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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403486

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403486

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A, ressortissant marocain, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Sur le fond, il a estimé que M. A ne justifiait pas de moyens d'existence suffisants, comme l'exige l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les versements d'argent de son oncle n'étant pas réguliers. La solution retenue est donc le rejet de l'ensemble des demandes de M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 31 décembre 2002 modifiant et complétant l'arrêté du 27 décembre 1983 fixant le régime des bourses accordées aux étrangers boursiers du Gouvernement français ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lahmar.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, est entré sur le territoire français le 15 août 2022 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant, dont la durée de validité expirait au 15 août 2023. Par une demande enregistrée par les services de la préfecture du Gard le 29 novembre 2023, il a sollicité le renouvellement de ce titre. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué cite les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les raisons pour lesquelles le renouvellement du titre de séjour dont bénéficiait M. A lui a été refusé. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations utiles de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, contrairement à ce que soutient le requérant, suffisamment motivé. Il ressort, en outre, de cette motivation que le préfet du Gard a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée par un ressortissant marocain en qualité d'étudiant de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à partir de l'ensemble du dossier, si les études poursuivies par l'intéressé revêtent un caractère réel et sérieux et s'il dispose des moyens d'existence suffisants lui permettant de vivre et d'étudier en France compte tenu de tous les avantages dont l'étudiant peut bénéficier par ailleurs.

4. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 31 décembre 2002 visé ci-dessus : " Le montant de l'allocation d'entretien prévu à l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 1983 susvisé est fixé à 615 euros par mois ". Il résulte de ces dispositions, qui sont applicables aux ressortissants marocains sollicitant le renouvellement de leur titre de séjour portant la mention " étudiant ", que, pour justifier de la possession de moyens d'existence suffisants, l'étudiant doit disposer de ressources équivalentes à un montant de 615 euros par mois.

5. Pour refuser de renouveler le titre de séjour " étudiant " de M. A, le préfet du Gard s'est fondé sur un unique motif tiré de ce que l'intéressé ne démontrait pas, au regard des dispositions précitées, bénéficier de ressources suffisantes. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que M. A a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour deux attestations sur l'honneur édictées par M. M'hammed A, son oncle, certifiant qu'il versait au requérant une somme minimale de 700 euros par mois. Cependant, parmi les relevés bancaires produits par le requérant, seul celui du mois de mars 2023 fait apparaître un tel versement, les relevés des mois de novembre et décembre 2023 ne mentionnant aucun versement au profit du requérant et les relevés des mois de mai, juin et juillet 2024 mentionnent des virements à son bénéfice d'un montant de 615 à 620 euros par mois sans indication de l'identité du donataire ou de l'objet du versement. Le requérant ne justifie ainsi pas, par les pièces qu'il produit, du versement effectif par M. M'hammed A des sommes qu'il s'était engagé à lui verser, ni davantage qu'il bénéficierait de manière constante de ressources équivalentes à un montant de 615 euros par mois. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet du Gard lui a opposé le refus de renouvellement de titre de séjour litigieux pour ce motif.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que, comme exposé au point 1, le requérant est entré sur le territoire français le 15 août 2022, de sorte qu'il y était installé depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée, et ce sous couvert d'un titre de séjour qui lui avait été délivré en qualité d'étudiant. En se bornant à produire les documents d'identité de personnes qui seraient des membres de sa famille résidant en France, il ne démontre pas disposer de liens stables et intenses sur le territoire français. M. A dispose, en outre, nécessairement d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. Il s'ensuit qu'il n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour aurait porté une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Lahmar, conseillère,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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