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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403334

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403334

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a annulé l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet de Vaucluse refusait de délivrer un certificat de résidence à M. B, ressortissant algérien, et l'obligeait à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en se fondant sur les articles L. 421-4 et L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que la situation de M. B relevait exclusivement des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, notamment ses articles 5 et 7. En conséquence, la décision de refus de titre de séjour a été annulée, entraînant par voie de conséquence l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de la fixation du pays de destination.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2024, M. A B, représenté par Me Becherot Joana, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter du jugement à venir et sous astreinte de 250 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte.

Il soutient que :

- la décision de refus de certificat de résidence a été signée par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, les dispositions des articles L. 421-4 et L. 421-5 du code d'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ne lui étaient pas opposables, le préfet aurait dû faire application des dispositions de l'accord franco-algérien ; les motifs qui lui ont été opposés par le préfet sont erronés et sans lien avec sa demande tendant à l'obtention d'un certificat de résidence afin d'exercer une activité professionnelle non salariée ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de certificat de résidence ;

- cette mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

La requête a été communiquée au préfet de Vaucluse qui n'a produit aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code d'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hoenen.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 20 février 1990, est entré régulièrement en France le 13 août 2022 et s'est vu délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 31 octobre 2023. Il a sollicité, dans le cadre de sa demande de renouvellement de ce certificat, un changement de statut et la délivrance d'un certificat de résidence en vue d'exercer une activité professionnelle autre que salariée. Par un arrêté du

15 février 2024, la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer ce certificat de résidence et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 4 juin 2024 le tribunal de céans a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de Vaucluse de réexaminer la situation de M. B. Par un arrêté du 29 juillet 2024, le préfet de Vaucluse a, à nouveau, refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. B demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " () a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ; / () / c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité () ".

3. Ces stipulations régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France notamment pour y exercer une activité professionnelle autre que salariée, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. En revanche, demeurent applicables aux ressortissants algériens sollicitant un certificat de résidence sur le fondement des articles 5 et 7 de l'accord franco-algérien, les textes de portée générale relatifs à l'exercice, par toute personne, d'une activité professionnelle en France, notamment les règles définies dans le code de commerce relatives aux obligations des commerçants.

4. Il s'ensuit que lorsqu'un ressortissant algérien sollicite la première délivrance d'un certificat de résidence pour exercer en France une activité professionnelle autre que salariée, les stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien, combinées à celles du c) de l'article 7 du même accord, ne subordonnent pas cette délivrance au caractère effectif ou à la viabilité économique de cette activité, ni à la justification de moyens d'existence suffisants ou d'un lien entre cette activité et les études le cas échéant poursuivies en France par l'intéressé. Les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui fixent les conditions de délivrance des cartes de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale " aux étrangers exerçant en France une activité non salariée et qui imposent notamment de justifier d'une activité " économiquement viable " procurant des " moyens d'existence suffisants " ne sont pas applicables aux ressortissants algériens en application de ce qui a été dit au point précédent.

5. M. B, qui bénéficiait d'un certificat de résidence en qualité d'étudiant valable jusqu'au 31 octobre 2023, ayant sollicité un changement de statut en vue de l'obtention d'un certificat de résidence l'autorisant à exercer une activité professionnelle autre que salariée, doit être regardé comme sollicitant la délivrance d'un premier certificat de résidence pour exercer une activité professionnelle autre que salariée. Le requérant justifie, par les pièces qu'il produit, avoir créé une société spécialisée dans la réalisation de " travaux d'installation électrique ", société dont le préfet de Vaucluse n'a pas remis en cause l'existence à compter du 1er janvier 2024. En refusant de délivrer le certificat de résidence sollicité par M. B aux seuls motifs qu'il n'avait pas validé le " grade de master ou équivalent " et qu'il ne justifie pas de la viabilité de son entreprise par la plateforme de la main d'œuvre étrangère, le préfet de Vaucluse a commis une erreur de droit.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 juillet 2024 par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un certificat de résidence. Par voie de conséquence, les autres décisions contenues dans l'arrêté contesté doivent également être annulées.

7. Eu égard aux motifs du présent jugement et sous réserve d'une modification de droit ou de fait de la situation de M. B, depuis l'intervention de l'arrêté attaqué, l'exécution de ce jugement implique nécessairement la délivrance d'un certificat de résidence portant mention " entrepreneur / profession libérale " à l'intéressé. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet de Vaucluse de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Vaucluse du 29 juillet 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien portant la mention " entrepreneur / profession libérale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Lahmar, conseillère,

- Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

A-S. HOENEN

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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