mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2403775 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GHAEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2024, M. A B et Mme C B, représentés par Me Ghaem, demandent au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de leur assurer un hébergement adapté, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à leur conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que leur famille, par l'effet de la décision du préfet de Vaucluse mettant fin à leur hébergement d'urgence, se trouve contrainte de dormir à la rue sans solution d'hébergement depuis le 27 septembre 2024, ce qui est de nature à mettre en danger leurs enfants âgés de 4 et 5 ans ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence, à leur droit à la dignité humaine, à leur droit de mener une vie privée et familiale normale ainsi qu'à l'intérêt supérieur de leurs enfants, dès lors qu'ils se trouvent dans une situation d'extrême précarité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête de M. et Mme B et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à leur charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'est pas porté d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 1er octobre 2024 à 14 heures, tenue en présence de Mme Noguero, greffière d'audience, M. D a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Ghaem, avocate des requérants, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, tout en insistant sur l'urgence qui apparaît caractérisée alors même qu'ils continuent de bénéficier de nuitées d'hôtel financées à titre très provisoire par l'association Réseau Hospitalité Vaucluse et en faisant valoir que le préfet de Vaucluse ne justifie pas de la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence alléguée dans son mémoire en défense.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
2. M. et Mme B, qui sont ressortissants de la Côte d'Ivoire, où ils sont nés respectivement en 1985 et 1988, sont entrés en France en 2019, pour y déposer une demande d'asile qui a finalement, après réexamen, été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 15 décembre 2021, refus confirmés le 14 septembre 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 28 octobre 2022, la préfète de Vaucluse a rejeté la demande d'admission au séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours de M. B contre cet arrêté a été rejeté par une ordonnance n° 2204017 du président du tribunal administratif de Nîmes, devenue définitive. Il résulte également de l'instruction que Mme B a fait l'objet d'une mesure de refus d'admission au séjour assortie d'une décision d'éloignement. Durant la procédure d'examen de leur demande d'asile, M. et Mme B ont été hébergés avec leurs deux enfants, nés en 2019 et 2020, au sein de la structure d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) géré par l'association Entraide Pierre Valdo à Avignon jusqu'au 23 avril 2024, date à laquelle ils ont été orientés vers une place en hébergement d'urgence en hôtel pour trois nuits, du 23 au 26 avril 2024. En exécution d'une ordonnance n° 2401644 du 30 avril 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Nîmes, M. et Mme B ont été installés, à compter du 2 mai 2024, dans un dispositif d'hébergement d'urgence géré par l'association Imagine-SIAO de Vaucluse. Par une décision du 29 août 2024, le préfet de Vaucluse a mis fin à la prise en charge et à l'hébergement de M. et Mme B dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence géré par l'association SIAO de Vaucluse, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de ce courrier, laquelle est intervenue le 12 septembre 2024. M. et Mme B demandent au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Vaucluse de leur assurer un hébergement adapté, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard.
3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".
4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence. Dès lors, s'agissant des ressortissants étrangers placés dans cette situation particulière, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles.
6. Il résulte de l'instruction qu'après le rejet définitif de leur demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile le 14 septembre 2022, M. et Mme B n'ont quitté que le 23 avril 2024 le centre HUDA Pierre Valdo à Avignon où ils étaient hébergés depuis le 22 avril 2021. Ils sont installés depuis le 2 mai 2024 dans un dispositif hôtelier d'hébergement d'urgence géré par l'association SIAO de Vaucluse où ils vivent toujours à la date de la présente ordonnance, leurs nuitées étant provisoirement financées par une association caritative depuis le 27 septembre 2024, date de la prise d'effet de la décision du 29 août 2024 du préfet de Vaucluse mettant fin à leur prise en charge dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence géré par l'association SIAO de Vaucluse. M. et Mme B, qui ont ainsi continué de bénéficier avec leurs deux enfants d'un hébergement bien au-delà de la période nécessaire à l'organisation de leur départ après le rejet de leur demande d'asile et l'édiction des mesures d'éloignement prises à leur encontre, se sont pourtant abstenus de toute démarche à l'issue de cette période en vue d'organiser ce retour. Il résulte en effet de l'instruction que M. et Mme B se sont maintenus de façon irrégulière sur le territoire national et ont refusé à plusieurs reprises le bénéfice du dispositif d'aide au retour volontaire assorti d'un hébergement en centre DPAR qui leur aurait permis de continuer à bénéficier d'un hébergement le temps nécessaire à l'organisation de leur départ vers leur pays d'origine. Il résulte également de l'instruction, notamment des tableaux de données extraits du système d'information du SIAO de Vaucluse, que, compte tenu de l'augmentation croissante du nombre des demandes, les capacités de l'hébergement d'urgence dans le département de Vaucluse sont saturées, à hauteur de 103 % pour le mois de juillet 2024, aboutissant à des refus de prise en charge par le dispositif " 115 " du SIAO au nombre de 558 pour la seule période allant du 1er au 26 septembre 2024, au cours de laquelle 7 517 appels ont été reçus par le dispositif, dont des demandes urgentes présentées par des familles avec enfants. Dans ces conditions, et dans la mesure où le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ne peut, compte tenu du cadre temporel dans lequel il se prononce, ordonner que des mesures utiles en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises, il n'apparaît pas à la date de la présente ordonnance que M. et Mme B et leurs deux enfants seraient placés dans des circonstances exceptionnelles justifiant qu'il soit enjoint à l'Etat de mettre cette famille à l'abri en raison d'une situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants, et pour regrettable qu'elle soit, la seule circonstance qu'ils sont accompagnés de leurs deux enfants mineurs âgés de 4 ans et 5 ans, ne suffit pas à justifier d'une vulnérabilité telle que l'absence d'hébergement constitue, à elle seule, une carence de l'Etat constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée, y compris leurs conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il y ait lieu d'admettre les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et C B, au préfet de Vaucluse et à Me Marjane Ghaem.
Fait à Nîmes, le 2 octobre 2024.
Le président, juge des référés,
C. D
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026