lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2403670 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 septembre et 1er octobre 2024, M. D C, représenté par l'association tutélaire de gestion du Gard, en qualité de tuteur, et par Me Hamza, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 août 2024 par lequel le préfet du Gard a prononcé son expulsion du territoire français ainsi que de l'arrêté du 25 septembre 2024 portant son assignation à résidence pour une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui restituer sa carte de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- de nationalité afghane, il est entré en France en 2018, a bénéficié de la protection subsidiaire avec reconstitution de son état civil par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 2 octobre 2020 et s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 27 octobre 2026 ;
- le 23 août 2024, le préfet du Gard, en dépit de l'avis défavorable émis par la commission d'expulsion, a prononcé son expulsion par arrêté notifié le 17 septembre 2024 et l'a placé en rétention dès le lendemain avant de l'assigner à résidence par arrêté notifié le 25 septembre 2024 ;
- la condition d'urgence est remplie eu égard à la nature et aux effets d'une décision d'expulsion et, en l'espèce, il est, en outre, assigné à résidence et peut être expulsé à tout instant ;
- l'arrêté d'expulsion est entaché d'un vice de procédure car il n'est pas démontré que la commission d'expulsion aurait émis un avis motivé qui lui aurait été transmis ;
- il méconnaît le 5° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard aux conséquences de son expulsion sur son état de santé mentale qui nécessite des soins quotidiens, qui a justifié son placement sous tutelle et la reconnaissance de la qualité d'adulte handicapé ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il ne représente pas une menace grave pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des arrêtés attaqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la requête en annulation enregistrée sous le n° 2403651 ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 2 octobre 2024 à 9 heures 30 minutes en présence de Mme Kremer, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de M. Roux, juge des référés ;
- les observations de Me Hamza, pour M. C, assisté de Mme A, en sa qualité de tutrice et de M. B interprète en langue afghane, qui a repris et développé les moyens invoqués dans ses écritures en insistant sur l'absence de toute poursuite pénale et de toute condamnation prononcée pour les faits sur lesquels le préfet s'est fondé pour retenir l'existence d'une menace à l'ordre public.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, de nationalité afghane, qui déclare être entré irrégulièrement en France le 15 juin 2018, s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 2 octobre 2020 puis une carte de séjour pluriannuelle, valable jusqu'au 27 octobre 2026. Son état de santé psychique a justifié son placement sous tutelle par jugement du 28 octobre 2022. Par arrêté du 23 août 2024, le préfet du Gard a prononcé son expulsion du territoire français et par arrêté du 25 septembre suivant, l'a assigné à résidence pour une durée de six mois dans l'attente de pouvoir procéder à cette expulsion. M. C demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de ces deux arrêtés.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Compte tenu de l'urgence à statuer sur la demande de M. C, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin de suspension :
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.
4. Eu égard à son objet et à ses effets, une décision prononçant l'expulsion d'un étranger du territoire français porte atteinte en principe par elle-même de manière grave et immédiate à la situation de la personne qu'elle vise et crée, dès lors, une situation d'urgence justifiant que soit, le cas échéant, prononcée la suspension de cette décision. Il en va toutefois autrement lorsque l'expulsion est assortie d'une mesure d'assignation à résidence prise sur le fondement de l'article L. 731-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que, dans un tel cas, la mesure d'expulsion ne peut être exécutée qu'après l'intervention d'une décision d'abrogation de la décision d'assignation à résidence, laquelle ne peut être prise qu'en cas de faits nouveaux constitutifs d'un comportement de l'étranger préjudiciable à l'ordre public.
5. D'une part, il ressort des visas et de la motivation de l'arrêté du 25 septembre 2024 portant assignation à résidence de M. C que le préfet du Gard a pris cette décision sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'intéressé fait l'objet d'une mesure d'expulsion et se trouve dans l'impossibilité de quitter le territoire français, de pouvoir regagner son pays d'origine ou tout autre pays mais qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation. Une telle mesure, distincte de l'assignation à résidence probatoire prévue à l'article L. 731-5 de ce code, ne subordonne pas à son abrogation la mise à exécution de l'arrête d'expulsion et ne saurait donc remettre en cause l'urgence à statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de ce dernier. D'autre part, eu égard à sa portée et à ses effets graves et immédiats sur la situation personnelle de l'intéressé, la condition d'urgence apparait également remplie à l'égard des conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté par lequel le préfet du Gard a assigné M. C à résidence pour une durée de six mois dans la perspective de procéder à son expulsion du territoire français.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux :
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commis le préfet du Gard dans l'application des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile quant à la menace grave pour l'ordre public que constituerait la présence de M. C en France est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 23 août 2024 prononçant son expulsion. Ce moyen, également invoqué par voie d'exception d'illégalité, apparait propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 25 septembre 2024 portant assignation de M. C à résidence pour une durée de six mois dans la perspective d'exécuter l'arrêté d'expulsion.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander la suspension de l'exécution des arrêtés du préfet du Gard en date des 23 août et 25 septembre 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à leur annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet du Gard de prendre les mesures nécessaires à la restitution au requérante de sa carte de séjour pluriannuelle sans délai à compter de sa notification.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par M. C au titre des frais d'instance exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E
Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution des arrêtés du préfet du Gard des 23 août 2024 portant expulsion de M. C et du 25 septembre 2024 portant son assignation à résidence pour une durée de six mois est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à leur annulation.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Gard de prendre les mesures nécessaires à la restitution à M. C de sa carte de séjour pluriannuelle sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, à l'association tutélaire de gestion du Gard et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Gard.
Fait à Nîmes, le 7 octobre 2024.
Le juge des référés,
G. ROUX
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
L greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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