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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403480

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403480

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantALLOUCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 6 septembre 2024, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la magistrate déléguée du tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal, en application de l'article R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requête présentée par M. B A.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Marseille le 2 septembre 2024, et un mémoire, enregistré le 9 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Allouch, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2024 par lequel le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission (SIS II) ;

3°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- son droit à être entendu préalablement à cette décision, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne a été méconnu ;

- cette décision méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-1, 2 et 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le motif tiré de l'existence d'une menace à l'ordre public ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale par la voie de l'exception à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- cette décision n'est pas motivée ;

- elle est illégale par la voie de l'exception à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 612-6, 7 et 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le motif tiré de l'existence d'une menace à l'ordre public.

Des pièces ont été enregistrées le 20 septembre 2024 pour le préfet de Vaucluse.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Vosgien les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vosgien,

- les observations de Me Allouch, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et précise que le requérant n'a jamais eu de problème avec la justice, la plainte pour séquestration et violences conjugales a été classée sans suite et résultait d'un malentendu avec sa compagne et sa tante qui les héberge depuis septembre 2023, partie à l'étranger sans leur laisser de trousseaux de clés, il vit en France depuis 2021 et était titulaire d'une carte pluriannuelle en tant que travailleur saisonnier agricole valable jusqu'en 2024, ayant obtenu un contrat à durée indéterminée dans le domaine de la restauration en octobre 2021, il a engagé des démarches, toujours en cours, auprès des autorités consulaires marocaines pour obtenir un visa " salarié " et demander un titre de séjour en cette qualité, son père, son frère et sa sœur, ainsi que son oncle et sa tante qui l'hébergent, vivent en France en situation régulière, il vit en concubinage avec sa compagne de nationalité française, enceinte de six mois, et dont les attaches familiales sont également en France, ils envisagent de se marier mais les démarches auprès de l'état-civil sont bloquées du fait de la confiscation de son passeport dans le cadre de son assignation à résidence, il participe aux rendez-vous médicaux dans le cadre de la grossesse de sa compagne et paye les factures afférentes, il justifie ainsi de circonstances particulières faisant obstacle à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français.

- le préfet de Vaucluse n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 24 août 2001, a été interpellé le 30 août 2024 par les agents de la police nationale à Avignon suite au signalement de faits de violences conjugales. Par sa requête il demande l'annulation de l'arrêté du 31 août 2024 par lequel le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en février 2021, sous couvert d'un visa D de type Schengen délivré par les autorités marocaines et valable du 19 janvier au 19 avril 2021. Il s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 24 août 2021 au 11 avril 2024, sur la base d'une autorisation de travail délivrée pour un contrat de travailleur agricole d'une durée de quatre mois. Titulaire d'un diplôme de qualification professionnelle en cuisine délivré au Maroc, il a conclu le 25 octobre 2021 un contrat à durée indéterminée en tant qu'employé à temps plein avec une entreprise de restauration rapide et a travaillé depuis avec ce même employeur jusqu'en août 2024, comme en attestent ses bulletins de paye. Il est par ailleurs hébergé chez sa tante, titulaire d'une carte de résident de dix ans, avec sa compagne, de nationalité française, depuis septembre 2023. Sa compagne est enceinte de leur enfant depuis quatre mois à la date de la décision attaquée. Le requérant, qui a reconnu certes postérieurement à l'arrêté contesté, cet enfant, contribue par ailleurs aux charges du foyer par ses revenus et avait engagé avec sa compagne des démarches pour contracter mariage dès le 2 août 2024. Il justifie également de la présence en France de son père et de ses frère et sœur en situation régulière. Enfin, si le préfet a considéré qu'il représentait une menace pour l'ordre public au motif qu'il avait été interpellé et placé en garde à vue le 30 août 2024 pour des faits de séquestration et violences conjugales, la procédure judiciaire a fait l'objet dès le lendemain d'une transmission en vue de son classement sans suite. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, le requérant, qui justifie de l'intensité et de la stabilité de ses liens privés et familiaux désormais fixés sur le territoire national, est fondé à soutenir que le préfet de Vaucluse, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, a méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et par voie de conséquence, celles fixant le pays de renvoi et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers en France et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction

de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins

de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas () d'extinction du motif de l'inscription. () ". Aux termes de l'article L. 614-16 du même code : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. Le présent jugement, qui annule la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, implique l'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. En revanche, le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour au requérant, mais uniquement, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code précité, la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Vaucluse ou toute autre autorité territorialement compétente de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 31 août 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse ou toute autre autorité territorialement compétente de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Vaucluse.

Fait à Nîmes le 24 septembre 2024.

La magistrate désignée,

S. VOSGIEN

La greffière,

A. NOGUEROLa République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403480

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