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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403679

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403679

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFUGIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2024, M. E A, représenté par Me Fugier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Fugier, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne le pays de renvoi :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par la voie de l'exception à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par la voie de l'exception à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Des pièces ont été enregistrées le 20 septembre 2024 pour le préfet de l'Hérault.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Vosgien les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vosgien,

- les observations de Me Fugier, représentant M. A, assisté de M. B, interprète, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et précise que le préfet n'a pas tenu compte de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, notamment de son état de santé lié à un handicap de naissance ayant entraîné une atrophie du bras gauche, depuis son placement en centre de rétention il n'a pas pu voir un médecin pour produire un certificat médical confirmant ses dires mais son handicap est visible à l'œil nu, il est entré en France en 2022 alors qu'il était encore mineur et a été hébergé pendant deux ans dans un foyer pour mineurs, il attendait d'avoir cinq ans de présence pour demander sa régularisation, ses parents sont décédés et il a des connaissances en France.

- le préfet de l'Hérault n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 13 décembre 2005, est entré en France en 2022 ou 2023, selon ses déclarations. Il a été interpellé le 18 septembre 2024 dans le tramway de la ligne 2 à Montpellier dans le cadre d'un contrôle d'identité. En l'absence de document l'autorisant à circuler ou séjourner en France il a été placé en centre de rétention le même jour. Par sa requête il demande l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par arrêté du 5 décembre 2023, régulièrement publié le lendemain au recueil administratif spécial n° 210 de la préfecture de l'Hérault, Mme D C, cheffe de la section éloignement, a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet de signer tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France en décembre 2022, selon ses déclarations, avant de partir aux Pays-Bas pour y demander l'asile et revenir sur le territoire français en septembre 2023, suite au rejet de sa demande d'asile. Il se prévaut de problèmes de santé lié à un handicap de naissance ayant entraîné une atrophie de son bras gauche, raison pour laquelle il est venu se faire soigner en France et serait suivi au centre hospitalier universitaire régional de Montpellier depuis qu'il est mineur. Toutefois, il est célibataire, sans charge de famille en France, ne justifie d'aucune forme d'intégration sociale ou professionnelle et n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident encore sa mère et ses frères et sœur. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait effectué des démarches pour obtenir la régularisation de sa situation administrative en raison notamment de son état de santé depuis son entrée en France ni qu'il ne pourrait être suivi pour son handicap en Algérie alors qu'il est par ailleurs déjà connu défavorablement des services de police pour des faits de vol aggravé par deux circonstances le 8 octobre 2022 et de vol en réunion et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie d le 21 juillet 2023. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () " et aux termes de l'article

L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".

6. En troisième lieu, l'arrêté attaqué, après avoir visé notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionne plusieurs éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, en particulière son entrée irrégulière en France en septembre 2023 et son maintien sur le territoire sans avoir effectué aucune démarche en vue de la régularisation de sa situation administrative, les motifs de son interpellation et de l'existence d'un risque de fuite en l'absence de garantie propre de représentation, l'état de ses relations personnelles en France ainsi que les attaches familiales dont il dispose encore dans son pays d'origine. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi, dont est assortit l'obligation de quitter le territoire français, ne serait pas suffisamment motivée compte tenu de l'emploi de la formule selon laquelle celle-ci ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors que l'intéressé ne justifie ni même n'allègue avoir fait état de craintes particulières en cas de retour dans son pays d'origine.

7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par la voie de l'exception à raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

9. La décision attaquée, après avoir rappelé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables, mentionne que M. A ne justifie pas de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour, la durée de présence en France du requérant depuis 2023, l'état de ses liens personnels en France, étant célibataire, sans enfant à charge, l'absence d'une précédente mesure d'éloignement et la circonstance que les faits pour lesquels il est défavorablement connu des services de police caractérisent une menace à l'ordre public. Par suite, et dès lors que l'intéressé ne justifie ni même n'allègue avoir fait état d'une quelconque circonstance de nature à faire obstacle à une telle décision, il n'est pas fondé à soutenir que celle-ci serait insuffisamment motivée.

10. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour serait illégale par la voie de l'exception à raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. Sa requête doit ainsi être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Le présent jugement sera notifié à M. E A, au préfet de l'Hérault et à Me Fugier.

Fait à Nîmes le 26 septembre 2024.

La magistrate désignée,

S. VOSGIEN

La greffière,

M-E. KREMERLa République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403679

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