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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403627

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403627

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A, de nationalité guinéenne, qui contestait l'arrêté du préfet de Vaucluse refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, de défaut de motivation et de méconnaissance du droit d'être entendu, jugeant la procédure régulière. Il a également estimé que le refus de séjour ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et qu'aucune erreur manifeste d'appréciation n'était caractérisée. La demande a donc été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Prezioso, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° ASI/84/2024/82 du 28 août 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre la délivrance une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen de sa situation sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) la mise à la charge de l'Etat des entiers dépens et d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, faute pour l'administration d'établir la délégation de signature consentie à l'auteur de l'acte en litige ;

- l'arrêté contesté a été pris en méconnaissance des garanties procédurales prévues à 1'article L.311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'a pas été informé de son droit de déposer une demande de titre de séjour pour d'autres motifs que la demande d'asile et la demande de titre de séjour étranger malade, qu'il a également déposé, et n'a pas été mis à même de rapporter de nouveaux éléments complémentaires dans ce but ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il vit sur le territoire national depuis 2023 et il y a noué de nombreux liens affectifs ; il encourt un risque très élevé de représailles en cas de retour dans son pays d'origine, qui n'a pas été pris en compte par la préfecture ; il entend présenter une demande de réexamen de sa demande d'asile ; il a été récemment diagnostiqué porteur de l'hépatite B ;

- au regard tant de l'intensité de ses attaches privées et familiales sur le territoire français, que de son état de santé actuel, le refus de séjour pris à son encontre a violé les dispositions issues de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant atteinte, de façon disproportionnée, au respect dû à sa vie privée et familiale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2024.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A né le 25 août 1989 à Dakar (Sénégal), de nationalité guinéenne, a sollicité son admission au séjour, en qualité de réfugié, le 10 août 2023. Sa demande a fait l'objet d'une décision de rejet prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 décembre 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 5 août 2024. Le 28 août 2024, le préfet de Vaucluse a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Vaucluse a consenti à Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté contesté, une délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte dans ses visas et ses motifs les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen complet de la situation particulière de M. A au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables à chacune des décisions qu'il contient. Les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'examen de la situation du requérant ne peuvent, dès lors, être qu'écartés.

4. Le droit d'être entendu dont se prévaut le requérant implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Le droit d'être entendu ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. M. A a été en mesure de porter tous éléments pertinents à la connaissance de l'administration avant l'intervention de la mesure d'éloignement en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y aurait été fait obstacle ou qu'il aurait été empêché de le faire. En outre, le requérant ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'il n'aurait pas été à même de faire valoir et qui aurait pu avoir une influence sur le contenu de l'arrêté contesté. Par suite, il ne peut pas être regardée comme ayant été privé de son droit à être entendu, garanti notamment par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

6. Aux termes des dispositions codifiées à l'article L. 431-2, auparavant codifiées à l'article L. 311-6, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, l'invite à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. () ". Il ressort de ces dispositions que la circonstance que l'administration aurait failli dans son obligation d'inviter l'intéressé à présenter une demande de titre de séjour à un autre titre que l'asile est sans incidence sur la légalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire dès lors que la méconnaissance du texte invoqué a seulement pour conséquence de rendre inopposable aux demandeurs d'asile, non régulièrement informés, le délai pour demander un titre de séjour sur un autre fondement. Par suite le moyen d'annulation tiré de la violation des dispositions de l'article L. 431-2 ne peut être qu'écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

8. Le requérant soutient qu'il vit sur le territoire national depuis l'année 2023 et qu'il y a noué de nombreux liens affectifs. Il indique qu'il encourt un risque très élevé de représailles en cas de retour dans son pays d'origine, lequel n'a pas été pris en compte par la préfecture et qu'au vu de nouveaux documents judiciaires, il entend présenter une demande de réexamen de sa demande d'asile. Il ajoute qu'il a été récemment diagnostiqué porteur de l'hépatite B. Il fait valoir l'intensité de ses attaches privées et familiales sur le territoire français, ainsi que son état de santé actuel. Toutefois, le requérant ne soutient pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de son existence. Son entrée sur le territoire national est très récente. Dès lors, au vu des seuls moyens développés, en l'absence d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées, au regard de l'objet des mesures de refus de séjour et d'éloignement, ne peut être qu'écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de Vaucluse n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation, étant relevé que le requérant n'apporte aucun élément probant justifiant des risques encourus dans son pays d'origine et non retenus par la Cour nationale du droit d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 août 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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