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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403712

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403712

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes annule l'arrêté du préfet du Gard du 21 août 2024 refusant un certificat de résidence à une ressortissante algérienne, mère d'un enfant français né pendant son mariage. La juridiction retient une erreur de droit au regard du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le préfet ayant exigé à tort une contribution aux besoins de l'enfant, alors que l'exercice de l'autorité parentale suffit. En conséquence, l'obligation de quitter le territoire français est également annulée, et il est enjoint au préfet de délivrer le titre de séjour sollicité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2024, Mme B C, représentée par Me Zwertvaegher, demande au tribunal d'annuler l'arrêté n° 2024-BSE-246 du 21 août 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un certificat de résidence et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par un courrier du 8 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, qu'en cas d'annulation de l'arrêté contesté, le jugement est susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction tendant à la délivrance d'un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " et invitées à présenter leurs observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Cambrezy.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 12 décembre 1987, est entrée en France le 28 mai 2021 en qualité de conjointe de ressortissant français. Elle a quitté le domicile conjugal le 12 mars 2022 et donné naissance à un enfant le 27 août 2022. Le préfet du Doubs a pris à son encontre le 8 février 2023 un arrêté portant retrait du certificat de résidence algérien, assignation à résidence et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 13 décembre 2023, elle a demandé au préfet du Gard la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des dispositions du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968. Par un arrêté n° 2024-BSE-246 du 21 août 2024 dont elle demande l'annulation, le préfet du Gard a refusé sa demande de titre de séjour, lui a retiré son certificat de résidence algérien de dix ans et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours.

2. D'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". Aux termes de l'article 312 du même code : " L'enfant conçu ou né pendant le mariage a pour père le mari ".

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme C, le préfet du Gard s'est fondé, d'une part, sur le fait qu'elle n'a pas été en mesure de justifier, en dépit des demandes adressées, sa contribution à l'entretien de son enfant depuis sa naissance ou depuis au moins un an et, d'autre part, qu'elle ne justifie pas avoir exécuté l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre par le préfet du Doubs le 8 février 2023. Toutefois, si Mme C a effectué seule la reconnaissance de la naissance de sa fille née sur le territoire français le 27 août 2022 cette dernière est présumée être l'enfant de son ex-mari, M. D A, de nationalité française, en application de l'article 312 du code civil précité, dès lors que le divorce des époux n'a été prononcé que postérieurement à sa naissance par un jugement de divorce rendu le 24 mars 2023 par le tribunal judiciaire de Montbeliard. Il en résulte que leur fille est de nationalité française et que Mme C exerce l'autorité parentale à son égard. Dès lors, le préfet du Gard ne pouvait subordonner la délivrance d'un certificat de résidence d'un an à Mme C à la condition, alternative de subvenir aux besoins de son enfant de manière effective. Par suite, Mme C est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Gard aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif tiré de l'absence d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet du Doubs le 8 février 2023. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués par Mme C, la décision de refus de titre de séjour en litige doit être annulée. Par voie de conséquence, les autres décisions contenues dans l'arrêté du préfet du Gard du 21 août 2024 doivent également être annulées.

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à Mme C. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Gard de délivrer ce certificat à l'intéressée dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du préfet du Gard du 21 août 2024 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au préfet du Gard de délivrer à Mme B C un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme C et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,

M. Cambrezy, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

Le rapporteur,

G. CAMBREZY

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet du Gard, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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