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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403689

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403689

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. B, ressortissant tunisien, contestant les décisions du préfet du Gard l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et l'assignant à résidence. Le tribunal a estimé que M. B ne pouvait utilement se prévaloir de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien pour contester l'obligation de quitter le territoire, faute d'avoir déposé une demande de titre de séjour sur ce fondement. Les autres moyens, notamment tirés de la méconnaissance des droits fondamentaux et de l'absence de considérations humanitaires, ont été écartés comme non assortis de précisions suffisantes. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 611-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 et 23 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Bifeck, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 16 septembre 2024 par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixe le pays de renvoi et l'assigne à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours et, dans cette attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; en vertu de l'article 7 quater de l'accord franco tunisien, il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux car elle n'a pas tenu compte de sa situation particulière en qualité de travailleur saisonnier ;

- la décision attaquée entrainera des conséquences d'une exceptionnelle gravité tant sur le plan personnel que professionnel ;

- la décision attaquée méconnaît des droits fondamentaux tels que son droit à la vie privée et professionnelle et sa situation professionnelle future ; elle aurait du prendre en compte des considérations humanitaires et personnelles ;

- la décision attaquée ne relève aucun trouble à l'ordre public concernant M. B.

En ce qui concerne la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation ; le préfet ne rapporte aucune preuve d'une intention de fuite ou de soustraction à la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

En ce qui concerne la décision fixant l'assignation à résidence :

- la décision attaquée est injustifiée et disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet du Gard qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Bala les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bala,

- les observations de Me Bifeck, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et précise qu'il a fait l'objet d'un contrôle inopiné, que la décision attaquée aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, que son employeur est disposé à le ré-embaucher alors que l'agriculture dans la région manque de main d'œuvre et qu'il n'existe pas de risque de fuite.

- le préfet du Gard n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité tunisienne, demande au tribunal d'annuler les décisions du 16 septembre 2024 par lesquelles le préfet du Gard l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ". D'autre part, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".

3. M. B, qui ne justifie pas avoir déposé une demande de titre de séjour sur ce fondement, ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de son droit au séjour sur le fondement de l'article 7 quater de l'accord franco tunisien.

4. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des droits fondamentaux de M. B n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bienfondé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. B répondrait à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels impliquant son admission exceptionnelle au séjour. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation des dispositions citées au point précédent, à le supposer soulevé, doit, en tout état de cause, être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est () édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a pris en compte la durée de la présence en France de M. B, la nature de ses liens avec la France, le fait qu'aucune demande de titre de séjour n'a été déposée sur l'agence numérique des étrangers en France, que l'intéressé est marié et père de famille en Tunisie et qu'il ne peut se prévaloir de l'ancienneté et de la stabilité de son séjour en France, de liens personnels et familiaux anciens et stables établis sur le territoire français ni même d'une intégration particulière. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à le supposer soulevé, doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. () ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

10. D'une part, le préfet n'a pas fondé sa décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire sur le fait que le comportement de M. B constituerait une menace pour l'ordre public. D'autre part si M. B se prévaut d'un contrat de travail, il est constant qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Sa situation entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-3. Dans ces conditions, alors même qu'il justifierait de certaines garanties de représentation, le préfet du Gard a légalement pu lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire en l'absence de toute circonstance particulière.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Gard a entendu éloigner M. B à destination du pays dont il a la nationalité ou, avec son accord, tout autre pays membre de l'union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible. L'arrêté vise les textes dont il fait application et mentionne que M. B n'établit pas de risques de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine. Une telle motivation, qui n'avait pas à rappeler les raisons pour lesquelles M. B a quitté son pays, a mis l'intéressé à même de comprendre les motifs de la décision contestée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen particulier doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant l'assignation à résidence :

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. " L'article R. 733-1 de ce code dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

13. D'une part, une mesure d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile consiste, pour l'autorité administrative qui la prononce, à déterminer un périmètre que l'étranger ne peut quitter et au sein duquel il est autorisé à circuler et, afin de s'assurer du respect de cette obligation, à lui imposer de se présenter, selon une périodicité déterminée, aux services de police ou aux unités de gendarmerie. D'autre part, si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.

14. Si le requérant soutient que la décision l'assignant à résidence dans le département du Gard pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois, avec obligation de se présenter à la police aux frontières située 245 avenue Pierre Gamel à Nîmes les lundis et jeudis hors week-end et jours fériés est injustifiée et disproportionnée au regard de sa situation personnelle en ce qu'elle est un obstacle à sa régularisation et en ce qu'elle nuit à ses activités personnelles et professionnelles, il n'étaye cette affirmation d'aucun élément susceptible de l'établir. Par suite, les moyens tirés de la disproportion de la décision attaqué et de la méconnaissance des dispositions citées au point 12 doivent être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 16 septembre 2024 par lequel le préfet du Gard l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Gard.

Fait à Nîmes le 8 octobre 2024.

La magistrate désignée,

K. BALA

La greffière,

A. NOGUEROLa République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403689

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