jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2403621 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | RUIZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2024, M. E C B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, représenté par Me Ruiz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2024 par lequel le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une personne non habilitée, dès lors qu'il n'est pas justifié de la délégation de signature consentie à son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée et n'a pas procédé d'un examen concret de sa situation personnelle ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;
- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application de l'article L. 251-1 du code d'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile, dès lors que son comportement ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code d'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Hoenen, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hoenen,
- les observations de M. C B, qui concluent aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
- le préfet de Vaucluse n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant portugais, demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 13 septembre 2024 par lequel le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu d'admettre M. C B à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 13 septembre 2024 a été signé par M. D A, sous-préfet, secrétaire général adjoint de la préfecture de Vaucluse, qui disposait, aux termes de l'arrêté n° 84-2024-03-04-00005 du 4 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture de Vaucluse, notamment tous arrêtés, décisions, circulaires, relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, y compris les mesures de restriction de libertés destinées à mettre en œuvre l'éloignement d'un étranger en situation irrégulière sur le territoire à l'exception des arrêtés et décisions de désaffectation des lieux cultuels et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de M. C B au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. La décision vise en particulier les dispositions des articles L. 251-1, L. 251-3 et L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que le requérant est né en France et qu'il y vit depuis sa naissance, elle fait état de son parcours pénal avec ses différentes condamnations pénales ainsi que sa situation familiale, son état de santé et son insertion socio-professionnelle. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que l'arrêté est insuffisamment motivé. Il ressort, en outre, de cette motivation que le préfet de Vaucluse a procédé à un examen particulier de la situation de M. C B.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a transposé l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C B, ressortissant portugais, a été condamné par le tribunal correctionnel de Nice à 6 mois d'emprisonnement pour des faits d'abus de confiance, par la cour d'appel d'Aix-en-Provence à 4 ans d'emprisonnement pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement, l'acquisition sans autorisation d'arme, extorsion avec violences et des délits à la législation sur les stupéfiants et enfin par la cour d'assises des Alpes-Maritimes à une peine de 14 ans de réclusion criminelle assortie d'une période de sûreté de 7 ans, pour des faits de violence avec usage d'une arme ayant entrainé la mort sans intention de la donner. L'intéressé a été libéré du centre pénitentiaire d'Avignon Le Pontet le 16 septembre 2024, date de sa fin de peine. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que le juge judiciaire n'a pas fait droit à la demande de l'intéressé du relèvement de sa période de sûreté ou encore de sa demande d'aménagement de peine. Par ailleurs, si M. C B allègue que toute sa vie se trouve en France, il ne justifie pas de sa situation familiale ni de son intégration sur le territoire français. Compte tenu de la répétition de ces condamnations et de la gravité des faits concernés, une peine ayant été assortie d'une période de sûreté, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de Vaucluse a pu estimer, alors même que l'intéressé a purgé la peine à laquelle il a été condamné, que la présence de M. C B en France constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Si M. C B est né en France et se prévaut de la présence de son fils, de ses deux sœurs, de nationalité française, ainsi que de sa mère sur le territoire français il ne produit cependant aucun élément de nature à justifier qu'il entretiendrait avec eux des liens stables et intenses. Incarcéré depuis 2011, il ressort de l'historique de ses parloirs qu'il n'a eu aucune visite de son fils et qu'une seule visite, en 2016, d'une de ses sœurs ; depuis 2019, il n'a plus bénéficié d'aucune visite en détention. En outre, si le requérant allègue des soucis de santé qui nécessiteraient une prise en charge médicale sur le territoire français, il ne démontre pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un tel suivi au Portugal, pays dont il a la nationalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dont serait entaché la mesure d'éloignement doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède, que M. C B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté.
10. Les conclusions à fin d'annulation étant rejetées, celles présentées à fin d'injonction celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également, par voie de conséquence, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C B, au préfet de Vaucluse et à Me Ruiz.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La magistrate désignée,
A-S. HOENEN
La greffière,
A. NOGUERO
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026