouse, d'autre part, que celle-ci ne pourra plus venir le voir toutes les semaines et, enfin, que ce centre de détention ne correspond pas au choix qu'il avait formulé, n'établit pas que ce changement porterait une atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés et droits fondamentaux. En outre, en se bornant à se prévaloir, sans l'établir, de graves troubles psychologiques par son maintien à la maison d'arrêt de Nîmes et d'actes d'automutilation, M. B ne démontre pas qu'il se trouve dans une situation d'urgence nécessitant l'intervention du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Hamchouch.

Copie en sera adressée au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Nîmes, le 31 juillet 2024.

La juge des référés,

F. GALTIER

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°240299

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