mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2403695 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | FUGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 23 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Fugier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation et, dans cette attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Fugier, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé en droit et en fait ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est illégale par la voie de l'exception à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- cette décision est illégale par la voie de l'exception à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 24 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a délégué à Mme Vosgien les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vosgien,
- les observations de Me Fugier, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et précise que le préfet n'a pas tenu compte de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle et professionnelle alors qu'il est entré en France en 2020 encore mineur et a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité, il a suivi un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en boulangerie et a travaillé depuis 2021 en alternance avant d'obtenir une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en 2024, il n'a pas non plus tenu compte du fait que le recours formé contre l'arrêté du 29 décembre 2023 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français était toujours pendant devant le tribunal administratif de Toulon, les décisions méconnaissent son droit à mener une vie privée et familiale normale.
- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 30 novembre 2003, a fait l'objet d'un premier arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, qui a été annulé par un jugement n°2301915 du 9 octobre 2023 du tribunal administratif de Toulon. En exécution dudit jugement, le préfet du Var a procédé au réexamen de sa situation et édicté un nouvel arrêté le 29 décembre 2023 portant de nouveau refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Ce dernier arrêté a fait l'objet d'un recours en annulation devant le tribunal administratif de Toulon. L'intéressé a été interpellé le 19 septembre 2024 pour des faits de consommation de stupéfiants. Par sa requête M. A demande l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France en juillet 2020 alors qu'il était mineur et a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire du 31 août 2020, confirmée par un jugement en assistance éducative du 18 février 2021 maintenant son placement jusqu'à sa majorité, le 30 novembre 2021. Il justifie avoir suivi une formation en alternance dans le cadre d'un certificat d'aptitude professionnelle en boulangerie et travaillé depuis juillet 2021 jusqu'en septembre 2023 avant d'obtenir une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée le 2 février 2024. Il parle parfaitement la langue française, comme en atteste ses réponses lors de l'audience et soutient, sans être contesté sur ce point, ne pas avoir pu finaliser sa formation compte tenu de son interpellation et de son placement en centre de rétention administrative. Il ressort par ailleurs des bulletins de note des premier et deuxième semestres de l'année scolaire 2021-2022, produits en défense, que M. A, en dépit de nombreuses absences, a obtenu la moyenne sur chacun de ces semestres avec une progression certaine soulignée par ses professeurs, passant de 11,60 à 13,25 sur 20. Enfin, si le préfet du Var relève dans son arrêté qu'il est défavorablement connu des services de police pour refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter en 2022 et 2024, ainsi que pour détention de stupéfiants et vol de véhicule, ces seuls éléments, pour répréhensibles qu'ils aient été, n'apparaissent pas d'une gravité suffisante à conférer au maintien en France du requérant le caractère d'une menace à l'ordre public. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, le requérant, qui justifie de l'intensité et de la stabilité de ses liens privés et familiaux désormais fixés sur le territoire national, est fondé à soutenir que le préfet du Var, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, a méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et par voie de conséquence, celles fixant le pays de renvoi et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 614-16 du même code : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
6. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code précité, la délivrance à M. A d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var ou toute autre autorité territorialement compétente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Fugier, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Fugier de la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet du Var a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit d'y retourner pour une durée d'un an est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var ou toute autre autorité territorialement compétente de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Fugier, avocat de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Fugier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Var et à Me Fugier.
Fait à Nîmes le 26 septembre 2024.
La magistrate désignée,
S. VOSGIEN
La greffière,
M-E. KREMERLa République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403695
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026