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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403377

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403377

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Résumé IA

Refus de titre de séjour pour soins, obligation de quitter le territoire français. Tribunal administratif de Nîmes. Rejet de la requête de M. E, ressortissant marocain, contestant l'arrêté du préfet de Vaucluse du 2 août 2024. Le tribunal écarte les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et d'irrégularité de l'avis médical, jugeant la procédure régulière. Application des articles L. 425-9, R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'arrêté du 27 décembre 2016.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 août et 12 novembre 2024, M. D E, représenté par Me Leize, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- faute pour le préfet de produire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, cette décision sera annulée pour irrégularité ;

- l'avis émis le 5 juillet 2024 par le collège de médecins est irrégulier dès lors qu'il ne mentionne pas le rapport médical sur la base duquel il a été émis et qu'il ne comporte pas l'ensemble des mentions prévues par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- l'arrêté contesté se réfère à un précédent avis du 11 décembre 2023 qui n'a jamais été communiqué ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- cette mesure d'éloignement méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Mouret, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain né en 1991, est entré en France, à une date indéterminée, muni d'un titre de séjour pluriannuel portant la mention " travailleur saisonnier " et valable du 8 octobre 2020 au 7 octobre 2023. L'intéressé a sollicité, au cours du mois de mai 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 décembre 2023, la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a notamment assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français. Ces deux décisions ont été annulées par un jugement du tribunal administratif de Nîmes du 7 mai 2024 prononçant, à son article 2, une injonction de réexamen. Par un arrêté du 2 août 2024, le préfet de Vaucluse a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. E demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté du 2 août 2024.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé, pour le préfet de Vaucluse, par M. C A, sous-préfet chargé de mission, secrétaire général adjoint de la préfecture de Vaucluse, lequel disposait, en vertu d'un arrêté préfectoral du 4 mars 2024 publié le même jour au recueil des actes administratifs de cette préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture, tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certains actes au nombre desquels les décisions litigieuses ne figurent pas. Par suite, et alors qu'il n'est pas contesté que Mme B était absente ou empêchée à la date à laquelle l'arrêté attaqué a été signé, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de titre de séjour en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". L'article R. 425-12 du même code dispose que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 visé ci-dessus : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure () ".

4. D'une part, l'arrêté contesté vise l'avis émis le 5 juillet 2024 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel a été versé aux débats par le préfet de Vaucluse. Si le requérant, qui n'est ainsi pas fondé à se prévaloir de l'absence de production de cet avis dans le cadre de la présente instance, soutient que l'avis du 5 juillet 2024 ne mentionne pas le rapport médical au vu duquel le collège de médecins s'est prononcé, il n'assortit pas ses allégations sur ce point de précisions suffisantes. Au demeurant, le nom du médecin ayant établi ce rapport - transmis le 2 juillet 2024 au collège de médecins au vu des pièces produites par le préfet - est mentionné à la première page de cet avis.

5. D'autre part, si l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 prévoit que l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit mentionner " les éléments de procédure ", cette mention renvoie, ainsi qu'il résulte du modèle d'avis figurant à l'annexe C de cet arrêté, à l'indication que l'étranger a été, ou non, convoqué par le médecin ou par le collège, à celle que des examens complémentaires ont été, ou non, demandés et à celle que l'étranger a été conduit, ou non, à justifier de son identité. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que ni la réalisation d'examens complémentaires, ni la convocation de l'intéressé, ni la justification de son identité devant les membres du collège n'ont été jugées nécessaires. Par suite, la circonstance alléguée que les cases correspondant à ces éléments n'aient pas été cochées dans l'avis du 5 juillet 2024 n'a, en tout état de cause, exercé aucune influence sur le sens de cet avis et n'a privé l'intéressé d'aucune garantie.

6. Enfin, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis du 5 juillet 2024, que l'état de santé de M. E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments du dossier, l'état de santé de l'intéressé lui permet de voyager sans risque. Dans ces conditions, la circonstance que le collège de médecins ne se soit pas prononcé sur la possibilité, pour l'intéressé, de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine est sans incidence sur la régularité de cet avis. Il en va de même de l'absence de mention de la durée prévisible du traitement requis.

7. Eu égard à ce qui a été dit aux trois points précédents, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'avis du 5 juillet 2024 aurait été émis dans des conditions irrégulières. Par ailleurs, la décision de refus de titre de séjour en litige ayant été prise au regard de cet avis, le requérant se prévaut inutilement de la circonstance que le précédent avis émis le 11 décembre 2023 par le collège de médecins n'a jamais été communiqué, l'arrêté contesté ne mentionnant ce dernier avis qu'à titre surabondant.

8. En troisième lieu, la décision de refus de titre de séjour en litige, qui se réfère à l'avis émis le 5 juillet 2024 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant de préciser que M. E ne remplit pas les conditions pour bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de titre de séjour en litige doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

10. Ainsi qu'il a été dit, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, dans son avis émis le 5 juillet 2024, estimé que l'état de santé de M. E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait toutefois pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Les seuls éléments médicaux produits par le requérant ne sont pas, eu égard à leur contenu, de nature à remettre en cause l'appréciation portée par l'administration sur ce point et ne permettent pas d'établir que le défaut de prise en charge médicale de l'intéressé serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, en refusant de délivrer le titre de séjour sollicité par M. E, le préfet de Vaucluse n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En cinquième lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

12. Il résulte de ces dispositions que la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. E, sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour en litige, laquelle est suffisamment motivée ainsi qu'il a été dit précédemment.

13. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version antérieure à l'entrée en vigueur de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

14. La décision portant obligation de quitter le territoire français en litige a été édictée le 2 août 2024, date à laquelle les dispositions citées au point précédent avaient déjà été abrogées par la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Dans ces conditions, M. E ne peut utilement soutenir que la mesure d'éloignement en litige méconnaît ces dispositions qui ne sont plus en vigueur depuis le 28 janvier 2024 et qui n'ont pas été remplacées par des dispositions équivalentes. Par suite, et en tout état de cause compte tenu de ce qui a été dit au point 10, ce moyen ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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