lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2403707 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 septembre et 10 octobre 2024, Mme C A, représentée par Me Bocognano, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, en l'état de ses dernières écritures :
1°) de suspendre l'exécution des décisions du 30 août 2024 et du 16 septembre 2024 par lesquelles la présidente du conseil départemental du Gard lui a refusé l'autorisation d'exercer une activité de formatrice pour adultes pour le compte de centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) ;
2°) de mettre à la charge du département du Gard la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que les décisions de refus en litige la privent des revenus significatifs de l'activité professionnelle en cause ce qui, au regard des revenus de son époux et des charges de leur ménage, l'expose à des difficultés financières importantes ;
- la décision du 30 août 2024 a été signée par une autorité incompétente ;
- les deux décisions en litige sont dépourvues de base légale dès lors, d'une part, qu'elles sont fondées sur des articles du décret du 30 janvier 2020 dans le champ d'application desquels sa situation n'entre pas, qui lui sont donc inopposables et, d'autre part, qu'aucune autorisation n'était, en réalité, requise ;
- en tout état de cause, ces décisions sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles constituent une sanction déguisée prononcée pour des faits ayant déjà fait l'objet d'une sanction disciplinaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2024, le département du Gard conclut au rejet de la requête de Mme A.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie en l'espèce ;
- le vice d'incompétence qui affectait la décision du 30 août 2024 a été régularisé par la décision du 16 septembre 2024 ;
- aucun des moyens invoqués dans la requête n'est de propre à faire naître un doute sérieux sur la légalité des refus d'autorisation attaqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la requête enregistrée sous le n° 2403452.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 2020-69 du 30 janvier 2020 relatif aux contrôles déontologiques dans la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 10 octobre 2024 à 15 heures en présence de Mme Paquier, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de M. Roux, juge des référés ;
- les observations de Me Bocognano, représentant Mme A, qui a repris et développé les moyens invoqués dans ses écritures en insistant sur la situation matérielle de la requérante, la condition d'urgence et l'absence de base légale des décisions contestées et de Mme B, représentant le département du Gard, qui a repris et développé les moyens de défense invoqués dans ses écritures en insistant sur l'absence de démonstration des difficultés financières dont la requérante fait état sur le bien-fondé du refus qui a été opposé à la demande d'autorisation de cumul qui portait précisément sur l'activité que la requérante avait irrégulièrement exercée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, attaché principal affectée au département du Gard depuis le 1er janvier 2018, a fait l'objet, par arrêté de la présidente du conseil départemental du Gard du 7 juin 2024, d'une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un an, sanction du IIIème groupe, fondée, d'une part, sur un dépassement non autorisé et dissimulé du nombre de jours travaillés dans le cadre d'un cumul d'activité de vacations effectuées pour le compte du CNFPT, au cours des années 2019, 2020 et 2021 et, d'autre part, sur l'exercice sans autorisation de ce cumul d'activité au cours des années 2022 et 2023. Suite à la prise d'effet de cette mesure disciplinaire, le 15 juin 2024, Mme A a présenté auprès du département du Gard, une demande d'autorisation de cumul d'activité le 21 août 2024. Par décisions du 30 août 2024 et du 16 septembre 2024, la présidente du conseil départemental du Gard a refusé de faire droit à cette demande. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi d'une demande de suspension d'une décision administrative d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
4. Pour justifier de l'urgence à prononcer la suspension des décisions en litige, Mme A soutient que, du fait de leur exécution, elle se trouve privée de la possibilité d'exercer les fonctions de formatrice au sein du CNFPT et des revenus correspondants alors qu'elle fait l'objet d'une exclusion temporaire de fonctions et ne perçoit plus son traitement de fonctionnaire territorial, ce qui expose son ménage à une précarité financière. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui ne perçoit plus les revenus de son activité d'attaché principal, est privée, du fait des décision de refus en litige, de la possibilité d'exercer une activité de formatrice au sein du CNFPT et des revenus mensuels correspondant d'un montant, variable suivant le volumes horaires de ces interventions, d'au moins 1 800 euros pour les mois d'octobre et novembre 2024, dont il n'est pas contesté qu'ils s'élèveront à la même somme pour les mois suivants durant lesquels il lui a également été demandé d'intervenir. Par ailleurs, la requérante démontre, par les nombreuses pièces qu'elle a produites, que le reste à vivre de son ménage, calculé sur la base des seuls revenus de son époux après déduction de ses charges fixes, ne représente, à supposer même que sa fille, étudiante, sans revenu, rattachée au foyer fiscal de ses parents, bénéficie d'une allocation d'aide pour le logement qu'elle occupe à Montpellier et que le montant de certaines des factures produites soient sensiblement inférieur pour la période à venir, tout-au plus que quelques centaines d'euros pour un foyer de trois personnes. Au regard de l'ensemble de ces éléments, la privation d'une telle source de revenus mensuelle et du droit d'exercer une activité professionnelle au sein d'une administration qui l'emploie depuis 2019, consécutive à l'exécution des décisions en litige, doit être regardée comme portant une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation personnelle de Mme A. La condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est donc remplie en l'espèce.
En ce qui concerne les moyens propres à faire naître un doute sérieux :
5. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par Mme A, tirés de ce que les motifs des décisions du 30 août et du 16 septembre 2024 seraient privés de base-légale dès lors que sa situation n'entrerait pas dans le champ d'application des articles 6 et suivants du décret du 30 janvier 2020 précité, relatifs au cumul d'activité, et que l'exercice de l'activité de formatrice en cause ne serait pas soumise à autorisation de cumul dans sa position, seraient également entachés d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, et conduiraient à sanctionner irrégulièrement une seconde fois de mêmes faits, sont propres à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de ces décisions.
6. Il résulte de ce qu'il précède que Mme A est fondée à demande la suspension de l'exécution des décisions de la présidente du conseil départemental du Gard des 30 août et 16 septembre 2024 jusqu'au jugement statuant sur sa requête tendant à leur annulation.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : L'exécution des décisions de refus opposées par la présidente du conseil départemental du Gard, les 30 août et 16 septembre 2024, à la demande d'autorisation de cumul d'activité présentée par Mme A est suspendue jusqu'au jugement statuant sur sa requête à fin d'annulation.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au département du Gard.
Fait à Nîmes, le 14 octobre 2024.
Le juge des référés,
G. ROUX
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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