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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403426

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403426

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. B, ressortissant tunisien, qui contestait le refus du préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour en qualité de "salarié" et l'obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la décision expresse du 1er août 2024 s'était substituée à la décision implicite de rejet, rendant les moyens dirigés contre cette dernière inopérants. Sur le fond, il a estimé que le préfet avait légalement pu opposer l'absence de visa long séjour, en application de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que les dispositions de l'article L. 433-6 du même code n'étaient pas applicables à un changement de statut vers "salarié" pour un ressortissant tunisien, relevant de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er septembre 2024, M. A B, représenté par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus de sa demande de changement de statut présentée le 18 décembre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer le titre de séjour demandé dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision implicite de rejet :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation alors qu'il en a demandé la communication des motifs ;

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 412-1 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne pouvait lui opposer l'absence de visa long séjour alors qu'il était titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail dès lors que le préfet se trouve en situation de compétence liée pour accorder une autorisation de travail lorsque les cinq conditions prévues par ce texte sont remplies ;

Sur l'arrêté du 1er août 2024 :

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'à la date de sa demande, son titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " était en cours de validité.

La requête a été communiquée au préfet de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience qui s'est tenue le 20 novembre 2024 et de celle qui s'est tenue le 4 décembre 2024.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mazars,

- les observations de Me Gonand, représentant M. B, lors de l'audience du 20 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M A B est ressortissant tunisien. Il est entré en France le 5 novembre 2009 sous couvert d'un visa long séjour en qualité de " travailleur saisonnier ". Il a bénéficié de quatre cartes de séjour pluriannuelles de trois ans en cette qualité, dont la dernière était valable du 16 décembre 2020 au 15 décembre 2023. Le 13 décembre 2023, il a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour en qualité de " salarié ". Par un arrêté du 1er août 2024, le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours.

Sur l'objet du litige :

2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Dans ce cas, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Il suit de là que les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande d'admission au séjour présentée le 18 décembre 2023 doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 1er août 2024 par laquelle le préfet du Vaucluse a refusé de faire droit à cette demande. Les moyens dirigés contre la décision implicite de refus ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention salarié () ". Aux termes de l'article 11 de ce même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ".

5. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 433-6 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'une première carte de séjour pluriannuelle dans les conditions prévues au présent article, il doit en outre justifier du respect des conditions prévues au 1° de l'article L. 433-4. Le présent article ne s'applique pas aux titres de séjour prévus aux articles L. 421-2 et L. 421-6. ".

6. Pour rejeter la demande de M. B tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet de Vaucluse s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'à la date de sa demande le 8 juin 2024, l'intéressé avait cessé de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour temporaire dès lors qu'il n'avait pas respecté l'obligation de revenir en France sous couvert d'un contrat de travail saisonnier visé par l'autorité préfectorale et qu'il ne disposait pas d'un visa long séjour en qualité de salarié. Or, il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé une première demande le 13 décembre 2023, date à laquelle son titre de séjour était encore en cours de validité. Ainsi, et alors qu'il ne ressort d'aucune des mentions de l'arrêté attaqué qu'il ait examiné le bien-fondé de cette demande, le préfet a commis une erreur de droit en n'examinant pas l'ensemble des éléments de la demande de M. B.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour, et, par voie de conséquence, de la décision l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de quatre-vingt-dix jours.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Eu égard au moyen d'annulation retenu au point 6, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de Vaucluse procède au réexamen de la demande de M. B. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de Vaucluse d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement à M. B de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er août 2024 du préfet de Vaucluse est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de procéder au réexamen de la demande de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,

Mme Mazars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

La rapporteure,

M. MAZARS

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403426

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