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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403465

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403465

vendredi 28 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantGHAEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Ghaem, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 avril 2024 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Vaucluse a rejeté sa demande d'hébergement sur le fondement des dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à titre principal, cette même autorité de la reconnaître comme prioritaire et devant être hébergée dans une structure d'hébergement en application des dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Ghaem en application des dispositions combinées de l'article 37-1 de la loi relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que d'une part, la commission de médiation semble opérer une confusion entre le droit à un hébergement opposable, le droit à un logement opposable et celui de toute personne en situation de détresse à bénéficier d'un hébergement d'urgence, et, d'autre part, il ne peut lui être opposé l'irrégularité de son séjour sur le territoire français pour rejeter sa demande d'hébergement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est en situation de vulnérabilité du fait de son isolement et de ces conditions de vie à la rue.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 4 juillet 2024 Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, pour statuer sur les litiges énumérés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui s'est tenue le 12 février 2025, et au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Chamot.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne, déclare être entrée en France le 29 juin 2022 afin d'y rejoindre des membres de sa famille. Sans hébergement, la requérante saisit alors la commission de médiation du droit au logement opposable de Vaucluse sur le fondement des dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 16 avril 2024 dont Mme A demande l'annulation, la commission de médiation a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département (), la liste des demandeurs pour lesquels doit être prévu un tel accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et précise, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires () ". Aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département () ".

3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes d'une personne tendant à être déclarée prioritaire et devant être accueillie d'urgence dans une structure d'hébergement relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une telle décision, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande d'hébergement à la date de la décision attaquée, ces deux critères étant cumulatifs.

4. En premier lieu, Mme D C, signataire de la décision attaquée a été nommée présidente de la commission de méditation de Vaucluse par arrêté du préfet de Vaucluse du 28 décembre 2023, portant modification de la composition de ladite commission. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande d'hébergement de Mme A, la commission de médiation de Vaucluse s'est fondée sur les circonstances qu'elle est actuellement hébergée chez des particuliers et n'est pas sans abri à ce jour, qu'elle n'est pas dans une situation de vulnérabilité et que la situation d'urgence n'est pas avérée.

6. D'une part, contrairement à ce qui est soutenu, la décision attaquée n'est pas fondée sur la situation irrégulière de Mme A au regard du droit au séjour. Le premier moyen d'erreur de droit invoqué sur ce point doit être écarté. D'autre part, il résulte des dispositions précitées des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation que, pour être accueillis dans une structure d'hébergement au regard du droit à l'hébergement opposable, les intéressés doivent être dans une situation d'urgence et leur demande doit présenter un caractère prioritaire. Le deuxième moyen d'erreur de droit tiré de ce que la condition d'urgence ne serait pas prévue par les textes applicables doit donc être écarté.

7. En troisième et en dernier lieu, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que la commission a également procédé, de manière déterminante, à une appréciation globale de la situation de Mme A au terme de laquelle elle a estimé que la situation d'urgence au regard du droit à l'hébergement opposable n'était pas avérée. A cet égard, en se limitant à faire état de sa condition de femme isolée, Mme A n'invoque ni n'établit l'existence de circonstances exceptionnelles de nature à permettre de considérer que la commission de médiation aurait entaché d'illégalité l'appréciation qu'elle a portée sur le caractère urgent de sa demande d'hébergement.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Les conclusions de Mme A à fin d'annulation étant rejetées, celles présentées à fin d'injonction doivent l'être également.

Sur les frais d'instance :

10. Il n'y a pas lieu de mettre une somme à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance, partie perdante, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Ghaem et à la ministre chargée du logement.

Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2025.

La magistrate désignée,

C. CHAMOTLa greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne à la ministre chargée du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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