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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403495

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403495

lundi 3 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 septembre 2024, Mme F A et M. C A, représentés par Me Fontaine, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :

1°) de désigner un expert chargé de se prononcer sur les circonstances dans lesquelles M. D A, respectivement leur époux et père, est décédé, le 9 mai 2020, au cours d'une prise en charge, à compter du 7 avril 2020, au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Nîmes la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le décès de M. D A est imputable à son séjour en gériatrie au centre hospitalier de Nîmes, période à laquelle il a contracté la COVID suite à la présence d'un cluster ;

- l'expertise devra établir ce lien de causalité, les fautes éventuelles du CHU et les préjudices subis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) représenté par Me Fitoussi conclut que :

1°) Il soit donné acte à l'ONIAM de ses protestations et réserves sur la demande tendant à ce qu'une mesure d'expertise soit ordonnée par la juridiction de céans rejette la demande d'indemnisation ;

2°) A titre subsidiaire, si le demande d'indemnisation devrait être prononcée, il conviendrait de désigner tel collège d'experts qu'il plaira, compétent en anesthésie réanimation et en infectiologie.

Il fait valoir que :

- Etant un fonds d'indemnisation, il ne saurait en aucune façon se voir imputer une quelconque responsabilité ;

- un pré-rapport devra être établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes et son assureur Relyens Mutual Insurance représentées par Me Berger concluent au rejet de la demande d'expertise pour défaut d'utilité.

Il fait valoir que :

- la mesure d'expertise n'est pas utile,

- il n'appartient pas au juge des référés d'ordonner une mesure d'expertise dont l'objet consiste essentiellement à remettre en cause les conclusions d'une précédente expertise,

- il n'appartient pas à l'expert de déterminer le régime de responsabilité applicable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E en application de L.511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2.Les mesures d'expertise demandées par les consorts A entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il a lieu de faire droit à sa demande, nonobstant l'existence d'une précédente expertise qui n'a pas examiné la qualité des mesures de prévention et de protection prises par le CHU de Nîmes concernant la pandémie de covid-19, et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert, s'il l'estime nécessaire, de rédiger un pré-rapport qui n'est prévu par aucune disposition du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

4. Il n'y a pas lieu, dans la présente instance de référé, de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. le Dr D B domicilié 285 impasse des Camélias à Nîmes (30900) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) Se faire communiquer tous les éléments et documents médicaux concernant M. D A, utiles et nécessaires recueillis tant auprès des parties et/ou ayants droits que de tous tiers détenteurs ; entendre les parties ainsi que tous sachants ; recueillir les doléances de ses proches ;

2°) Décrire l'état de santé de M. D A au moment de sa prise en charge le 7 avril 2020 par le service de gériatrie du CHU de Nîmes ainsi qu'au moment de sa contamination par la covid-19 en avril 2020 ;

3°) Décrire chronologiquement les mesures de prévention et de protection prises par le du CHU de Nîmes concernant la pandémie de covid-19 ; estimer, en le justifiant, si ces mesures étaient conformes, suffisantes et adaptées au regard tant des connaissances de l'époque que de la politique de prévention et de protection édictées au niveau national ; préciser les modalités de la mise en œuvre de ces mesures pour M. D A ;

4°) Dire si sa prise en charge à compter du diagnostic de sa contamination par la covid-19, le suivi et les traitements, interventions et soins prodigués ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science au moment où ils ont été pratiqués, s'ils étaient adaptés à son état de santé et aux symptômes qu'il présentait, et s'ils ont été exécutés conformément aux règles de l'art, notamment eu égard à son âge et à ses antécédents médicaux ; dire si, dans la forme et le contenu, l'information donnée à M. D A ou à ses ayants droits était suffisante ;

5°) Déterminer la ou les causes du décès et dire si un manquement en est à l'origine ou a fait perdre une chance de survie à M. D A ;

6°) Donner, s'il y a lieu, tous les éléments utiles d'appréciation sur les responsabilités encourues et les préjudices subis, patrimoniaux et extrapatrimoniaux, en distinguant les préjudices temporaires des préjudices permanents ; déterminer, notamment, la part des préjudices présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement à l'exclusion de tout état antérieur éventuel, de toute cause étrangère ainsi que de soins ayant pu être pratiqués par d'autres établissements ou par d'autres praticiens ; apprécier également la perte de chance.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de Mme A et M. A, de l'ONIAM, du centre hospitalier universitaire de Nîmes, de la société Relyens mutual Insurance et de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Languedoc Roussillon.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires avant le 5 septembre 2025, dont un exemplaire sous format numérique. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A et M. C A, au centre hospitalier universitaire de Nîmes, à la société Relyens mutual Insurance, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, à la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Languedoc Roussillon et à M. le Dr D B, expert.

Fait à Nîmes, le 3 mars 2025.

Le juge des référés,

P. E

La République mande et ordonne au préfet du Gard ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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