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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403755

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403755

mercredi 18 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A, ressortissant kosovar, contestant l'arrêté du préfet de Vaucluse du 26 août 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a d'abord jugé irrecevables les conclusions dirigées contre une prétendue interdiction de retour, l'arrêté n'en contenant aucune dans son dispositif. Sur le fond, il a estimé que la mesure d'éloignement ne méconnaissait pas le droit d'être entendu, l'intéressé ayant été auditionné avant son édiction, et qu'elle n'était entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation ni d'aucune violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution s'appuie notamment sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Ghaem, demande au tribunal :

1°) d'ordonner, avant dire droit, la production de l'intégralité de ses auditions ayant précédé la mesure d'éloignement en litige ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui aurait interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ou, subsidiairement, d'annuler uniquement cette dernière décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen, sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne garantissant à toute personne le droit d'être entendue ;

- cette mesure d'éloignement est entachée de plusieurs erreurs de fait démontrant l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée en fait ;

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne garantissant à toute personne le droit d'être entendue ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de Vaucluse a produit des pièces, et notamment le procès-verbal de l'audition de M. A, enregistrées et communiquées le 25 novembre 2024.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Mouret, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant kosovar né le 24 mai 2000, déclare être entré sur le territoire français au cours du mois de mai 2018. La demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 25 juin 2018 dont la légalité a été confirmée le 21 janvier 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. La demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A, enregistrée le 31 octobre 2023, a été implicitement rejetée par le préfet de Vaucluse. A la suite de l'interpellation de l'intéressé le 25 août 2024, le préfet de Vaucluse, par un arrêté du 26 août 2024, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. A demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté du 26 août 2024 dont l'intitulé se réfère à une " interdiction de retour ".

Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

2. Si l'arrêté contesté, dont l'intitulé se réfère à une " interdiction de retour ", vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux interdictions de retour sur le territoire français, il ne comporte, dans ses motifs et son dispositif, aucune référence à une décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, et sans qu'ait à cet égard d'incidence la circonstance que la notification de l'arrêté contesté mentionne une interdiction de retour, l'arrêté contesté ne saurait être regardé comme contenant une telle décision. Par suite, les conclusions de M. A tendant à l'annulation d'une décision portant interdiction de retour contenue, selon lui, dans l'arrêté du 26 août 2024 en litige sont irrecevables.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a été interpellé le 25 août 2024, a été auditionné préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté portant notamment obligation de quitter le territoire français. Le procès-verbal de l'audition de l'intéressé, établi le 26 août 2024 par un officier de police judiciaire et versé aux débats par le préfet de Vaucluse, fait apparaître que M. A a été mis en mesure de présenter des observations relatives à sa situation administrative, personnelle et familiale au cours de cette audition et qu'il a été spécifiquement interrogé sur la perspective d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, il n'apparaît pas que M. A n'aurait pas été mis en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne garantissant à toute personne le droit d'être entendue préalablement à l'adoption d'une mesure individuelle l'affectant défavorablement doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté, qui rappelle notamment les éléments mentionnés au point 1 et n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A, serait entaché d'une ou plusieurs erreurs de fait susceptibles d'avoir exercé une influence sur l'appréciation portée par le préfet de Vaucluse sur la situation de l'intéressé. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que cette autorité n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant d'édicter l'arrêté contesté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être arrivé sur le territoire français au cours du mois de mai 2018 afin d'y rejoindre ses parents entrés au cours de l'année 2016 ainsi que plusieurs membres de sa fratrie, est célibataire et sans charge de famille. Si l'intéressé, dont la demande de titre de séjour a été rejetée dans les conditions rappelées au point 1, se prévaut de la présence régulière en France de ses parents, de deux de ses frères et de sa sœur encore mineure, ainsi que de la circonstance que plusieurs autres membres de sa famille y résident, et notamment ses neveux dont il s'occupe, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Il ne ressort pas des seules pièces versées aux débats, et notamment pas de l'attestation établie le 21 septembre 2024 par un pharmacien, que M. A serait la seule personne à même d'assister son frère aîné, lequel bénéficie d'une carte de séjour pluriannuelle pour raisons de santé et vit au domicile de ses parents. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas, par les pièces qu'il produit et alors même qu'il exerce une activité professionnelle dans le secteur du bâtiment, d'une intégration particulière sur le territoire français. Dans ces circonstances, compte tenu notamment des conditions du séjour en France de M. A et en dépit des efforts d'insertion dont il se prévaut, la mesure d'éloignement en litige ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le préfet de Vaucluse n'a commis aucune erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation de M. A.

7. En quatrième lieu, la décision de refus de délai de départ volontaire comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

8. En cinquième lieu, M. A n'est pas fondé, eu égard à ce qui a été dit précédemment, à soutenir que la décision de refus de délai de départ volontaire serait illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance () de son titre de séjour () au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

10. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de Vaucluse a relevé que l'intéressé s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet en l'absence d'une " résidence effective ou permanente sur le territoire français ". En se bornant à soutenir qu'il appartient au préfet d'examiner chaque situation et de motiver séparément cette décision si des circonstances particulières justifient de refuser à l'étranger un délai de départ volontaire, M. A, qui ne justifie pas de circonstances particulières, n'établit pas en quoi les motifs retenus par le préfet seraient entachés d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner la production de pièces complémentaires, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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